Eric Azière : « Paris n’a pas besoin d’un affrontement gauche-droite pour résoudre ses problèmes »

Une heure vingt-cinq d’interview ! Très grand merci à Eric Azière et à Nicolas Mansier d’avoir bien voulu prendre le temps de la pédagogie à l’occasion de notre rencontre au café-restaurant « Le Laurier » du mardi 25 février 2020. Voici le résumé – forcément réducteur – des propos et des propositions du candidat centriste du 14ème arrondissement porteur d’ « un nouveau souffle pour Paris ».

Respect International (RI) : Eric Azière, pourriez-vous vous présenter en quelques mots aux électeurs du 14ème arrondissement qui ne vous connaissent pas encore ?

Eric Azière : Je suis parisien depuis plus de 50 ans et un habitant du 14ème arrondissement depuis maintenant 23 ans. J’y ai élevé mes enfants qui sont nés dans cet arrondissement. J’y ai vécu comme un quatorzien ordinaire pendant 15 ans qui ont été quinze années de plaisir parce que c’est un arrondissement extrêmement attachant dans lequel on se sent bien. Au plan professionnel, j’ai été le collaborateur d’hommes politiques et un compagnon de route des centristes. J’ai travaillé pendant dix ans avec Pierre Méhaignerie et Jacques Barrot, puis pendant 17 ans avec François Bayrou, puis pendant 4 ans avec Jean-Louis Borloo. Entretemps, j’ai monté une société de conseil et d’études d’opinions pour m’émanciper un peu du milieu politique. Et puis, marginalement mais de façon constante, je suis intervenu sur les ondes parisiennes d’abord comme animateur de Radio Solidarité au moment de la libéralisation des ondes à Paris que j’ai vécu comme un moment très exaltant ; puis plus tard en contribuant au re-développement de Radio Montmartre, une radio vouée à l’accordéon et à la chanson française. La radio aurait d’ailleurs pu devenir mon métier si François Bayrou n’était pas venu me chercher pour me faire replonger dans la politique au moment où j’allais accepter un poste à la Sofirad. Lors de la dernière campagne municipale en 2014, j’ai occupé la seconde place de la liste conduite par Nathalie Kosciusko-Morizet qui avait souhaité une alliance avec les centristes. Une fois élu, j’ai animé pendant 6 ans un groupe de 16 élus centristes UDI-Modem au Conseil de Paris, ce qui m’a permis d’initier avant l’heure une offre centriste qu’on avait pas entendu depuis longtemps à Paris. J’ai résolument voulu placer ce groupe dans une logique d’opposition constructive avec laquelle la Maire de Paris pourrait traiter quand il s’agit de traiter de l’intérêt général de la Ville.

RI : Le Centre existait donc à Paris avant l’élection d’Emmanuel Macron ?

Eric Azière : Oui, et c’était d’ailleurs la première fois depuis fort longtemps. Il faut remonter très loin si on regarde les élections municipales dans la capitale pour retrouver une offre centrale qui réunisse autant de sensibilités qui se situent à ce point d’équilibre de la vie politique. Traditionnellement s’opposent à Paris la Gauche plurielle (socialistes et communistes rejoints aux second tour par les Verts) et une offre de droite classique incarnée depuis les années Chirac successivement par Philippe Séguin, Françoise de Panafieu, Nathalie Kosciusko-Morizet et aujourd’hui donc Rachida Dati. Sauf le cas de Nathalie Kosciusko-Morizet qui avait ouvert sa liste au centre, c’est donc la même offre traditionnelle de droite que l’on trouve à Paris et qui a conduit pendant des années au duel classique gauche-droite dans la capitale. Le champs démocratique s’enrichit aujourd’hui d’une nouvelle offre centrale à laquelle il faut également adjoindre celle de Cédric Villani qui est certes un peu différente. C’est évidemment une respiration considérable dans la vie démocratique pour tous ceux qui valorisent la confrontation des idées plutôt que l’affrontement bloc contre bloc. Et l’occasion a souvent été donnée aux centristes de conclure des contrats de majorité avec la municipalité de gauche sur des sujets importants et d’intérêt général, ce qui leur a permis de gagner en visibilité et également de créer sur tous les bancs du Conseil de Paris le respect d’un groupe qui ne s’est affidé ni à l’opposition systématique incarnée par le groupe Les Républicains ni à la majorité municipale car Anne Hidalgo a très bien compris que les centristes conservaient leurs convictions propres notamment en matière de sécurité sur le sujet de la police municipale. Nous pensons, nous centristes, que Paris n’a pas besoin d’un affrontement gauche-droite pour résoudre ses problèmes. Car la pollution n’est ni de droite ni de gauche, de même que la question de la saturation des transports en commun, celle de la place de la voiture dans la capitale, celle des difficultés de logement, etc.

