Marie-Do Fréval : « Le théâtre doit être une sorte de tempête »

Elle a créé la Compagnie Bouche à Bouche et la dirige depuis aujourd’hui plus de dix ans. Marie-Do Fréval, présente sur tous les fronts du théâtre engagé en tant qu’autrice, metteuse en scène et comédienne, nous a reçu à la Boutik, le siège de l’association sis 2/4 rue du Général Humbert à la Porte de Vanves dans le 14ème arrondissement de Paris, pour nous faire partager son urgence à écrire le monde et à le recréer par le théâtre. Tentative(S) de Résonance(S).

Secouer le public

Le théâtre de Marie-Do Fréval se situe à mi-chemin entre la commedia dell’arte et le théâtre contemporain. Initiée au jeu théâtral par des italiens, elle va les suivre en tournée et se produire en tant que comédienne dans plusieurs langues un peu partout en Europe. Le théâtre de tréteaux qu’elle pratique alors est un théâtre physique et rythmé, basé sur l’adresse du public et en prise directe avec lui. Il mélange allégrement les arts de la scène, de la musique et de la danse et n’a pas grand chose à voir avec le théâtre classique français. Ce sont plutôt les auteurs contemporains qu’elle rencontre dans le cadre de son activité de comédienne qui vont être sa seconde source d’inspiration au moment où elle va décider de s’inscrire dans une démarche personnelle aussi bien en tant qu’interprète qu’en tant qu’autrice. On trouve au départ de cette démarche la prise de conscience personnelle et politique liée à l’élection présidentielle de 2002 qui oppose au second tour Jacques Chirac à Jean-Marie Le Pen : « Je me suis sentie coincée dans quelque chose qui était pourtant de l’ordre de la démocratie, et le fait de voir mon choix contraint m’a beaucoup troublée. Je me suis alors un peu radicalisée et j’ai ressenti le besoin de poser des actes plus forts, d’aller à la rencontre de tout le monde et de déranger le théâtre dans ses habitudes et dans son embourgeoisement. » Marie-Do qui est havraise d’origine choisit le 14ème arrondissement de Paris qu’elle connait très bien comme territoire d’élection. Elle y développe petit à petit son langage en y créant des spectacles de rue qu’elle fait par la suite voyager en dehors de l’arrondissement. En 2009, elle crée la Compagnie Bouche à Bouche avec le concours de partenaires extérieurs puisque, comme elle ne manque pas de le déplorer, le 14ème consacre relativement peu d’argent à la culture. Elle monte un certain nombre de spectacles impliquant à la fois des amateurs et des professionnels : « Ces spectacles m’ont énormément touchée parce qu’il n’y avait plus de frontières et que j’arrivais à raconter des histoires un peu folles avec de grands groupes et de grands chœurs de façon complètement spontanée. » Le défi qu’elle relève avec succès était d’autant plus risqué que la rue est un espace difficile à investir et que, même s’il est un arrondissement de théâtre, le 14ème est très peu familier des Arts de la rue. Mais Marie-Do reste motivée par l’envie de toucher tous les publics et va même aller à leur rencontre dans les cafés et les PMU.  L’état d’esprit qui l’anime est très différent de celui d’une metteuse en scène de théâtre classique. « On ne fait pas tout à fait le même métier, souligne Marie-Do. Car moi je raconte des histoires au travers de textes auxquels je peux associer de la musique ou de la danse selon les cas, mais aussi et surtout parce que j’interagis plus fortement avec le public que j’ai envie de secouer. Il faut se poser la question du pourquoi de la création artistique, de ce qu’on veut qu’il se passe. Personnellement, j’attends du théâtre et de l’art en général quelque chose de fort qui nous fait dépasser notre quotidien et qui nous fait voir la vie autrement. Il faut qu’on se souvienne d’une création théâtrale comme on se souvient d’avoir traversé ensemble une tempête. Le théâtre doit être cette sorte de tempête. » Il n’est toutefois pour Marie-Do nullement question de prosélytisme : « Je ne dis pas aux gens comment ils doivent se comporter ou bien quel est le monde idéal de demain. Je pose la question de notre liberté. Je crois que c’est essentiellement ça que je fais avec différents langages. » 

Des vieux non-apprêtés plein son sac

Pour toucher à ce but, la Compagnie Bouche à Bouche a déjà créé plusieurs spectacles dont récemment Tentative(S) de Résistance(S) (2016), Tentative(S) d’Utopie Vitale (2018) et Paillarde(S) (2019) qui ensemble forment une trilogie autour de la résistance, de l’utopie et de la virilité et qui font toujours l’objet de tournées. Le dernier opus de Marie-Do en cours de création s’intitule J’ai un vieux dans mon sac, si tu veux je te le prête. Marie-Do a écrit son texte en un mois à la Chartreuse de Villeneuve Lez Avignon, le centre national des écritures du spectacle, après avoir passé trois ans dans des Ehpad du 14ème arrondissement et accueilli à la Boutik de la compagnie une population de personnes âgées souvent isolée, fragile et bancale et qui décrit tout un pan de l’humanité qui la touche profondément. Elle aura rencontré pendant ces trois années pas moins de trois cents « vieux » ou « vieilles » et monté avec eux des spectacles en Ehpad pendant que France Dumas qui est graveur et illustratrice pour la presse et l’édition croquait ces précieux instants. Le texte dont Marie-Do a accouché a été publié en janvier dernier et la directrice de la Compagnie Bouche à Bouche réfléchit aujourd’hui à la façon d’en poser les premiers actes de création au théâtre en 2021 ou en 2022 en partenariat avec les centres des Arts de la rue de Brest, de Lyon et de Saint-Omer. L’épidémie de coronavirus rend bien sûr le thème d’une brûlante actualité et lui donne une acuité toute particulière : « J’ai eu l’impression de parler au monde, donc ça m’a un peu rassuré », déclare celle dont le souci constant est de veiller à garder une parole vivante et authentique. « Peut-être, rajoute-elle, faut-il d’ailleurs prendre au pied de la lettre cette crise de notre santé car mon métier lui aussi est en crise. Nous sommes certes dans un pays privilégié qui alloue des budgets aux spectacles vivants et à différentes formes artistiques mais cela se fait surtout au bénéfice d’une culture d’Etat qui étouffe les vrais cris et qui ébranle la notion même de création. »  Les Tentative(S) de Résistance(S) de Marie-Do Fréval suffiront-elles à sauvegarder l’essentiel ? Pratiquer assidument le bouche-à-bouche et souffler violemment sur les braises du pouvoir créateur sont sans doute les meilleures façons de ranimer la flamme d’un théâtre moribond et d’une toujours vivante et vitale utopie.

Cliquer ici pour accéder au site de la Compagnie Bouche à Bouche.

Hervé Jacob, le G.O. de la Place Moro-Giafferi

Pas un jour sans une publication dans le groupe Facebook des Amis de la Place Moro-Giafferi ! L’activisme d’Hervé Jacob au cœur du Quartier Pernety a de quoi susciter la curiosité et l’admiration des badauds. Nous avons voulu savoir quelle était la motivation de celui qui anime sans relâche notre cher barrio et connaitre les circonstances de la création de l’association qu’il préside.

L’impetus du réaménagement sans concertation de la Place Moro Giafferi 

L’association des Amis de Place Moro-Giafferi a été créée en 2014 en réaction à la décision prise par la Mairie du 14ème de réaménager la Place Moro-Giafferi : « Cette décision a été prise en 2013 juste avant les élections municipales sans que personne ne demande rien et sans concertation aucune, déplore Hervé. J’ai trouvé un peu dommage que ça se passe comme ça en catimini pour dépenser un reste de budget (environ 600.000 euros) et j’ai donc décidé avec deux ou trois copains de créer une association qui servirait de relais auprès de la Mairie pour exprimer les véritables besoins du voisinage de cette place ». C’est la rue du Château qui, selon eux, doit à l’époque être urgemment refaite. La Mairie en décidera autrement en raison du coût élevé des travaux de réhabilitation de cette rue. Qu’à cela ne tienne, Hervé et ses amis déposent les statuts d’une association dont l’objet va être de faire vivre le quartier et également de militer pour le réaménagement de la rue du Château. L’association contacte tous les candidats à l’élection municipale de 2014 pour les challenger sur ce sujet et constate avec satisfaction qu’ils le reprennent tous à leur compte dans leur programme électoral respectif. Fort de ce soutien implicite, l’association organise une « agora participative » plusieurs week-ends durant pour solliciter les avis des habitants de la rue et de ceux qui la traversent sur le projet de réaménagement. Cette consultation citoyenne aboutira au final à prévoir une voie unique pour les voitures dont il sera par ailleurs inversé le sens de circulation afin de résoudre les problèmes de bruit et de pollution que l’ancienne configuration n’était pas sans poser aux riverains qui y travaillent. Capitalisant sur ces premiers résultats concrets, l’association crée une page et un groupe Facebook qui vont servir de supports de communication avec les habitants du quartier. Quatre cents personnes en suivent aujourd’hui chaque jour l’actualité par ce moyen.

