Nicolas Miguet : « Les mairies d’arrondissement devraient avoir davantage de moyens »

Nicolas Miguet est un entrepreneur de presse du 14ème arrondissement de Paris célèbre pour ses campagnes d’affichage dans la capitale. Son journal « L’Hebdo-Bourse Plus », créé il y a 21 ans, est « impertinent, indépendant et libre de toute publicité ». Cet opposant historique à Anne Hidalgo, fondateur du Rassemblement des Contribuables Français (RCF), s’est associé à Marcel Campion pour se lancer à la conquête de la Mairie de Paris en mars 2020 sur les listes « Libérons Paris ». Il a bien voulu nous consacrer 40 minutes de son temps au café-restaurant « Le Laurier » pour nous présenter ses idées pour « réparer Paris ».

Respect International (RI) : Nicolas Miguet, les Parisiens vous connaissent surtout au travers de vos campagnes d’affichage. Que pensez-vous représenter exactement pour eux ?

Nicolas Miguet : Un espoir et aussi le bon sens ! La vie politique parisienne s’est professionnalisée. Moi, je suis un entrepreneur qui a créé sa propre affaire, une entreprise de presse économique et financière totalement indépendante que j’exploite depuis plusieurs dizaines d’années, qui vit sans publicité, qui emploie du personnel et qui contribue à Paris. Je suis donc un contribuable parisien tout à fait habilité à m’occuper de la gestion de la ville qui est aujourd’hui synonyme de gaspillage éhonté. Rendez-vous compte qu’on ne connait même pas l’étendue de la dette ! On est vraiment dans une politique de très mauvaise gestion. J’ai lancé en 1999 le RCF et je considère que ce serait aujourd’hui non assistance à capital en danger que de ne pas se présenter. Nos convergences d’idées avec Marcel Campion ont été très fortes et nous nous sommes très bien entendus humainement parlant. Comme je suis à la fois originaire de Normandie (Eure) et du 14ème arrondissement de Paris, j’ai décidé de me présenter dans le 14ème arrondissement.

Je pense représenter pour les électeurs l’espoir de voir la ville gérée non pas par des gens qui ont des ambitions politiques nationales mais par des gens altruistes qui veulent bien s’occuper de politique locale. Ce sont des choses concrètes dont il faut s’occuper. Un trottoir ne dessert pas les gens de droite ou de gauche, il est utile à toute la population. Or tous les trottoirs du 14ème ont des trous et les personnes âgées ont du mal à sortir de chez elles pour simplement aller faire trois courses sans se casser la figure… L’Etat et les communes ont aujourd’hui mis en place des superstructures qui gaspillent du temps et de l’énergie au lieu de résoudre les problèmes des gens au quotidien : on fait des grands projets qui défigurent les quartiers et sur lesquels plus personne ne s’y retrouvent.

RI : Sur quels thèmes allez-vous particulièrement insister pendant cette campagne des Municipales 2020 à Paris 14ème ?

Nicolas Miguet : Comme je viens de vous le dire, sur les thèmes de proximité. Tous les candidats des listes Campion ont vocation à être des élus locaux et de terrain, des élus de quartier et non pas des élus dont l’ambition est nationale. Quand je me promène la nuit et que je vois un lampadaire qui ne fonctionne pas, c’est un danger pour les gens qui se sentent en insécurité. Il faut immédiatement alerter le service de la voirie concerné pour faire en sorte que cela soit réparé le lendemain ou le surlendemain. C’est très intéressant la vie de quartier. J’ai rencontré des centaines de personnes durant cette campagne qui se plaignent tout particulièrement que les commerces de proximité, notamment de bouche, ferment les uns après les autres dans le centre de Paris. Ces commerces sont en voie de paupérisation car les commerçants accablés de charge se retrouvent en très grande difficultés. Et ils ont en plus toutes les peines du monde a trouver un repreneur.

RI : Quel regard portez-vous sur la gestion municipale actuelle ? Sans doute très critique ?

Nicolas Miguet : Il est malheureusement moins critique qu’objectif. Le RCF avait publié des affiches pendant la campagne des municipales de 2014 qui disaient : « Derrière le sourire [d’Anne Hidalgo], la facture! ». On a par la suite publié une deuxième affiche : « Le pire est à venir! ». Nous n’avons malheureusement pas été déçus. La politique d’Anne Hidalgo est une politique agressive, idéologique et sectaire qui consiste à allouer les subventions aux associations des petits copains et par laquelle on ne fait rien vivre dans les arrondissements et les quartiers. On ne peut pas en vouloir aux maires d’arrondissements à qui on n’a pas donné de moyens. N’attendez donc pas de ma part une quelconque critique de la Mairie du 14ème. Car on a fait des mairies d’arrondissement fantoches. Il avait été promis au moment de la campagne de 2014 que des délégations de pouvoir et de compétences seraient réalisées en faveur des mairies d’arrondissement. Aussi bien Mme la Maire que son premier adjoint, qui ne se représente pas tellement il a été dégoûté de son mandat, sont des gens de terrain qui auraient été capables d’utiliser les moyens qu’on leur aurait donnés. Mais la Mairie centrale a tout imposé en écrasant toutes les initiatives de terrain. Le 14ème représente quand même une ville de 138 000 habitants qu’on doit écouter !

