Isabelle Saporta : « Il faut donner un coup de pied dans la fourmilière du 14ème »

Isabelle Saporta est la numéro 2 de la liste « Le Nouveau 14e » menée par Cédric Villani dans le 14ème arrondissement de Paris. Elle était accompagnée ce mercredi 11 mars 2020 de Benjamin Weinberger, son colistier et conseiller politique, pour nous présenter son projet pour le 14ème à quelques encablures de la clôture de la campagne électorale officielle. 

Respect International : Isabelle Saporta et Benjamin Weinberger, pourriez-vous, s’il vous plait, vous présenter en quelques mots aux électeurs du 14ème arrondissement qui ne vous connaissent pas encore ?

Isabelle Saporta : Je suis journaliste et j’ai écrit à ce titre un certain nombre d’ouvrages sur le monde paysan notamment sur les questions de pollution. Je suis par ailleurs éditrice chez Fayard notamment de Thomas Porcher, l’auteur du « Traité d’économie hérétique » (2018) et tout récemment des « Délaissés ». J’exerce donc un métier formidable qui me permet de rencontrer des gens très intelligents et de réfléchir avec eux. J’ai 43 ans et je suis né dans le 14ème arrondissement de Paris où j’habite depuis l’âge de vingt ans et y élève mes deux filles. Je suis très attachée à cet arrondissement dont je suis une défenseuse un peu chauvine et je n’imagine pas pouvoir vivre ailleurs à Paris.

Benjamin Weinberger : C’est une chose qui nous rassemble car je suis également un habitant de longue date du 14ème et mes enfants y sont nés. J’ai également 43 ans et je suis entrepreneur tout en étant par ailleurs très actif auprès des associations d’insertion de l’arrondissement.

RI : Pourquoi vous présentez-vous à cette élection municipale aux côtés de Cédric Villani ? N’existait-il pas d’offre politique parmi les 10 autres candidats en lice qui correspondait aux idées que vous défendez ?

Isabelle Saporta : Ce que j’apprécie tout particulièrement chez Cédric Villani, c’est sa faculté à réfléchir et à travailler hors les cadres. C’est un grand mathématicien et un grand chercheur qui vient de la société civile. Il a juste envie de faire et de faire bien : de réconcilier l’écologie et la science, d’être pragmatique, de tout comprendre et de rassembler le maximum de gens et le maximum de courants sur son projet. C’est la raison pour laquelle il s’est longtemps battu avant le premier tour pour aboutir à un accord avec les Verts parce qu’il considérait que les écologistes devaient peut-être devenir un peu plus pragmatiques et oser l’accession au pouvoir. Je ne me voyais personnellement pas être à côté de qui que ce soit d’autre. Cédric est vraiment un personnage incroyable et Benjamin et moi sommes très fiers d’être à ses côtés. Il a une façon systémique d’aborder les choses et de décloisonner les problématiques que j’apprécie tout particulièrement. Une autre chose qui me plait est que lui comme moi ne venons pas de la politique et ne cherchons pas un strapontin municipal car nous gagnons par ailleurs suffisamment notre vie. Cela nous donne bien sûr une toute autre liberté de ton par rapport aux apparatchiks des autres partis qui sont dans la vie municipale depuis 20 ans à Paris. Cela nous permet d’être francs dans ce que nous disons et de parler sans angoisse et sans peur de ne pas récupérer notre petit strapontin.

RI : A quelques jours du premier tour de l’élection municipale, que souhaitez-vous dire aux électeurs du 14ème pour les convaincre de voter pour votre liste ? 