Les heures heureuses de la Place Moro Giafferi à la saison d'été
Les heures heureuses de la Place Moro Giafferi à la saison d’été

Une association vectrice de lien social 

Même si personne ne sait qui était de Moro-Giafferi (qui se soucie des avocats et des hommes politiques ?), tout le monde dans le Quartier Pernety connait la Place Moro-Giafferi, ses bars, ses restaurants et ceux des rues alentours qui forment le périmètre qui délimite le terrain de chasse d’Hervé Jacob : « Les parisiens ne connaissent généralement que les seuls deux cent mètres autour de chez eux. On a voulu faire pareil et ne pas dépasser le triangle formé par la rue Losserand, l’avenue du Maine et la rue Pernety prolongée par la rue de la Sablière. En gros, on va jusqu’au Laurier et pas au delà, jusqu’au Ton Air de Brest et pas au delà et jusqu’aux Tontons et pas au delà ! » Hervé est par la force des choses au courant de tout ce qui se passe dans le mini-village dont il raconte avec ses amis la vie à ses habitants : « Souvent on se sert des informations fournies par les commerçants eux-mêmes, celles qu’ils publient sur Facebook et qu’on republie derrière dans notre propre groupe. Ou bien alors il peut s’agir d’évènements dont on est témoin dans le quartier (incendie, manifestation associative, etc.) et qu’on relaie également. » Hervé, qui est par ailleurs conseiller de quartier, commence sa journée dès six heure et demi du matin Chez César et Paulo autour d’un café : « On vient régulièrement me voir avant sept heure pour un problème de logement ou même pour solliciter mon aide pour remplir des papiers administratifs. Et quand les commerçants font face à un problème, il viennent me voir également. Je sers en quelque sorte de médiateur vis-à-vis de la Mairie. » Les quatre cent membres du groupe sont ravis d’être alimentés de cette information locale et participent à leur tour à la fourniture de tuyaux et de potins dont Hervé et ses amis font leur miel. Rien de tel pour briser l’anonymat de la capitale parisienne. Pour communiquer, ils choisissent volontiers les photographies facilement prises par le moyen d’un smartphone : « Les gens ne lisent pas les publications sans photo », témoigne Hervé. Même s’il se défend de vouloir faire du buzz à tout prix, Hervé apprécie bien sûr à leur juste valeur les retours des membres du groupe sur les publications. Ces retours ont notamment été très nombreux lors de la Coupe d’Europe de football dont la finale a réuni plus de mille personnes sur la Place Moro-Giafferi de même que sur le texte qu’il a publié lors du récent drame de l’attaque au couteau de Villejuif dont l’auteur résidait rue Pernety. Mais le groupe intéresse aussi les personnalités politiques qui sont nombreuses à en être membres. Une aubaine pour Hervé qui comptent bien en cette période pré-électorale rééditer son exploit de 2014 en réussissant à les sensibiliser à la nécessité d’aménager le parking Didot en parking temporaire afin de compenser la disparition de places de voiture occasionnée par les travaux de réhabilitation de la rue du Château.

Cliquez ici pour accéder à la page Facebook du groupe public des Amis de la Place Moro-Giafferi.

« Les Jardins Numériques » et l’IUT de Bobigny s’allient contre la fracture sociale

Pascal Vaillant et Joseph Han au "Laurier"
Pascal Vaillant et Joseph Han au « Laurier »

« Les Jardins Numériques », une association de la Porte de Vanves, s’est associée à l’IUT de Bobigny pour favoriser l’inclusion numérique et sociale de tous en concevant une plateforme informatique dont la vocation est de permettre la mise en relation des « décrochés du digital » avec des personnes aidantes de toutes les nationalités. Nous avons rencontré au bar-restaurant « Le Laurier » Joseph Han, le président des « Jardins Numériques », et Pascal Vaillant, informaticien-linguiste et enseignant en informatique à l’IUT de Bobigny, qui sont les instigateurs et les porteurs de ce magnifique projet solidaire.

Un portail multilingue de mise en relation et d’accès au droit

C’est sur une constatation de départ identique qu’a été créé « Respect International » : la difficulté des plus fragiles et des plus vulnérables à défendre leurs droits. La fracture sociale est aujourd’hui de plus en plus une fracture numérique dans la mesure où l’accès aux droits et aux services se fait généralement via l’outil internet dont le maniement par les séniors et les ressortissants étrangers demeure parfois très problématique. « Les besoins sont énormes », insiste Joseph Han dont les parents ne parlent pas un mot de français. D’où l’idée de créer un instrument qui soit un moyen de mettre en relation ceux qui ont besoin d’aide et ceux qui sont disposés à leur donner un coup de main en français ou dans toute autre langue et qui soit également un outil pédagogique de stockage d’informations qui servirait de bibliothèque numérique multilingue à la disposition de tous. S’agissant de la mise en relation, l’idée est d’amarrer une personne bien intégrée et socialement agile à une (ou plusieurs) personne(s) rencontrant des difficultés pour s’insérer notamment parce qu’elle(s) ne maitrise(nt) pas internet et/ou parce qu’elle(s) parle(nt) et/ou écrive(nt) difficilement le français. La population migrante se trouve tout particulièrement démunie à son arrivée sur notre territoire. L’objectif du dispositif est de mettre en relation des personnes originaires du même pays ou de la même région du monde et qui partagent la même langue pour créer une dynamique d’entraide. La bibliothèque numérique multilingue permettra quant à elle un accès facilité à une documentation de base par celles et ceux qui doivent se débattre dans les méandres de la législation/réglementation française. Elle consistera en des articles et en des tutoriels en ligne dans toutes les langues et sera enrichie en permanence en capitalisant sur les services rendus par les aidants dans le passé. Pas de place à l’amateurisme puisque ce sont des interprètes assermentés qui devront se charger des traductions des documents permettant l’accès au droit. Le projet tel qu’il a été conçu par « Les Jardins Numériques » a été regroupé avec celui de neuf autres associations et présenté au budget participatif 2019-2020 de la Ville de Paris. Les parisiens l’ont largement plébiscité puisqu’il a obtenu 32.000 voix et est arrivé en deuxième position juste derrière le projet environnemental et climatique. Il a donc toutes les chances d’être réalisé d’autant qu’il bénéficie aujourd’hui de l’appui logistique d’une équipe d’étudiants informaticiens de l’IUT de Bobigny.