RI : Sur quels thèmes allez-vous plus particulièrement insister durant cette campagne des Municipales 2020 à Paris 14ème pour vous différenciez de la municipalité de gauche parisienne avec laquelle vous avez pu ponctuellement nouer des accords ?

Eric Azière : Nous avons, dans le 14ème arrondissement, tout d’abord des divergences fortes sur les grands projets urbains. S’agissant de Montparnasse, il nous faut nous prémunir contre le gigantisme commercial induit par l’addition de mètres carrés commerciaux supplémentaires que vont représenter la rénovation du Centre Commercial Gaîté, la rénovation de l’intérieur de la gare Montparnasse, le ré-habillage de la Tour Montparnasse et la refonte de son centre commercial. Si on additionne le tout, cela fait près de 80.000 m2 commerciaux supplémentaires sans compter les enseignes de la rue de Rennes qui vont venir s’associer à cette zone commerciale. Il faut vérifier que l’on reste bien dans le réalisme de la commercialité d’une zone qui va correspondre à un nouvel espace urbain représentant au total plus de mètres carrés commerciaux que le centre commercial des Halles. Même s’il s’agit de projets privés échappant à la maitrise publique, il y a là un vrai travail de réflexion à faire, d’autant plus que l’on se situe dans un quartier qui a une âme, celui de la Gaîté, dont il faut bien sûr respecter l’identité de lieu de création et de diffusion artistique et culturelle. S’agissant de Saint-Vincent de Paul qui représente une opportunité foncière phénoménale de trois hectares et demi, il faut absolument arrêter le massacre à la bétonneuse. Il faut redéfinir une ambition urbanistique plus adaptée au site de l’ancien hôpital par une dé-densification du projet actuel et compléter cette nouvelle ambition par un grand espace végétalisé, une plus grande diversité d’usages et une meilleure insertion et connexion avec le quartier en évitant toute surélévation. Nous déplorons très vivement que le projet actuel ait été réalisé sans qu’il y ait eu d’appel à projet. S’agissant maintenant de la place Denfert Rochereau, son réaménagement faisait partie des engagements d’Anne Hidalgo lors de la dernière campagne des municipales parisiennes. Or le premier budget qui a sauté dans la mandature est le budget de la rénovation de cette place. Rien n’a été fait pour y limiter les flux de circulation, la piétoniser et la végétaliser. Notre projet consiste à transformer le carrefour Denfert en véritable « Place Denfert Rochereau » en y créant un cœur de place piétonnier reliant les pavillons Ledoux et le Lion de Bartholdi. Il faut certes mettre au crédit de l’équipe municipale actuelle la rénovation des deux pavillons Ledoux, mais les touristes attendent toujours aujourd’hui dehors pour visiter le site des catacombes… Quant on fait le bilan de la mandature, sur l’ensemble de ces trois grands dossiers urbains, on a malheureusement l’impression qu’on n’a pas embelli le 14ème et qu’on a manifestement manqué d’ambition. Sans doute parce que notre arrondissement n’est pas prioritaire aux yeux de la Mairie centrale et qu’il ne bénéficie pas de la même attention que beaucoup d’autres arrondissements à Paris. A ces trois grands dossiers urbains, je pourrais rajouter ceux de moindre envergure que sont celui de l’avenue René Coty où l’on a touché à un équilibre écologique et végétal qui ne demandait rien à personne puisque la seule volonté du Conseil de Quartier était d’aménager les traversées piétonnes, et également celui de la modification parfois en dépit du bon sens de certains axes de circulation (cf. les pistes cyclables de la rue Alain).