RI : Quels chantiers seraient les chantiers prioritaires de votre mandature si vous étiez en mesure de remporter l’élection ?

Nicolas Miguet : Tout d’abord, réallouer les moyens et les centres de décisions au niveau des mairies d’arrondissement. Toutes les mairies d’arrondissement devraient avoir d’avantage de moyens. S’agissant de la police d’arrondissement par exemple, il est inutile d’armer les policiers. Il faut juste centraliser au niveau de la Mairie d’arrondissement la gestion de ce que j’appelle la « sécurité du quotidien » qui comprend la lutte contre les incivilités, la prévention des cambriolages, etc., et qui peut être prise en charge au niveau de l’arrondissement par une police non armée en coordination avec la police nationale. Deuxième chantier : l’embellissement et le fleurissement des petites places et du reste. Tout cela est décidé par la Mairie centrale, ce n’est juste pas possible ! Il faudrait que les maires d’arrondissement aient les moyens de leur politique répartis en fonction du nombre d’habitants. Je ne dis pas qu’il faut dépenser plus, je dis même le contraire. Car c’est quand on dépense localement qu’on dépense moins. La maire d’arrondissement devrait par exemple pouvoir effectuer des dépenses de fleurissement auprès des fleuristes locaux. Et l’on pourrait créer de l’émulation dans chaque quartier en organisant des concours de fleurissement entre les immeubles par le moyen d’aides aux copropriétés. Il y a en réalité une multitude d’initiatives à prendre si l’on veut verdir Paris, qui sont des alternatives à la plantation de 160 000 arbres dans les rues on ne sait trop comment. Troisième chantier, la voirie du quotidien : faire en sorte que dans les six mois du début de mandat toutes les entreprises qui travaillent sur la voirie (électricité, gaz, télécoms, etc.) déposent pour les cinq ans à venir tous leurs projets afin qu’ils soient cordonnés rue par rue et quartier par quartier. J’ai l’occasion de part mes activités professionnelles de visiter le monde entier et j’ai pu admirer comment à Hong-Kong les travaux de voirie étaient bien organisés car pré-coordonnés. Paris est une ville monde et il faut prendre les bonnes idées là où elles sont. Il faut, comme à Londres par exemple, que chaque mairie d’arrondissement gèrent de vrais budgets de terrain et s’occupent des coordinations de travaux en mettant en place la planification dont j’ai parlé. La tradition de centralisation parisienne qui ne met pas les élus à portée d’engueulade ne permet pas de le faire.

RI : Que représente pour vous le 14ème arrondissement de Paris ? Comment pourriez-vous caractériser son identité propre ?

Nicolas Miguet : Très prosaïquement, j’habite dans le 14ème arrondissement car je suis proche de la Gare Montparnasse et que c’est bien pratique pour aller en Normandie. Nous avons nos bureaux rue Gassendi et je trouve le quartier très agréable. Le 14ème arrondissement est un arrondissement aimable dont on peut très facilement tomber amoureux. C’est un arrondissement qui est bizarroïde : à l’origine, on y trouvait un petit bout de ferme et des endroits qui y étaient cultivés ; il y avait les fortifications ; il y avait les arrivées de la Gare Montparnasse ; il y avait des quartiers très ouvriers, des endroits qui étaient hyper-populaires, etc. L’église Notre-Dame-du-Travail est tout à fait magnifique, un chef d’œuvre d’architecture que les Parisiens ne connaissent pas et qui consiste en une réutilisation d’un pavillon de l’Exposition Universelle de 1878. Il y a des joyaux dans le 14ème : le Parc Montsouris, la Cité Universitaire, etc. Et puis, au delà des grandes avenues, il y a plein de petites rues et des petits passages qu’il faut découvrir. Il y a encore des petites maisons avec des jardins. C’est un arrondissement de vie plutôt que de touristes où l’on rencontre facilement des gens avec lesquels on peut engager la conversation. C’est aussi resté un arrondissement très hétérogène dans lequel la vie parisienne s’incarne très bien.

RI : Comment vivez-vous votre statut de candidat marginal ?

Nicolas Miguet : En quoi serais-je un candidat marginal ? Je suis prêt à parier que nous, listes Campion, allons faire des scores supérieurs à ceux de M. Villani dans Paris. Cela fait 43 ans que je fais de la politique et, croyez moi, je sais ce que c’est qu’une campagne électorale. Partout, je rencontre les électeurs et les gens qui m’ont vu en affiche me disent que ça leur faire plaisir de me voir en physique. A la différence des autres candidats qui ne sont pas sur le terrain, je travaille moi le terrain en allant un peu partout. Comme je suis journaliste de profession, rencontrer des gens dans le cadre d’une campagne électorale est toujours agréable car on récolte des informations des acteurs de base de la vie qui me parlent de leurs joies et de leurs problèmes. Les gens me disent qu’ils vont voter pour moi parce qu’ils me trouvent sympathique. C’est avant tout le partage du bon sens qui me relie à eux. Le vote pour ma liste est un vote populaire pour Paris. C’est dire que le peuple de Paris n’est pas encore mort et qu’il n’a pas été fichu à la porte de chez lui par les bobos.

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