Soutenance du projet en mars 2019 à l'IUT de Bobigny
Soutenance du projet en mars 2019 à l’IUT de Bobigny

Une équipe d’étudiants de l’IUT de Bobigny dédiée au projet

C’est en effet là que Pascal Vaillant entre en scène. Cet enseignant en informatique très impliqué dans la vie associative du 14ème arrondissement de Paris puisqu’il est par ailleurs secrétaire chargé de la communication de « Paris 14 Territoire de cinéma » rencontre Joseph Han en 2018 à l’occasion du premier festival de films organisé par l’association de cinéphiles. Les deux hommes se découvrent des centres d’intérêts communs et Pascal a tôt fait de s’enthousiasmer pour le projet de plateforme numérique solidaire de Joseph. Car c’est typiquement le genre de projet qu’il peut faire développer par les étudiants dont il a la charge au département des métiers de l’internet et du multimédia de l’IUT de Bobigny. Il les fait travailler en 2019 dans le cadre d’une compétition internationale pour réaliser un site internet multilingue répondant aux objectifs poursuivis par Joseph. Sept prototypes de site sont de cette manière réalisés dont un qui a été élu prototype gagnant pour servir de base aux développements futurs. A la rentrée dernière, il met en place au niveau licence un projet tutoré réunissant des étudiants développeurs, infographistes et chargés de communication pour faire avancer le projet de plateforme. Le site fonctionnel ou « coquille » devrait pouvoir être livré en mai 2020. Pour qu’il fonctionne concrètement, il faut bien sûr constituer une base d’aidants suffisante. C’est la raison pour laquelle ont été sollicités des chargés de communication dont la mission est de promouvoir le concept à l’extérieur à partir de mai 2020 (dans les associations et foyers s’agissant des personnes aidées et sur les réseaux sociaux s’agissant des aidants). La mise en service de la plateforme devrait pouvoir intervenir en 2021, ce qui pourrait correspondre au déblocage des fonds du budget participatif. Car la Ville de Paris qui organise des journées de la solidarité reste bien sûr un partenaire clef pour faire aboutir le projet porté par Joseph et Pascal. Nous ne doutons pas qu’ils sauront convaincre tous les élus municipaux quelle que soit leur couleur politique tant qu’il est vrai que ces derniers ne peuvent être insensibles aux efforts déployés pour réduire la fracture sociale par le biais de l’inclusion numérique de tous.

Cliquer ici pour accéder à l’agenda partagé des « Jardins Numériques ».

Françoise Le Goaziou, présidente du « lieu de la joie d’être ensemble »

Les Bretons de Paris ont leur endroit à Paris pour se réunir et partager leur fierté d’être Bretons, des moments conviviaux et des évènements organisés autour de la culture bretonne. Il s’agit du 22 rue Delambre, le siège de la Mission Bretonne niché au cœur du Quartier du Montparnasse, le quartier breton de Paris. La porte cochère ouvre sur une cour au fond de laquelle se tient une ancienne bâtisse qui a gardé son cachet d’antan : Ti ar Vretoned, littéralement « La Maison des Bretons ». Nous y avons rencontré Françoise Le Goaziou, sa dynamique présidente, qui sort ce mois-ci un nouveau livre intitulé Bretons sur Seine retraçant quinze siècles de présence bretonne à Paris.

Une historienne militante de la culture heureuse

Françoise Le Goaziou est une Bretonne de Paris qui est née à… Saint-Etienne où ont émigré ses ascendants originaires de Saint-Quay-Portrieux pour aller chercher du travail dans les mines. Elle est élevée par sa grand-mère qui n’aimait pas vraiment la préfecture de la Loire et qui nourrissait une profonde nostalgie de la Bretagne. A sa mort, c’est le Père François Le Quemener, aumonier des Bretons de Paris et animateur de la Mission Bretonne, qui achève de compléter son éducation. Elle passe l’agrégation d’histoire et devient professeure. Après une courte expérience en Champagne, elle est nommée à 23 ans au Lycée Jacques Brel de la Courneuve qui la met pour la première fois en contact avec le monde des banlieues. Elle surmonte rapidement ses premières préventions et s’enthousiasme bientôt d’avoir le privilège d’apprendre son métier au milieu des populations des cités. Puis elle devient prof de prépa au Raincy toujours en Seine-Saint-Denis. Entourée d’étudiants de toutes origines, elle ne quitterait son poste pour rien au monde car elle est pleinement convaincue de faire œuvre utile dans un endroit où l’ascenseur social a encore du sens : « Les gamins, on les intègre tous. Pas tous à HEC car ce n’est pas forcément là où ils seraient le plus heureux. Mais dans d’autres écoles de commerce ou ailleurs. On a des étudiants bons élèves, positifs, motivés, gentils, agréables, reconnaissants. C’est vraiment un chouette métier ! ». Quand en 2009 le Père Quemener s’en va retrouver l’éternelle jeunesse de Dieu, Françoise Le Goaziou est sollicitée pour revenir à la Mission Bretonne où elle intègre le conseil d’administration puis devient présidente. « L’expérience que j’ai des Bretons de Paris m’aide beaucoup avec mes étudiants, témoigne-t-elle. Parce que l’essentiel de mes étudiants est issu de l’immigration et que j’ai dans la même classe des maghrébins, des africains, des vietnamiens, des cambodgiens, des roumains, des turques, des kurdes, que sais-je encore. Or ces étudiants là ont souvent la culture honteuse. J’essaie de leur faire comprendre que les Bretons ont vécu des choses assez similaires. Et comme j’ai la chance d’enseigner le 20ème siècle, je commence souvent par leur parler de l’immigration bretonne à cause de l’interdiction de parler la langue, du rejet, etc.. J’essaie de leur faire prendre conscience que lorsqu’on conserve sa propre culture on est ouvert à celle des autres ».

Une association à vocation sociale devenue véritable centre culturel breton

C’est justement l’objet de la Mission Bretonne que de promouvoir la culture bretonne à Paris. L’association a été fondée en 1947 par l’abbé Gautier qui était professeur au collège et lycée des Cordeliers de Dinan et qui avait été témoin du départ de ses élèves et des familles de ses élèves vers Paris dans des conditions extrêmement difficiles. Il décide de leur consacrer sa vie et s’empare du sujet pour en faire une thèse de doctorat. Il crée dans la foulée la Mission Bretonne avec le soutien de l’archevêché de Paris qui travaille à l’époque à réconcilier l’Eglise avec le monde ouvrier. L’association est donc conçue à l’origine comme un point d’ancrage et de repère pour les nouveaux Bretons de Paris qui pourraient être déstabilisés par la trépidante vie parisienne. En favorisant l’entraide et la solidarité entre natifs de Bretagne, elle les met à l’abri des dangers (exploitation, prostitution) qui guettent les déracinés à leur arrivée dans la capitale. En 1970, c’est le père Le Quemener qui prend la tête de la Mission Bretonne. Sous son ère et l’influence du mouvement de renaissance de la culture bretonne, l’association se transforme peu à peu en véritable centre culturel breton. Des cours de breton y sont organisés, la musique et la culture bretonne valorisées. Le 22 de la rue Delambre devient « La Maison des Bretons » et Ti ar Vretoned est accolé au nom de la Mission Bretonne pour symboliser son ouverture à toutes celles et à tous ceux, croyants ou non-croyants, bretons ou non, qui s’intéressent à la culture bretonne. L’association compte aujourd’hui 700 adhérents qui se réunissent autour de ses différents ateliers et activités (Kafe Istor, Evangile et Vie, etc.) et qui se retrouvent à l’occasion de la Fête de la Bretagne organisée chaque année en partenariat avec la Mairie du 14ème. Tous participent à l’esprit de la Mission, « une alchimie bizarre, nous dit Françoise Le Goaziou, qui doit être dans l’essence du lieu et qui fait qu’on y rencontre beaucoup de bienveillance et de tolérance. C’est la joie d’être ensemble qui fait se rassembler lors d’une veillée ou d’un repas des gens de tous horizons professionnels et de tous âges. La Mission ne laisse personne sur la touche et nous faisons notre maximum pour y faire venir du monde. C’est un joli lieu où l’on peut même trouver son partenaire car la Mission est aussi une agence matrimoniale… C’est vraiment un lieu marrant ! » Avis à toutes celles et à tous ceux qui sont curieux de découvrir les trésors et les richesses de l’âme celte !

"Bretons sur Seine", disponible fin novembre 2019.
« Bretons sur Seine », disponible fin novembre 2019.

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« Paris 14 Territoire de cinéma », le club des ciné-clubs du 14ème de Paris

Photo Bernard Blanché. Festival Jean Rouch. Débat avec les auteurs du coffret DVD, éditions Montparnasse. Poinçon.
Photo Bernard Blanché. Festival Jean Rouch. Débat avec les auteurs du coffret DVD, éditions Montparnasse. Poinçon.

L’association va fêter ses trois ans en novembre prochain avec déjà à son actif l’organisation de deux festivals de films en 2018 et 2019. Coup de projecteur sur la structure avec Christiane Etévé, sa présidente, et Pascal Vaillant, son secrétaire et responsable de la communication.