Les autres sujets sont des sujets de proximité : propreté, sécurité et voirie. L’autre grande différence que nous avons avec la Mairie du 14ème et son style de gouvernance est que nous pensons que l’arrondissement doit être au quotidien géré dans la proximité. Cela implique un changement radical de statut des arrondissements de Paris avec des renforcements de compétences des arrondissements et des délégations de compétence accompagnées de délégation de budget de la Mairie centrale vers ces arrondissements. Si la prochaine mandature nous est confiée, la propreté, la sécurité et la voirie seront conférées aux Maires d’arrondissement. Sur ces trois thèmes transversaux, il faut que les habitants du 14ème arrondissement puissent vraiment interpeler quelqu’un et que leurs remarques puissent être adressées à des interlocuteurs désignés. Il faut un adjoint à la propreté, un adjoint à la sécurité et un adjoint à la voirie. Ce sont eux qui véritablement deviendront les responsables de ces trois compétences, et de cette façon leur travail pourra le cas échéant être sanctionné en cas de manquements aux élections suivantes.

Nicolas Mansier : Ce besoin de proximité et d’interlocuteurs dédiés peut sans doute être relié à la question du déficit d’écoute des électeurs dans le 14ème arrondissement. J’ai été frappé de constater dans les conseils de quartier notamment qu’il y avait beaucoup de monologues de la part des représentants de la Mairie du 14ème. Les habitants essayaient de faire passer des messages à la Mairie qui imposait des projets de façon unilatérale sans respecter le dialogue avec les habitants. Cela a notamment été le cas pour le projet de réaménagement de l’avenue René Coty. Les pétitions se sont multipliées au cours du mandat, qui, sans forcément tout contester sur le fond, se plaignaient de la méthode employée et du fait que les habitants n’étaient pas entendus.

Eric Azière : Je confirme les propos de Nicolas. La Maire du 14ème arrondissement n’entend pas la critique. Pour elle, concertation signifie donner du temps sans écouter. Et il n’y a pas de prise en compte des oppositions qui se font naître comme nous avons pu le constater par exemple sur le projet Saint-Vincent de Paul et, autre exemple plus éloquent encore, pour la création de l’auberge de jeunesse sociale, populaire et familiale Oasis à un endroit véritablement inouï. A la différence de la Maire de Paris, notre Maire du 14ème a manifestement une vision un peu militante et une pratique quelque peu absolutiste de l’action publique.

L'équipe de campagne aux cotés d'Agnès Buzyn et de Marlène Schiappa
L’équipe de campagne aux cotés d’Agnès Buzyn et de Marlène Schiappa

RI : Puisque vous abordez le sujet, quel regard portez-vous sur la gestion municipale parisienne actuelle ?

Eric Azière : Je ne ferais pas à Anne Hidalgo et à Carine Petit les mêmes reproches. Il y a manifestement une différence de personnalité et de style entre ces deux personnes dont les relations n’ont d’ailleurs pas toujours été très bonnes. S’ajoute à cela une différence de sensibilité politique. La sensibilité politique de Carine Petit et des tenants de la Mairie du 14ème est une sensibilité minoritaire de la majorité municipale parisienne. Le 14ème arrondissement a certainement pu en souffrir en ne bénéficiant pas de la gestion municipale au niveau d’investissement qui aurait dû être le sien. Ce sont les inconvénients de cette politique parisienne de confrontation de bloc contre bloc et du caractère composite de la majorité municipale. Ce constat peut être renforcé par l’idée qu’en plus le 14ème arrondissement est un arrondissement périphérique et que les arrondissements périphériques à Paris ne sont pas les arrondissements préférés. Ces deux raisons expliquent sans doute le manque d’ambition notamment sur les grands projets urbains dont Nicolas et moi avons parlé tout à l’heure. Cela se verrait s’il y avait réellement eu une véritable ambition pour le 14ème arrondissement. Les seuls gestes forts qui ont été faits sur ce territoire particulier de Paris sont en fait des projets privés qui ont été réalisés dans l’indifférence totale de la Mairie du 14ème. Il manque un chef d’orchestre à cet arrondissement qui soit capable de mettre en harmonie et de mettre en cohérence les transformations urbaines. 

RI : D’autres thèmes de campagne encore que vous voudriez aborder ?

Eric Azière : La rénovation du parc social en est, par exemple, un autre. Nous avons un parc social important dans le 14ème arrondissement puisqu’il représente à peu près à 29% du parc immobilier. Il est très dégradé et nous pensons qu’il faut le rénover. J’ai visité des appartements de Paris Habitat et de la Régie Immobilière de la Ville de Paris qui ne sont véritablement pas dignes et décents et qui sont également affectés de lourds défauts. Si le bâti à l’extérieur est assez bien entretenu, on y dénombre malheureusement des défauts de conception qu’on retrouve dans tous les immeubles parisiens (colonne, humidité, etc.). Il faut non seulement offrir des logements dignes et corrects aux demandeurs de logement mais également isoler ces véritables passoires énergétiques.

Je pourrais parler également de l’éducation à la musique qui a voulu que l’on bâtisse un superbe conservatoire Porte de Vanves, ce que nous approuvons tout à fait, mais qui a malheureusement conduit à déménager le conservatoire qui était sur la place de la Mairie alors qu’il y avait la place pour deux conservatoires compte tenu de la demande. On en est réduit aujourd’hui à tirer au sort les dossiers des élèves qui pourront bénéficier de cet enseignement. Nous ne contestons pas le choix de l’installation d’un conservatoire en périphérie, mais plutôt d’avoir réduit l’ambition globale du projet qui consistait à maintenir le conservatoire actuel en sus du second.

J’aimerais aussi toucher un mot de la végétalisation. Il s’agit de mettre en valeur quelques espaces qui ne demandent pas grand chose pour être totalement bien reçus par les habitants du 14ème. Les outrages faits à l’avenue René Coty, pour peu qu’on puisse les arrêter à temps, ont permis de révéler la très belle perspective arborée qui va du Parc Montsouris à la Place Denfert Rochereau dont on pourrait peut-être faire quelque chose qui ressemblerait à une étoile verte en végétalisant les avenues rayonnant autour de la place pour créer une belle perspective paysagère. On pourrait imaginer un jour une promenade véritable, adoucie, piétonne qui aille du Parc Montsouris au Jardin du Luxembourg en passant par une Place Denfert Rochereau complètement apaisée, un boulevard Denfert Rochereau sur lequel on pourrait travailler à quelque chose de bien. Tout cela fait partie de l’univers des possibles. 

RI : Que représente pour vous le 14ème arrondissement de Paris ? Comment pourriez-vous caractériser son identité propre ? 

Eric Azière : Je le ressens personnellement comme un vrai patrimoine vivant. Il y a un tel héritage en termes de création artistique qu’on ne peut pas ne pas penser qu’il y a quelque chose qui traverse cet arrondissement et qui ressemble à une puissance qui appelle à la révélation, à la création, à l’innovation. Ces forces telluriques doivent donner naissance à d’autres auteurs, à d’autres architectes, à d’autres créateurs, à d’autres entrepreneurs. Et c’est là que la responsabilité des élus de demain peut-être terriblement importante car il faut que nous soyons en situation d’accueillir les créateurs et les citoyens de tous ordres qui pourront donner le meilleur d’eux-mêmes d’où qu’ils viennent. Nous devons être les préparateurs des créateurs et des talents de demain et les organisateurs des générations montantes. Il est de notre responsabilité qu’ils et elles disposent des équipements, des conservatoires, des écoles apaisées, de la tranquilité dans la rue, etc. Grâce à notre inspiration et à notre capacité à imaginer, il faut continuer à rêver Paris et à rêver le 14ème arrondissement !

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