Isabelle Saporta : On a d’abord envie de leur dire très fort : « VOTEZ VILLANI ! » (rires). Il faut imaginer Cédric Villani à la Mairie du 14ème et à l’Hôtel de Ville, le voir mettre toute son intelligence, toute sa façon de penser originale et décloisonnée au service des parisiens en général et des parisiens du 14ème arrondissement en particulier. Ce serait bien sûr redonner une fierté au 14ème. Prenons, par exemple, son formidable projet de transformer l’ancien hôpital de La Rochefoucauld en cité éducative et culturelle pour y faciliter l’accès et la pratique de la culture des jeunes, qui se ferait en lien avec la Cité Internationale et les collèges Villon et Giacometti où il y a actuellement 70% d’évitement (autrement dit, où les parents ne veulent plus mettre leurs enfants parce qu’ils savent que l’enseignement y est très difficile). Prenons, autre exemple, ses engagements en faveur de l’arrêt du bétonnage dans le 14ème. Même les écologistes prennent leurs précautions en la matière en prévoyant des exceptions qui concernent Saint-Vincent de Paul, l’impasse Reille, l’avenue René Coty, etc. Cédric Villani est pour sa part beaucoup plus radical en affirmant que la question du logement ne s’arrêtera qu’avec le Grand Paris. Il a bien sûr complètement raison car Paris est déjà la ville la plus dense du monde et il n’est pas question de la densifier davantage. Il devient urgent de réfléchir à créer une vrai ville écolo, une vraie canopée. Il faut créer de vrais îlots de fraicheur et il nous faut garder des poumons verts. Pour cela, il faut arrêter de densifier. Arrêtons le double discours de ceux qui, comme Eric Azière, prétendent vouloir dédensifier et qui votent par ailleurs en faveur du projet de la Tour Triangle !

Benjamin Weinberger : Eric Azière s’est déclaré défavorable aux attributions de logements à ceux qui habitent en dehors de Paris. Autrement dit, il veut donner une priorité absolue aux Parisiens pour les logements sociaux. C’est bien sûr complètement aberrant si on considère que les key workers, c’est-à-dire les acteurs clés de notre arrondissement qui le font vivre, sont des personnes qui n’habitent pas Paris et qui doivent donc pouvoir revenir y habiter.

Isabelle Saporta : Absolument ! Même s’il faut que les gens du 14ème aient bien sûr leur part de logement dans leur arrondissement (nous en avons rencontrés d’ailleurs beaucoup), les infirmières, les instituteurs, les puéricultrices, les éboueurs qui ont été rejetés de Paris à cause du prix des loyers du parc privé doivent pouvoir revenir y habiter. On ne peut pas, comme le fait la candidate LR pour Paris, reprocher aux gens de ne pas être intéressés et motivés par leur métier si on leur propose des conditions de vie impossibles dans la capitale.

Benjamin Weinberger : Il y aura aussi, avec Cédric Villani, 1% des logements sociaux qui seront réservés à ceux qui sont à la rue. Il est le seul candidat à le proposer.

Isabelle Saporta : Cédric Villani considère en effet, à rebours de ce qui a été fait par les municipalités antérieures, et en plein accord avec la Fondation Abbé Pierre, qu’il faut d’abord loger et après insérer.

RI : Quel regard portez-vous sur la gestion municipale actuelle ?

Isabelle Saporta : Je la trouve complétement idéologique. Nous rencontrons beaucoup de gens qui en sont très mécontents. Il y a d’une part les cadres supérieurs qui ont cru à la concertation et qui, en s’y impliquant, se sont retrouvés dans des lieux où la parole politique venait d’en haut et où ils n’avaient rien à dire. Pour prendre l’exemple de l’encapuchonnage des feux tricolores dans le Quartier Pernety qui est une expérience complétement aberrante et dangereuse, Carine Petit a déclaré : « Je ne vous demande pas votre avis parce que je sais que vous êtes contre. » Si c’est ça la concertation avec un maire socialiste, c’est quand même un peu compliqué… La pseudo-concertation qui est organisée est juste de la démagogie. Il y a d’autre part toutes les classes populaires qui se sentent également complètement délaissées. Aussi bien à la Porte de Vanves, à la Citée du Moulin de la Vierge ou bien Porte d’Orléans, tous les gens que nous avons rencontrés en faisant du porte-à-porte ressentent le même sentiment d’abandon. Les immeubles sociaux sont vétustes. Il n’y a pas toujours de point d’eau, de toilettes, de gardien. Il y a des trafics de drogue que la municipalité ne veut pas voir. Il y a des problèmes sociaux, des vrais problèmes d’exclusion, et quand des habitants ou des associations de locataires viennent voir la Maire, elle leur répond : « On sera content quand vous aurez déménagé »

RI : Comment concrètement feriez-vous pour faire mieux que la municipalité actuelle pour ces classes populaires ?