Une association conçue comme support de festivals de cinéma

« Paris 14 Territoire de cinéma » est une association qui a été fondée en novembre 2016 par Paul Roussier (32! Ciné), Francis Tournois (CinéKino devenu ARTMELE), Jacques Guenée (Ciné-quartier Mouton-Duvernet), Francette Chapeau et Annie Bozoola (Cinéphiles de la Poste) et Christiane Etévé et Edith Delacour (Ciné-club Pernety) pour coordonner l’action de différents ciné-clubs du 14ème arrondissement de Paris en vue de la création d’un festival de cinéma. Paul Roussier s’occupe à l’époque du « 32! Ciné », le ciné-club du 32 rue Saint Yves tandis que Christiane Etévé et son amie Edith Delacour animent le ciné-club de « L’Entrepôt », rue Francis de Préssensé dans le quartier Pernety. Des valeurs et un passé militant communs les incitent à créer avec Jacques Guénée, le responsable du Ciné-quartier Mouton-Duvernet, une structure associative ad hoc destinée à présenter des films autour d’un thème consensuel et porteur et à faire circuler les publics d’un endroit à un autre. Ainsi naît le festival « Les voisins du 14 font leur cinéma » qui se tient en juillet 2018 et qui voit les différents ciné-clubs participants projeter une quinzaine de films sur  la thématique du voisinage et du vivre-ensemble (« Fenêtre sur cour » d’Alfred Hitchcock, « Chacun cherche son chat » de Cédric Klapisch , « Dans la cour » de Pierre Salvadori, etc.). Mais de multiples autres manifestations vont en réalité venir se greffer autour du festival de cinéma dont notamment un festival de street art à l’initiative de Claude Degoutte et, en clôture, la présentation de Le Monde est nouveau, une comédie musicale européenne interprétée par des adolescents à laquelle Pascal Vaillant a beaucoup contribué. « En réalité, chacun est venu avec son projet, ce festival c’était un peu l’auberge espagnole, se souvient Christiane Etévé qui se réjouit d’avoir vu la créativité de chacun favorisée par le groupe. Il aurait bien sûr été très contreproductif de casser la dynamique collective créée autour de ce premier évènement. C’est pourquoi ses initiateurs vont décider d’un commun accord de pérenniser l’existence de « Paris 14 Territoire de Cinéma » et d’organiser, sous l’impulsion de Paul Roussier, un second festival de cinéma en septembre 2019 en hommage à Jean Rouch, le célèbre réalisateur et ethnologue français originaire du 14ème arrondissement de Paris. La projection des films du « cinéaste aventurier », elle aussi comme d’habitude agrémentée de débats, va dépasser le cadre des ciné-clubs puisque va y être intégré le foyer des travailleurs qui compte beaucoup de ressortissants de pays d’Afrique dont Jean Rouch était un grand spécialiste.

Projection de "Chronique d'un été" de Jean Rouch au Ciné-club Mouton Duvernet
Projection de « Chronique d’un été » de Jean Rouch au Ciné-club Mouton Duvernet

Une fédération de ciné-clubs faisant office de boîte à idées pour faire vivre le cinéma dans le 14ème

L’association fédère aujourd’hui six (peut-être bientôt huit) ciné-clubs dans le 14ème arrondissement de Paris dont certains sont des émanations de conseils de quartier, d’autres de comités d’entreprise ou d’autres encore d’associations culturelles locales. Son objectif premier est de présenter les programmes des différents ciné-clubs de façon centralisée au travers d’un site internet commun (www.paris14cinema.fr) et de mutualiser les coûts de fonctionnement (aide à la fabrication des affiches, communication entre ciné-clubs, etc.). Mais l’association vise aussi à promouvoir toutes les initiatives liées au cinéma sur le territoire du 14ème arrondissement comme par exemples le concours de vidéo amateur sur smartphone pour adolescents qui a été organisé à l’occasion festival de 2018 ou bien la nuit du court métrage d’ARTMELE qui a elle lieu tous les ans. « Paris 14 Territoire de cinéma » défend également le cinéma indépendant et l’esprit ciné-club en entretenant la tradition de la discussion-débat après le film : « La compréhension du film, c’est le travail de tout le monde, souligne Christiane Etévé. A partir des émotions, on parle du message s’il y en a un ». « On montre certes des films qu’on ne voit pas facilement en salle, poursuit Pascal Vaillant. Mais comme aujourd’hui tout le monde peut se les télécharger chez soi pour deux euros cinquante, on entretient également l’esprit de la salle obscure qui consiste à permettre aux gens de passer un moment à plusieurs devant un grand écran pour tisser ensemble le fil de l’interprétation. » Le ciné-club assure donc une mission pédagogique. Avec quelle efficacité ? « Les films du ciné-club de l’Entrepôt réunissent habituellement entre cinquante et cent personnes », témoigne Christiane Etévé qui a constaté une hausse récente de la fréquentation après quelques années de baisse. On a fait beaucoup de partenariats avec des personnes porteuses de problématiques de quartier qui ont permis d’attirer un public qu’on ne voit pas habituellement, mais on court alors le risque d’instrumentaliser le cinéma, ce qui n’est pas non plus notre objectif ». Les outils de communication numérique (site internet, Facebook, Twitter) dont Pascal Vaillant a aujourd’hui pris les commandes ont eux aussi, semble-t-il, contribué à accroître le taux de remplissage des salles. Le défi reste de faire vivre cette belle tradition du ciné-club malgré la concurrence du DVD, de Netflix et des grands réseaux d’exploitation. « La beauté du cinéma, c’est de pouvoir tenter quelque chose de différent. »  Puisque c’est Clint Eastwood qui le dit…

Pascal Vaillant (à gauche) lors de la séance de clôture du festival 2018, Paul Roussier au micro.
Pascal Vaillant (à gauche) lors de la séance de clôture du festival 2018, Paul Roussier au micro.

Xavier Braud ou le droit au service de l’idéal

J’ai rencontré Xavier Braud au début des années 90 à un carrefour de ma vie alors que j’étais inscrit en licence de droit public à la Faculté de droit et de science politique de Rennes. C’est en licence que les étudiants de droit décident de leur trajectoire professionnelle en choisissant de se spécialiser en droit privé ou en droit public. C’est aussi à cet âge que se dessinent les véritables  personnalités des individus et celle de Xavier était déjà bien formée, qui exprimait toute la force de l’idéal qui l’habitait. La mienne était bien trop faible pour que je ne sois pas gagné par le cynisme de l’époque et c’est pourquoi j’ai décidé de redoubler mon année de licence en droit des affaires. Trente ans plus tard, à l’heure où chacun tire un premier bilan de sa vie, force est de constater que ce n’est pas l’arriviste qui a eu raison de l’idéaliste. Hommage très sincère du vice à la vertu.

Une enfance rennaise et un éveil très précoce à l’écologie 

Xavier Braud est né à Rennes en 1966 et il y passera toute sa jeunesse jusqu’à ses vingt ans. Il se plait tellement dans sa ville natale dont il apprécie la vigueur de la vie associative qu’il n’imagine pas devoir la quitter un jour. Encore tout jeune, il rencontre près de chez lui au marché de quartier du jeudi « Les Amis de la Terre » et fait la connaissance d’Yves Cochet à qui il achète ses premiers autocollants de militant écologiste dont il décore sa chambre. Un peu plus tard, c’est avec « La Maison de la Consommation et de l’Environnement » (MCE) qu’il prend attache. Il se souvient que dès l’âge de huit ans, dans le cadre de l’élection présidentielle de 1974 à laquelle s’intéressent de très près ses parents, il est personnellement frappé par le discours de René Dumont, premier candidat à se présenter sous l’étiquette écologiste : « René Dumont a vraiment été pour moi une révélation et un choc. Il annonçait déjà des temps difficiles. Je l’ai trouvé très convaincant et son discours m’a longtemps porté ». La première action écologiste militante de Xavier remonte au collège quand il organise une vente de papier recyclé auprès de ses petits camarades. Il se souvient également avoir fait le mur du domicile familial pour assister aux réunions publiques organisées par les opposants à la construction du site nucléaire de Plogoff. Il participe avec ferveur à toutes les manifestations anti-nucléaires qui se tiennent à Rennes et convainc même ses parents de participer avec lui à une immense manifestation sur site. Cela ne l’empêche pas de poursuivre de brillantes études au collège et surtout au lycée Chateaubriand de Rennes où il obtient son baccalauréat D avec la mention très bien. Il aurait pu, s’il l’avait voulu, emprunter la « voie royale » de la filière C qui alimente habituellement les classes prépa des meilleurs éléments d’une génération. Mais Xavier n’est pas fait du même bois que celui des arrivistes ordinaires et s’il se destine vaguement à l’époque à la profession d’avocat, c’est bien plus pour « défendre la veuve et l’orphelin » que pour faire carrière dans les affaires. C’est profondément un idéaliste que l’injustice insupporte et qui fond en larmes en regardant à la télé un film consacré à Sacco et Vanzetti.

Un étudiant très investi dans l’associatif

Très centré sur ses études pendant ses années lycée, Xavier va retrouver du temps libre à la faculté pour s’investir dans l’associatif. Il choisit de s’inscrire en droit sans avoir trop d’idées précises sur son devenir professionnel : sans doute un peu parce qu’il s’intéresse à la politique au sens large, sans doute un peu également parce qu’il est déjà en terrain connu dans la mesure où son père, Philippe Braud, est un éminent professeur de science politique. Pour son entourage familial immédiat, ce choix est en tout cas plus traditionnel et « classique » que celui de son frère aîné qui a décidé de continuer ses études scientifiques en faisant médecine. Xavier garde de plutôt bons souvenirs de ses années passées à la faculté de droit de Rennes. Je me rappellerai personnellement toute ma vie du jour où il a osé interpeller le Professeur Georgel en plein amphi parce que ce dernier n’en finissait plus de digresser pendant ses cours censément consacrés à l’histoire des idées politiques. Son intervention fut copieusement huée par les étudiants présents qui étaient quant à eux trop contents de laisser le professeur cabotiner en pensant que c’était autant de moins à réviser à la fin de l’année. Tel est Xavier : consciencieux, sérieux, studieux et pas cynique pour un sou. Trente ans plus tard, il s’étonne d’ailleurs toujours de la réaction des étudiants qu’il n’avait au demeurant pas du tout anticipée… Plutôt que rêvasser et traîner dans les cafés comme l’auteur de ces lignes, Xavier potasse ses cours de droit et devient un membre très influent de l’ACEDER, l’association culturelle des étudiants de droit de Rennes qui organise chaque semaine la projection de films de cinéma. Sous son impulsion, l’association promeut un cinéma à la fois moins classique et plus engagé : un festival de films africains est ainsi créé et des soirées débats sont organisées avec le CRIDEV de Rennes qui œuvre pour le développement harmonieux des pays du Tiers-monde. Sa fibre écologiste continue par ailleurs de s’exprimer hors des murs de la faculté puisqu’il met en place à la « Maison de la Consommation et de l’Environnement »  des permanences juridiques en droit de l’environnement destinées au grand public et aux associations qui souhaitent en bénéficier. Cette dernière expérience est pour lui très importante car elle fait pour la première fois le lien entre ses connaissances juridiques et la défense de l’environnement à laquelle il est bien sûr très sensible. Il a aussi l’occasion de rencontrer de nombreux militants Verts au Centre d’Information sur l’Energie et l’Environnement (CIELE) qui est l’association abritée par la MCE avec laquelle il collabore le plus souvent. C’est à eux qu’il se joindra pour participer à un petit groupe de travail chargé du secrétariat des élus d’opposition écologistes (dont fait partie Yves Cochet) lors de leur entrée au conseil municipal de Rennes en 1989. C’est également avec eux qu’il fera front quelques années plus tard contre le projet de métro porté par le maire socialiste Edmond Hervé en proposant la solution alternative du tramway.

Spécialisation en droit de l’environnement et premiers pas à Manche Nature

Pendant son année de licence, Xavier est toujours tiraillé entre son goût pour les activités culturelles et ses préoccupations écologistes. Il a l’occasion de choisir l’enseignement optionnel du droit de l’environnement pour la première fois en maitrise de droit public et c’est dans cette matière qu’il va finalement décider de se spécialiser en troisième cycle. Son dossier universitaire bardé de mentions lui ouvre sans difficulté les portes du DESS dédié de Strasbourg. C’est pour lui l’occasion de compléter sa formation et aussi de découvrir de nouveaux horizons tout en se confrontant à un sympathique groupe de jeunes juristes avec lesquels il partage de bons moments. Pour valider son année, il effectue un stage d’application à Caen en Basse Normandie au Groupement Régionale des Associations de Protection de l’Environnement (GRAPE) avec le personnel duquel il ne se sent pas complétement en phase. Mais c’est l’occasion pour lui d’être mis en contact avec l’association Manche Nature dont les adhérents plus radicaux et plus entreprenants le séduisent beaucoup. Il s’attache à ce point à eux qu’il frappe à la porte de l’association à l’issue d’une première courte expérience salariée au GRAPE. Malheureusement, la dynamique petite structure n’a pas les moyens financiers de rémunérer un juriste. Qu’à cela ne tienne, Xavier travaillera pour elle en échange du gîte et du couvert en espérant que les actions judiciaires qu’il entreprendra suffiront à terme à financer son emploi. C’est le début d’une très belle aventure à laquelle il participe avec tout l’enthousiasme et l’énergie de la jeunesse. Pour se former au métier de juriste associatif, il s’appuie à la fois sur les conseil d’un avocat rencontré au GRAPE et sur ceux d’autres associations écologistes qui l’aident à établir des modèles de recours. Le service juridique de Manche Nature que Xavier a mis en place ne tarde pas à rencontrer ses premiers succès devant les tribunaux administratifs et judiciaires mais cela ne suffit malgré tout pas pour permettre à son juriste de gagner un SMIC. Un plan de secours est d’autant plus nécessaire que Xavier a rencontré Bénédicte qui va devenir sa femme.

La bouée de sauvetage de l’université

Raphaël Romi, professeur de droit à Nantes, lui conseille alors de se lancer dans la rédaction d’une thèse. Par ce biais, Xavier peut envisager de devenir avocat en évitant l’examen d’entrée au CRFPA. Ce serait le moyen pour lui de se sentir sur un pied d’égalité avec les avocats qu’il affronte au tribunal et qui souvent le traitent avec condescendance. C’est aussi le moyen de renouer avec le milieu universitaire qu’il a perdu de vue. Il choisit un sujet de thèse en lien avec son activité : « Le rôle des associations dans l’évolution du droit de l’environnement ». Parallèlement, il candidate à un poste de chargé de travaux dirigés à faculté de droit de Vannes-Lorient et se lie pour deux ans avec l’Université de Bretagne Sud. Il parvient à finaliser sa thèse entre les aller-retours Caen-Vannes et la naissance de sa fille Amélie. Pas de chance, c’est à Lyon qu’il est recruté à la rentrée 1999 pour son premier poste de maitre de conférences qui suit sa soutenance de thèse. Toute la famille doit déménager à l’autre bout de la France en laissant attaches locales et travail derrière soi. Même s’il est le fils du doyen de Paris I Sorbonne, Xavier est très intimidé par son nouvel environnement de travail : il se sent tout autant écrasé par le prestige des locaux XVIIIème du 15 quai Claude Bernard que par le sérieux des sommités du droit qui y officient. Il va y enseigner pendant sept ans non seulement le droit de l’environnement mais aussi les libertés fondamentales et le droit constitutionnel. L’attente de la mutation qui le fera revenir dans l’ouest ne l’empêche pas de continuer à vivre à fond son engagement associatif écologiste aussi bien à distance (puisque le contentieux administratif se fait par écrit) que lors de déplacements en Normandie (pour les audiences judiciaires et les réunions du bureau de l’association) « A l’époque j’étais jeune et plein d’énergie. Je me couchais tard et je me levais très tôt. C’est quelque chose que je ne pourrais plus faire aujourd’hui, se rappelle-t-il un brin nostalgique.

Les combats victorieux de Manche Nature et de la FNAUT

Le travail associatif de Xavier lui procure d’énormes satisfactions puisque Manche Nature gagne quantité de procès. Sa tâche est d’autant plus exaltante qu’il a tout à faire au pôle juridique de Manche Nature. Les autres adhérents de l’association qui ne connaissent pas le sujet lui font entièrement confiance et il se retrouve la plupart du temps en première ligne sur les dossiers qu’il défend. A la plus grande satisfaction de tous, de nombreux milieux naturels sont ainsi sauvés et, cerise sur le gâteau, l’argent rentre dans les caisses de l’association. A partir de l’année 2000, Xavier s’investit parallèlement et de façon complémentaire auprès de la Fédération Nationale des Associations d’Usagers des Transports (FNAUT) dans le but d’engager des recours contre les déclassements de voies ferrées désaffectées. Il y a en la matière une véritable stratégie juridique à mener qui embarrasse à l’époque beaucoup la SNCF avec laquelle il est amené à négocier pour la contraindre à modifier ses pratiques en vue de la  préservation de certaines voies susceptibles de réouverture. En 2006, Xavier obtient enfin sa mutation à Rouen qui va considérablement le rapprocher de Manche Nature. Il continue à s’investir à fond dans cette association tout en accomplissant de façon presque secondaire son travail à la faculté, jusqu’à ce qu’il soit conduit à porter sa candidature à la direction du département Droit. Son élection à ce poste à responsabilités l’amène à réduire la voilure sur le terrain associatif et à plus s’engager au plan universitaire. Grâce à l’argent des nombreux procès gagnés, Manche Nature va pouvoir recruter en 2008 une jeune juriste pour le remplacer. Xavier voit ainsi réalisé son rêve par procuration. Se considérant lui-même un peu usé par l’activité associative, il souhaite prendre du recul pour se consacrer à son métier universitaire et ne plus intervenir que comme le « vieux sage » vers lequel on se tourne lorsqu’on a besoin de prendre conseil.

Quelques mots sur le sacerdoce du militantisme écologiste

Les idéalistes et les avant-gardistes ont généralement la vie dure et très rares sont ceux qui, armés de leurs beaux principes, font fortune en consacrant leur vie à la défense de l’environnement. Xavier Braud ne fait pas exception à la règle, qui a aujourd’hui renoncé à devenir professeur d’université après avoir tenté à deux reprises le concours d’agrégation et essayé sans plus de succès d’emprunter « la voie longue » réservée aux maitres de conférence qui justifient d’une ancienneté suffisante. Sans doute paie-t-il le prix d’avoir choisi de faire une thèse militante plutôt qu’un travail purement académique et de préférer l’enseignement des règles concrètes du droit plutôt que disserter sans fin sur le sexe des anges. Aujourd’hui retiré de la vie associative qu’il a contribué à structurer en publiant au début des années 2000 « Protection de l’environnement : guide juridique à l’usage des associations », il n’en est pas moins toujours très actif au niveau universitaire puisque la première édition de son « Cours de droit administratif général » destiné aux étudiants de licence de droit ainsi qu’aux étudiants du CRFPA et aux candidats à l’ENM a été publié aux Editions Gualino en septembre 2017*.  C’est bien la preuve, s’il en était besoin, qu’il sait également quand cela est nécessaire respecter les formes les plus classiques des travaux universitaires.  Adopter un regard critique sur le droit positif, les décisions du Conseil d’Etat et les fondements de notre société productiviste doit-il nécessairement être sanctionné par la non-reconnaissance des mérites personnels ? Je souhaite dans tous les cas à mon ami Xavier une fin de carrière heureuse comme Maître de conférence HDR à l’université de Rouen Normandie en gardant bien en tête qu’ « On ne devient pas vieux pour avoir vécu un certain nombre d’années, on devient vieux parce qu’on a déserté son idéal. Les années rident la peau, renoncer à son idéal ride l’âme » (Douglas MacArthur).

Yann Boutouiller.

*Elle-même suivie en juillet 2019 de la première édition de son « Cours de droit administratif des biens » (Editions Gualino).

« Le Moulin à Café », poumon associatif du 14ème arrondissement de Paris

Douze ans déjà ! C’est en effet en janvier 2006 que « Le Moulin à Café » a ouvert ses portes pour la première fois. Les équipes qui se sont succédées aux commandes du café associatif du 14ème arrondissement de Paris ont su garder intactes les valeurs fondatrices des pionniers du lieu : reconnaissance et acceptation de la diversité sociale, respect mutuel et sentiment d’appartenance au même quartier. Comme on aimerait qu’il en soit de même partout en France ! « Respect International » connaît bien « Le Moulin à Café » car Yann, l’un de ses membres, y a été bénévole par le passé. Une petite visite à la nouvelle équipe s’imposait, à qui revient la lourde tâche de prendre le relais de leurs très dynamiques prédécesseurs.

Contribuer au « mieux vivre ensemble »

Comme le proclame son site internet, « Le Moulin à café » est un lieu pour apprendre à se connaître, discuter et contribuer au « mieux vivre ensemble ». Il rassemble depuis son lancement des personnes venants d’horizons différents mais portées par les mêmes valeurs humanistes de tolérance et de respect de la diversité sociale. L’initiative trouve son origine dans le projet d’aménagement de la ZAC Didot qui été conçu en 1987 et qui a commencé à voir le jour en 1997. Le projet initial qui prévoyait des constructions très denses et sans équipement public ne répondait pas aux attentes des habitants du Quartier Pernety. Accompagnés par l’association « Urbanisme et Démocratie », ces derniers parviennent à le faire modifier pour qu’il intègre une nouvelle dimension sociale et écologique. Du projet modifié a germé aux début des années 2000 l’idée d’un café associatif qui serait un lieu de partage et de convivialité ouvert à tous. C’est la naissance du « Moulin à Café » qui ouvrira officiellement ses portes en janvier 2006.  L’association est gérée par un conseil d’administration qui réunit des habitants du Quartier Pernety élus à l’occasion d’une assemblée générale annuelle. Les deux pôles d’activités, le pôle restauration et le pôle animation, sont coordonnés par une équipe de cinq salariés. Le pôle restauration est considéré comme un facteur essentiel de lien social.  Au « Moulin à Café », les repas du midi et du soir sont en effet des moments de partage et d’échange qui permettent à tous d’accéder à prix modique à une alimentation saine, équilibrée, bio et faite-maison. Le second pôle, l’animation, a pour objectif de créer de la cohésion sociale au travers d’activités permettant l’amélioration du bien-être de tous, un meilleur accès à la culture pour tous et le développement du tissu associatif. Toutes les voix peuvent se faire entendre au « Moulin à Café » où le principe de la liberté d’expression est jalousement défendu. Les activités sont proposées en fonction des demandes des usagers et de leurs réactions aux propositions de l’association. Les responsables du lieu peuvent également être saisis de projets innovants et originaux qu’ils se chargeront de mettre en place avec les intervenants extérieurs qui les portent. Plus d’une quinzaine d’activités régulières sont ainsi actuellement proposées : Taï Chi, gym douce, danse et expression corporelle mais aussi des soirées jeux, contes, théâtre et scène ouverte musicale et des ateliers scrabble, couture, tarots, échecs, arts plastiques, etc. Deux fois par semaine, les usagers du « Moulin » peuvent venir faire provision de légumes frais et issus de l’agriculture locale et/ou biologique. Et tous les premiers vendredis du mois, après l’atelier d’initiation à l’écriture poétique, King Bobo de l’association « Universlam » invite celles et ceux qui le veulent à monter sur scène pour déclamer leurs textes et donner vie à la poésie.