Isabelle Saporta : Il y a un vrai travail de reconquête républicaine à effectuer. Nous n’avons pas une solution, nous en avons trente-six. Premièrement, la mixité sociale. Il faut un peu plus de mixité sociale par rapport à celle qui existe aujourd’hui dans les logements sociaux. Il faut y réintégrer les classes moyennes et les acteurs clés dont nous avons parlé tout à l’heure. Deuxièmement, les commerces de proximité. On voit que tous les pieds d’immeubles et tous les commerces ferment les uns après les autres dans les endroits délaissés et ne sont jamais remplacés. Une fermeture de commerce dans la France rurale, c’est l’explosion du vote RN. A Paris, c’est exactement la même chose et c’est pour cette raison que la Ville de Paris doit prendre sa part en accompagnant et en soutenant les commerçants. Troisièmement, la police municipale de proximité. Elle devra assurer une présence quotidienne, ne serait-ce que pour rassurer les gens, et jouer un rôle de prévention de la délinquance qui sera complémentaire de celui des éducateurs de rue.

RI : Quels chantiers seront les chantiers prioritaires de votre mandature si vous remportez l’élection ?

Isabelle Saporta : L’éducation tout d’abord avec le projet phare de l’ancien hôpital de La Rochefoucauld dont nous avons parlé tout à l’heure qui inclut celui de l’antenne Villon et de l’antenne Giacometti, deux collèges dont le taux d’évitement est aujourd’hui de 70%.  Le projet écologique ensuite : on doit dédensifier le 14ème en s’opposant aux projets de bétonisation à Saint-Vincent de Paul et sur l’impasse Reille notamment et protéger les espaces verts comme par exemple sur l’avenue René Coty où cela n’a juste aucun sens de raser des arbustes et de faire des tables de ping-pong quand cela ne répond pas à la demande des habitants. Nous devons également travailler à l’apaisement et la concertation notamment sur les grands chantiers. Quand on voit qu’il y a eu six grands chantiers réalisés de façon concomitante sans aucune concertation des concitoyens, dont celui de Montparnasse-Gaîté où l’on envisage d’implanter un centre Leclerc de 3000 m2 qui tuera les commerces de proximité, ce n’est vraiment pas possible ! Il faut penser la ville dans sa globalité et se projeter dans le quotidien des habitants du 14ème qui vont se retrouver avec 25 ans de travaux. Il faut réfléchir un petit peu à comment ces chantiers vont s’imbriquer les uns dans les autres. Nous n’allons pas mettre, comme on l’a vu faire sous la précédente mandature, dix millions sur la Place d’Alésia pour nous rendre compte que rien au final ne fonctionne comme prévu. L’idée n’est pas de mettre des millions pour mettre des millions, mais de penser les choses en concertation avec les citoyens pour qu’ensemble nous trouvions les meilleures solutions sans que personne ne se braque. Nous ne promettons pas le grand soir comme certains, mais nous sommes déterminés à vraiment faire les choses. Beaucoup de gens promettent, mais très peu de gens essaient effectivement de faire les choses. C’est la raison pour laquelle il faut vraiment se poser la question de la reconduction des élus en place qui, de mandature en mandature, sont toujours les mêmes aussi bien dans la majorité que dans l’opposition et qui n’ont absolument rien changé à l’arrondissement depuis 20 ans. Nous proposons de les remplacer par une équipe dont beaucoup sont des membres de la société civile motivés, volontaires et qui eux ont vraiment envie de faire. Soit on met un coup de pied dans la fourmilière et on rénove un peu ces équipes qui ronronnent et qui pensent que la Mairie de Paris et la Mairie d’arrondissement leur appartient, soit on en prend pour encore six ans avec les mêmes. Il faut à un moment donné lever le voile sur les tartuffes du conseil municipal qui travaillent main dans la main depuis 20 ans en faisant semblant d’être dans l’opposition les uns des autres et qui sont en réalité les meilleurs sparring-partners.