L’équipe 2018 du « Moulin à Café »

Nouveaux projets et nouveaux défis

Les années passent qui voient se succéder de nouvelles équipes au « Moulin à Café ». Le renouvellement du conseil d’administration de juin 2017 a fait rentrer trois nouveaux bénévoles en son sein et la « dream team » pilotée par Eddy et Anna a fait place à un nouvel aéropage de cinq salariés avec Thomas comme responsable et Loïc comme chef-cuisinier. Bien sûr quelques piliers de l’équipe de bénévoles actifs du « Moulin » sont toujours présents,  notamment Françoise et Patrick fidèles au poste derrière le comptoir de l’espace cuisine. Mais l’aventure est bel et bien repartie sur de nouvelles bases et avec de nouvelles personnalités porteuses de nouveaux objectifs et de nouveaux projets pour les deux années au moins à venir. Il va à la fois s’agir pour la nouvelle équipe de structurer l’association, d’en rajeunir la fréquentation et de dynamiser et diversifier les animations proposées. Structurer d’abord car du stade artisanal l’on passe en effet maintenant partout en France au niveau professionnel pour les associations qui génèrent un chiffre d’affaires significatif. Un effort important de documentation du fonctionnement de l’association est nécessaire pour solidifier les bases associatives existantes et faciliter la transmission de l’information entre membres. Il s’agit par exemple de formaliser la procédure de recrutement des bénévoles certes aujourd’hui grandement facilitée par la plateforme jemengage.paris.fr mise en place par la Ville de Paris et grâce à laquelle Thomas, le responsable-coordinateur, peut bénéficier à l’heure actuelle de l’aide d’une dizaine de volontaires dont la plupart sont des jeunes. Le rajeunissement de l’image un peu vieillissante du « Moulin à Café » est la seconde priorité de la nouvelle équipe. Cela passe par la programmation de nouvelles activités et animations qui ont le vent en poupe chez les moins de 35 ans comme par exemple les cours de swing. La nouvelle décoration a également été conçue pour rafraichir l’image du « Moulin » qui accueille encore en majorité des personnes âgées.  Rajeunir et rendre plus attractif le café associatif passent aussi par plus de proactivité dans la prise de contact avec les artistes susceptibles de venir l’animer. Grâce aux efforts de tous, de nouveaux chanteurs dont certains viennent du métro se sont produits sur scène en after-work au « Moulin à Café ». Parallèlement, les activités culturelles ont été diversifiées grâce à la mise en place de cycles de conférences sur l’histoire de l’art certains jeudis du mois. La nouvelle dynamique impulsée devrait aboutir à au moins fidéliser les 1300 adhérents que compte actuellement le café associatif et également grâce au bouche à oreille à y faire venir de nouveaux curieux. C’est en tout cas le défi que s’est lancé la nouvelle équipe qui met tout en œuvre pour s’adapter aux nouvelles demandes exprimées par les adhérents par exemple en matière de cuisine puisque plus d’une personne sur dix mange aujourd’hui végétarien au « Moulin à Café ». Pour la plus grande satisfaction des habitués du lieu, les produits utilisés pour confectionner l’assiette végétarienne sur laquelle l’équipe a travaillé sont presque tous issus de l’agriculture locale et biologique. Le prix des différents plats proposés a toutefois dû être augmenté pour tenir compte de la montée en gamme au niveau produits et également d’un nouveau besoin de financement lié aux incertitudes concernant l’aide à l’emploi dont bénéficie actuellement l’association. Sur les cinq salariés du « Moulin », quatre ont en effet été recrutés dans le cadre d’emplois aidés dont la reconduction est aujourd’hui très incertaine dans la mesure où le gouvernement a décidé au niveau national de la suppression de la moitié de leur nombre. Toute la difficulté consiste donc dorénavant à maintenir au moins le même niveau de service et si possible l’améliorer en disposant de moins de ressources financières en provenance de l’Etat et des partenaires habituels de l’association que sont la Mairie de Paris et la CAF. « La roue de la fortune tourne plus vite que celle du moulin » aimait à rappeler Miguel de Cervantès. Souhaitons au « Moulin à Café » de continuer à vivre et à prospérer malgré les vicissitudes pour le plus grand bonheur des habitants et des associations du 14ème arrondissement de Paris !

Cliquez ici pour accéder au site du « Moulin à Café ».

Carnaval de Paris, bien au-delà de la bande à Basile (Pachkoff)

Basile Pachkoff, organisateur du Carnaval de Paris.

La 21ème édition du Carnaval de Paris qui s’est déroulée dimanche 11 février 2018 avait cette année pour thème « Les contes de Perrault et d’ailleurs ». Le cortège coloré de la « Promenade du Bœuf Gras » s’est ébranlé vers 14 heures sous le soleil de la Place Gambetta en direction de République. Les quelques gouttes de pluie qui sont tombées par la suite n’ont pas suffi à décourager les nombreux fêtards, musiciens et danseurs venus de tous les pays pour défiler en costume au rythme des tambours et sous le regard d’un public chaleureux et bon enfant disséminé tout le long du parcours. Pour saluer la réussite de ce succès populaire, « Respect International » a rencontré  Basile Pachkoff, l’organisateur de la manifestation, au « Moulin à Café », le café associatif du 14ème arrondissement de Paris.

Faire revivre une tradition ancestrale : des goguettes aux sociétés bigophoniques

Basile Pachkoff est tout autant un historien amateur qu’un organisateur de carnaval et l’on peut retrouver sur Wikipédia l’ensemble des articles qu’il a rédigés sur le Carnaval et la fête. Basile nous apprend ainsi que le Carnaval de Paris fut une manifestation immense pendant cinq siècles. Historiquement, les fêtards se sont organisés en goguettes, c’est-à-dire en groupes chantants indépendants comptant chacun moins de 19 membres, ceci pour satisfaire à la règle des 19 qui prévaut par exemple encore aujourd’hui au Carnaval de Dunkerque. Pourquoi cette règle ? Parce qu’à moins de 19, on est petit mais costaud. On n’a pas de problèmes d’orientation parce qu’on sait ce que l’on fait et où l’on va. La gestion du groupe ne nécessite ni lourde logistique, ni argent, ni local particulier. On évite aussi les luttes de pouvoirs et tous les parasitages de personnes intéressées. Chaque goguette réunissait donc à l’origine moins de 19 membres, hommes, femmes, enfants, qui se rassemblaient ponctuellement tout le long de l’année pour passer de bons moments ensemble. Quand arrivait le Carnaval, les goguettes s’agrégeaient les unes aux autres pour en assurer le succès en rejoignant les bals et la rue. La règle des 19 tomba cependant peu à peu en désuétude et les goguettes qui ont prospéré pendant deux siècles à Paris finirent par disparaître victimes de leur succès, leurs participants voulant faire plus « grand ». Du temps des goguettes, la foule en carnaval envahissait les grands boulevards de Paris au point que la circulation des voitures était interrompue les mardis gras et jeudis de la Mi-Carême. A partir de 1884, les goguettes se sont dotées de bigophones. Cet instrument de musique inventé par Romain Bigot en 1881 est une sorte de kazoo muni d’un pavillon amplificateur en papier mâché ou  en zinc de formes et couleurs variées. Des milliers de goguettes organisées en sociétés bigophoniques sont apparues en France et dans le monde pour animer fêtes et carnavals, notamment à Paris la Promenade du Bœuf Gras qui a lieu le mardi gras et le cortège des Reines des blanchisseuses de la Mi-Carême qui a lieu le jeudi de la Mi-Carême. Le recul des goguettes a entrainé le déclin progressif du Carnaval de Paris dont les grands bals masqués et cortèges costumés ont progressivement disparu jusqu’à la renaissance de 1993 initiée par Basile Pachkoff.

Basile en tenue de carnaval et accompagné

Une fête libre, bénévole, autogérée, gratuite et apolitique

En 1993, il y a maintenant donc vingt cinq ans, Basile Pachkoff prend en effet l’initiative de relancer le Canarval de Paris. Cinq ans plus tard, en 1998, il fera repartir la fête dans la rue en obtenant enfin l’autorisation de défiler grâce à Alain Riou, un élu socialiste puis écologiste du 20ème arrondissement de Paris. L’atmosphère générale de l’époque n’était guère favorable aux défilés dans la ville de Paris qu’on souhaitait « aseptiser » et très peu d’autorisations étaient accordées. Mais pour Basile, le Carnaval et la fête ne sont de toutes façons ni de gauche ni de droite. C’est bien plus une question de personnes décidées ou non à porter un projet. Il aura fallu toute l’implication et la détermination d’Alain Riou rencontré en 1996 pour « débloquer » la situation et faire vivre le Carnaval au grand air avec le concours des autorités municipales. Au principe de cette manifestation on trouve la Liberté et la Liberté n’a pas de couleur politique. Le carnaval est en effet ouvert à tout le monde, il n’y a aucune sélection et il n’y a même pas besoin de s’inscrire pour venir y participer. Il est ainsi autogéré par l’ensemble des associations participantes. « Chacun se débrouille et s’organise pour venir, nous indique Basile. Il faut juste en avoir l’envie. Les gens ne sont plus habitués à cela. Parfois ils me téléphonent pour me demander s’ils peuvent participer au Carnaval. Ma réponse est invariablement : « Mais bien sûr, venez donc ! Tout le monde est bienvenu sur tout ou partie du parcours, c’est une fête vivante ! » ». Tous les participants sont évidemment bénévoles et c’est bien sûr le principe de gratuité qui prévaut. Basile ne veut pas non plus s’embarrasser à mettre en place une quelconque logistique pour assurer la restauration des fêtards. Il souhaite inscrire sa manifestation dans l’esprit gentiment anarchiste des goguettes d’antan. Bien sûr, les forces de l’ordre doivent intervenir pour canaliser la circulation automobile et veiller de loin à ce que la fête se passe de façon paisible et sans accrocs. Mais depuis 500 ans que le Carnaval de Paris existe, aucune violence ou aucun désordre n’a été à déplorer lors de cette manifestation. « Le Carnaval de Paris a toujours été un carnaval très sage », nous assure Basile. Et c’est pourquoi la police de Paris y a toujours été favorable. Même les policiers qui en assurent la sécurité ont le sourire et cela fait bien sûr partie de la réussite de la fête. »  Cette année, les quelque 5000 participants qui se sont joints au cortège qui a défilé entre la Place Gambetta et la Place de la République ont dû affronté le mauvais temps en fin d’après-midi. Pierre-Yves, le Président de « Respect International » (RI), a été très impressionné par la qualité du spectacle offert. L’esprit général de la manifestation rejoint tout à fait les valeurs de tolérance et d’ouverture aux autres défendues par le RI. « La base du Carnaval, c’est l’amour du prochain », nous confirme Basile. « On est des êtres humains avant d’être des Chinois, des Boliviens, des Equatoriens, des Antillais, etc. Et quand on fait la fête ensemble, il est beaucoup plus difficile de trouver l’autre méchant. L’idée est vraiment que l’on se trouve tous ensemble et que l’on soit heureux ensemble ».

Cliquez ici pour accéder au site du Carnaval de Paris.

Election de Miss Guinée France 2018, la vitrine glamour de la très sérieuse AJGF

Mlle Adiah Bayo, toute nouvelle Miss Guinée France 2018, et ses deux dauphines.

L’Association des Jeunes Guinéens de France (AJGF) organisait samedi 21 octobre 2017 à l’Espace Reuilly dans le 12ème arrondissement de Paris la 10ème édition de l’élection de Miss Guinée France, un concours de beauté majeur de la diaspora afro-antillaise en France. « Respect International » se devait bien sûr d’assister à cet évènement qui a attiré de nombreux spectateurs et a été l’occasion de faire découvrir les différentes activités de l’association organisatrice.

Des miss porteuses de projets pour leur pays

Aucune place à l’amateurisme dans cette soirée exceptionnelle. On est saisi dès l’entrée de l’Espace Reuilly par le sérieux et le grand professionnalisme des bénévoles qui en assure l’organisation. De la billetterie à l’animation sur la scène en passant par l’accueil des visiteurs, le vestiaire ou la sécurité, rien n’est laissé au hasard, tout a été minutieusement pensé et préparé pour permettre à la soirée de se dérouler dans les meilleurs conditions. Le public est venu nombreux pour supporter dans une ambiance bon enfant les douze ravissantes jeunes femmes qui ont été présélectionnées à l’occasion d’un casting national organisé quelques mois plus tôt. L’une d’entre elle sera élue Miss Guinée France 2018 par un jury composé de partenaires de la manifestation et d’hommes et de femmes de médias et/ou de culture. Pour décrocher ce titre, les candidates ne doivent toutefois pas se contenter d’être belles et de défiler gracieusement en tenue traditionnelle et de soirée : elles doivent aussi porter et défendre un projet humanitaire pour la Guinée que l’association organisatrice financera en cas d’élection. « J’ai été bluffé par la beauté, le charme et l’intelligence des candidates, se souvient Pierre-Yves qui a assisté au spectacle et qui a particulièrement apprécié les chorégraphies représentatives des quatre régions naturelles de la Guinée exécutées par les jeunes femmes. Certaines d’entre elles ont tout à fait brillamment et avec éloquence exposé le projet qu’elle défendait. C’est une remarquable performance vu leur très jeune âge. » Il n’est pas le seul à s’enthousiasmer. Chaque candidate a son club de supporters et de supportrices qui ponctuent par des cris stridents les prestations de leur favorite. Pour le bonheur de tous, la soirée voit se succéder sur scène dans une ambiance survoltée Kandia Kora, les rappeurs d’Instinct Killers, Minoss et les membres du bureau de l’AJGF. L’excitation du public est à son comble lorsque MHD, le prince de l’Afro-Trap, vient se produire sur la scène à la surprise générale. C’est finalement vers 23 heures que le jury livre enfin son verdict : il a décidé cette année de consacrer Mlle Adiah Bayo Miss Guinée France 2018 avec comme première dauphine Mlle Djenabiou Gwen Degla et comme seconde dauphine Mlle Djenaba Diallo.

Lutter contre la discrimination des albinos

En portant son choix sur Mlle Adiah Bayo, le jury n’a pas seulement couronné une très jolie lyonnaise de 20 ans amatrice de mode et de défilés et désireuse de porter haut les couleurs de la Guinée en devenant son ambassadrice de charme en France. Il a également promu le projet humanitaire original qui lui tient à cœur : lutter contre la discrimination des personnes albinos. L’albinisme est une maladie héréditaire rare se caractérisant par une dépigmentation totale ou partielle de la peau, des cheveux et des poils accompagnée de troubles oculaires. Dans un certain nombre de pays d’Afrique, les personnes atteintes d’albinisme sont ostracisés et même régulièrement victimes d’homicides car certaines croyances et superstitions locales attribuent à leurs organes des pouvoirs magiques. Leur sort tragique a bouleversé la nouvelle Miss Guinée France 2018 : « Lorsque je suis allée en Guinée, j’ai constaté que certains albinos étaient reniés dans leur propre famille. Ils sont parfois sacrifiés en rituel ou se retrouvent à mendier dans les rues », témoigne-t-elle. Un vaste programme de sensibilisation s’impose donc. L’AJGF va lui permettre de le mettre en place et de le développer. Cela constituera le cœur de sa mission en 2018. Mais pas question pour elle de s’arrêter à cela : « Pour l’association, je serai également là pour transmettre mon expérience et sensibiliser les filles aux avantages de s’inscrire à l’élection Miss Guinée France ainsi que pour participer aux différents projets qui tireront la Guinée vers le haut », assure-t-elle très motivée.

L’AJGF présente sur le front du développement économique de la Guinée

Car l’AJGF n’est pas seulement l’association organisatrice d’un unique évènement dans l’année. C’est une organisation dynamique qui met en place de nombreuses manifestations dont la plus intéressante est peut-être le « salon de l’emploi et de l’entreprenariat guinéen », un forum permettant aux entreprise guinéennes de venir rencontrer à Paris ceux qui ont choisi d’étudier et de travailler en France dans le but de leur proposer de retourner au pays dans le cadre d’un emploi ou de la création d’une entreprise. Le retour de la diaspora guinéenne, très implantée en France, est en effet un enjeu majeur pour la Guinée. Il s’agit d’inciter ceux qui ont acquis des diplômes et des qualifications à l’étranger à revenir dans leur pays d’origine pour y créer richesses et emplois. L’AJGF s’est donné pour but d’activer ce potentiel de développement économique encore dormant aujourd’hui. Car certes les guinéens expatriés n’oublient pas leur pays d’origine et ils sont aujourd’hui très nombreux à manifester leur solidarité avec leur famille restée au pays en organisant des transferts de sommes d’argent. Mais c’est un véritable transfert de compétences que l’association voudrait promouvoir pour participer au développement de la Guinée et plus largement au décollage économique actuel du continent africain.

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