Benjamin Weinberger : Pour ce qui est de la concertation, nous apportons véritablement un nouveau mode de fonctionnement : nous allons réunir les élus, les techniciens, les associations et les citoyens, et toutes les co-constructions vont se faire avec ces gens-là. Car dans tous les projets dont nous avons parlé (Saint-Vincent de Paul, Impasse Reille, etc.), la concertation était biaisée dès le départ, la municipalité ayant déjà une idée préconçue de ce qu’elle voulait faire. Il faut également aujourd’hui avoir des projets beaucoup plus ambitieux si nous voulons crée de la mixité sociale notamment dans le sud de l’arrondissement, dans les logements sociaux que sont immeubles en briques rouges qui datent d’une autre époque, celle de la culture ouvrière. Mon rêve personnel en tant qu’habitant de ce quartier serait de complètement refaire cette partie en co-construction avec des architectes brillantissimes et novateurs comme Jean-Pierre Buffi qui figure sur notre liste et qui apporte des vraies solutions en matière de mixité sociale et d’espaces verts. Pour revenir également un instant sur l’éducation, l’une de nos priorités sera de réconcilier le périscolaire avec le scolaire parce que, s’il y a un échec de cette mandature au niveau de l’école, c’est bien celui-là. Le périscolaire a été imposé presque aux forceps par la Maire actuelle sans cadrer les choses, ce qui fait que les choses ont été faites complétement n’importe comment. Il faudra dès le début définir dans une charte quels seront les rapports entre le scolaire et le périscolaire afin que leurs acteurs travaillent ensemble main dans la main et non pas de façon opposée les uns aux autres.

Isabelle Saporta : Une urgence de la prochaine mandature va en effet consister à réconcilier les acteurs les uns avec les autres. Car la Mairie de Paris, au niveau central comme au niveau de l’arrondissement, est fâchée avec presque tout le monde – aussi bien la préfecture que la région. Comment dans ces conditions organiser les travaux et les transports ? Quand Cédric Villani propose de mettre un milliard sur les transports pour l’automatisation des lignes, il travaille la main dans la main et sans aucun problème avec Valérie Pécresse, la Présidente de région. Comme dans la vie en entreprise, il est important de ne pas se brouiller avec les gens avec lesquels on est de toute façon obligé de travailler et de ne pas s’opposer de façon dogmatique et idéologique à ses partenaires. De même qu’il est important de ne pas rejeter systématiquement la faute sur ces partenaires. Il est certain que nous réussirons mieux à le faire que la municipalité actuelle avec notre liste qui contient de nombreux membres de la société civile.

RI : Que représente pour vous le 14ème arrondissement de Paris ? Comment pourriez-vous caractériser son identité propre ?

Isabelle Saporta : Je trouve que c’est un quartier familial et presque provincial. Personnellement, j’aime cet esprit car j’aime la France telle qu’elle est, j’aime la France rurale et ce qu’elle représente, j’aime son attachement à ses origines et j’aime son identité régionale. On retrouve dans le 14ème cet esprit familial et provincial-là. Loin de moi pourtant l’idée d’évoquer un 14ème sépia à la Amélie Poulain car le 14ème comme tout Paris est également bien sûr cosmopolite et ouvert sur d’autres identités. Mais il conserve ce petit côté villageois, provincial et protecteur qui permet justement la meilleure intégration de toutes et de tous. Ce n’est pas Boboland comme dans le 10ème arrondissement. Ce n’est pas du bobo chic, c’est un quartier de Paris qui est resté authentique. C’est pourquoi il est complètement incongru de vouloir y greffer un Centre Leclerc de 3000 m2 à Montparnasse-Gaîté. Cela ne correspond absolument pas à la culture du 14ème et va nuire à tous les petits commerces qui sont si importants pour le processus de reconquête républicaine dont nous avons parlé tout à l’heure. Tout le monde est d’ailleurs vent debout contre ce projet !

RI : Avec qui pouvez-vous envisager de vous allier au deuxième tour ?

Isabelle Saporta : On ne va pas parler ici des alliances. Je pense sincèrement que le meilleur candidat pour Paris est Cédric Villani et j’ai envie qu’il fasse le plus haut score possible, notamment dans le 14ème arrondissement où il est tête de liste, parce que je pense vraiment qu’il faut changer les équipes en place. Donc vraiment, je veux juste une chose, c’est qu’il arrive premier. Après, tous ceux qui veulent se ranger derrière nous au second tour pour soutenir notre beau projet sont bien sûr les bienvenus !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *