Raphaël Arcis : « Je crois fermement en la révolution citoyenne »

Raphaël Arcis est le numéro 2 de la liste « Décidons Paris ! 14 » menée par Lamya Essemali dans le 14ème arrondissement de Paris, une liste soutenue par La France Insoumise (LFI) et Révolution Ecologique pour le Vivant (REV). Nous l’avons écouté pendant presque 45 minutes au café-restaurant « Le Laurier » pour qu’il nous présente cette liste citoyenne qui se propose d’être le porte-voix des habitants du 14ème et pour qu’il nous expose le programme qu’elle défend.

Respect International (RI) : Raphaël Arcis, pourriez-vous, s’il vous plait, nous présenter la liste « Décidons Paris ! 14 » ?

Raphaël Arcis : « Décidons Paris ! 14 » est une liste citoyenne qui a pour tête de liste Lamya Essemali, la présidente de Sea Shepherd France, une ONG dont la vocation est la protection des écosystèmes marins et de la biodiversité dans les mers de France. Notre liste comporte des sensibilités différentes, mais ce qu’il est important de dire, c’est que notre programme a été conçu PAR les citoyens. Ce n’est pas une figure de style puisque nous avons fait beaucoup de porte-à-porte et organisé de nombreux ateliers avec les habitants pour le concevoir. Notre objectif est d’être leur porte-voix. Car il y a un vrai problème démocratique dans notre pays et nous voulons redonner le pouvoir au peuple en instituant un vrai pouvoir citoyen : en l’occurrence, dans le cadre de cette élection, à l’échelle municipale. C’est aux habitants de faire leur ville et il faut les intégrer dans tous les processus de décisions, comme par exemple dans le 14ème arrondissement dans les décisions qui concernent les grands travaux à Gaîté, Montparnasse ou encore René Coty. Il faut donc instituer de vrais contre-pouvoirs citoyens notamment par l’intégration des conseils de quartier et des conseils citoyens dans les décisions locales, par la tenue d’assemblées des communs pour cogérer la Mairie d’arrondissement, par la reconnaissance du Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC) pour tout sujet local si 5% des électeurs inscrits l’ont demandé par pétition, et par la création d’un « fonds parisien pour la démocratie d’initiative citoyenne » qui permettrait d’armer financièrement et techniquement les citoyens pour concevoir des projets alternatifs à ceux des acteurs privés comme par exemple ceux des promoteurs immobiliers. C’est l’intérêt général qui doit prévaloir dans toutes les prises de décision et non pas les intérêts privés.

RI : Pourriez-vous également vous présenter un peu personnellement ?

Raphaël Arcis : Je me suis engagé dans le monde associatif et dans l’activité politique en ayant toujours en vue l’intérêt général. J’ai été militant associatif à Marseille et je me suis beaucoup investi sur la question du handicap pour favoriser l’insertion sociale et professionnelle de jeunes en situation de handicap mental. Le problème des personnes en situation de handicap psychique est le plus souvent la solitude et l’isolement, le fait qu’ils se sentent délaissés. En tant que militants associatifs, nous avons essayé de leur trouver des stages et des formations dans les écoles, puis des possibilités d’emploi dans des entreprises prêtes à les accueillir. Je ne fais personnellement pas partie des gens qui pensent que la vie doit être un chemin de croix ponctué de galères, et pour moi la question du mérite est une aberration car j’ai vu trop de gens très méritants se prendre des murs. Mon propre parcours personnel est d’ailleurs lui-même basé pour beaucoup sur la chance. J’ai donc pris conscience qu’il était nécessaire de changer le système dans lequel nous vivons et notre façon de concevoir la société. Je pense pour ma part que cela doit se faire au niveau institutionnel en récupérant le pouvoir pour le rendre au peuple et je crois fermement en la révolution citoyenne pour, par nos bulletins de vote, faire prévaloir l’intérêt général des citoyens. Nous avons failli le faire au niveau national en 2017 avec Jean-Luc Mélenchon, peut-être parviendrons-nous à le faire en 2022. Ce qui est assez génial dans cette campagne des municipales parisiennes, c’est qu’on va chercher directement les gens en faisant du porte-à-porte ou sur les marchés plutôt que de recourir aux canaux traditionnels des grands médias. Nous rencontrons les gens pour essayer de comprendre ce qu’ils veulent et nous le mettons en avant car c’est à eux qu’appartient la politique, et non pas seulement à ceux qui concentrent tous les pouvoirs.

RI : Vous contestez donc le caractère représentatif de la démocratie française ?

Raphaël Arcis : Clairement, oui. Les institutions sont fermées et accaparées par des notables. Tout le monde est certes libre de se présenter mais le système est vicié et verrouillé par le fait que tout le monde n’a pas les mêmes moyens. C’est Jean-Luc Mélenchon qui a eu en 2017 le meilleur ratio en termes de vote par rapport aux moyens investis pour sa campagne. On ne joue pas avec les mêmes cartes. Pour notre part, nous voulons redonner l’envie aux gens de faire de la politique, car beaucoup sont délaissés et ne se sentent pas représentés. Je n’ai jamais vu d’ouvrier Président de la France, pourtant certains seraient en mesure de nous donner des leçons en termes de culture politique. Ce ne sont certainement pas les compétences qui leur manquent.

RI : Sur quels thèmes allez-vous particulièrement insister dans le cadre de cette campagne des Municipales 2020 à Paris 14ème ?

Raphaël Arcis : Même si nous insistons tout particulièrement sur le logement, le déficit démocratique des institutions et l’écologie, il est difficile d’ériger une hiérarchie parce que nous avons également des propositions sur le handicap, sur l’éducation, la concurrence entre les supermarchés et les petites boutiques, etc. En revanche, ce que l’on sait, c’est ce que priorisent les habitants en général. C’est la question du logement qui est très stressante à Paris, et dont on nous parle le plus.  Il y a eu une augmentation du prix des loyers de plus de 20% en dix ans, c’est faramineux ! Les ouvriers et les employés sont chassés de la capitale. En parallèle, plus de 3 600 sans-abris dorment dans la rue dont des femmes et des enfants. Pourtant 14 000 des 84 000 logements dans le 14ème sont des logements vacants, des résidences secondaires ou des Airbnb. Nous sommes très actifs sur la question du logement, et nous participons actuellement à de nombreux évènements comme ce dimanche [1er mars 2020, NDLR] près du Parc Montsouris la célébration des « Pics d’Or », une cérémonie ironique inspirée par celle de la Fondation Abbé Pierre, pour « récompenser » les dispositifs anti-SDF déployés un peu partout dans la capitale. Le 3 mars, nous organisons également un évènement qui réunira l’ensemble des listes d’arrondissement de « Décidons Paris ! » et à l’occasion de laquelle des députés allemands de Die Linke viendront nous présenter la question de l’encadrement des loyers à la baisse qui a été réalisée à Berlin, une mesure que nous voudrions transposer à Paris. L’encadrement des loyers à la baisse par un loyer de référence inférieur au loyer médian et le référendum pour la réquisition des logements vacants sont nos deux mesures phares en matière de logement. Mais nous prévoyons aussi la création de 60 000 logements sociaux abordables en particulier par achat et conventionnement d’immeubles privés, l’entretien et la rénovation des logements sociaux existants, la limitation des Airbnb à 30 nuits et l’augmentation des effectifs chargés de contrôler ce dispositif, l’interdiction des expulsions sans relogement, la réservation de logements dignes pour les sans-abris et enfin la création d’un service public contre les punaises de lit.

Le deuxième grand thème dont nous avons déjà largement parlé concerne la restauration d’un vrai pouvoir citoyen. Il faut que les citoyens aient un pouvoir d’action au cours du mandat et pas seulement au moment des élections. Je ne fais pas partie de ceux qui incriminent systématiquement le bilan de la Maire du 14ème arrondissement. La question du budget participatif notamment est une bonne initiative. Mais son bilan reste un bilan en demi-teinte. Car la Mairie garde la main sur les projets qui ont fait l’objet d’un vote dans le cadre du budget participatif et il y a très souvent un décalage entre ce que voulaient les citoyens au départ et ce que décide la Mairie au final. Il faut donc instaurer une instance de contrôle citoyen du budget participatif par les citoyens et les associations. Il faut également intégrer les conseils de quartier et les conseils citoyens dans les décisions de la Mairie d’arrondissement. Il faut par ailleurs créer un fonds parisien pour armer financièrement et techniquement les citoyens en vue de proposer des projets alternatifs à ceux de promoteurs, comme par exemple celui In’li sur le site actuel des Sœurs Fransiscaines au 32 avenue Reille qui prévoit la densification du site et la construction de logements haut de gamme. Nous voulons aussi généraliser la pratique des référendums citoyens, comme je l’ai mentionné tout à l’heure.

Dernier grand pilier de notre projet municipal : l’écologie. Ce qu’il faut bien comprendre c’est que l’écologie est un sujet politique. Tout le monde est certes aujourd’hui sensibilisé à la question mais trop de politiques continuent à dire que trier ses déchets va suffire. C’est bien sûr complètement faux. Le greenwashing, ça ne marche pas ! Nous assumons pour notre part pleinement un objectif de décroissance pour Paris qu’il faut dédensifier. Il faut également tourner la page de l’hyper-consumérisme, diminuer le tourisme, et de façon générale défendre une ville qui soit vouée aux habitants et pas uniquement à la croissance et aux intérêts économiques. Ce n’est pas pénalisant en termes d’emplois si nous mettons en place une politique de l’emploi alternative en créant des emplois sociaux notamment dans les hôpitaux qui sont aujourd’hui à bout de souffle, en développant l’accompagnement dans le monde du handicap et également en remunicipalisant les emplois publics qui ont été privatisés. S’il est vrai que la question écologique ne pourra pas être réglée au niveau municipal car elle est un sujet global, il existe en revanche certains leviers d’action au niveau de la ville de Paris eu égard à l’importance de la capitale d’un pays qui reste une des premières puissances mondiales. Lamya Essemlali, notre tête de liste, rappelle à ce propos que les Parisiens sont les premiers consommateurs de poisson de surface de France. Nous pouvons imposer une meilleure traçabilité sur la provenance de nos aliments et sanctuariser toutes les terres agricoles en Ile-de-France propriétés de la Ville pour des productions diversifiées et écologiques. Nous détaillons dans notre programme tout une série d’autres mesures destinées à défendre une écologie radicale qui replace l’humain dans le vivant.

RI : Quel regard portez-vous sur la gestion municipale actuelle ?

Raphaël Arcis : J’ai personnellement de la sympathie pour Carine Petit, la Maire actuelle du 14ème arrondissement, mais ce n’est vraiment pas le sujet. Nous avons en revanche un désaccord majeur avec la politique d’Anne Hidalgo qui a imposé notamment les Jeux Olympiques et de nombreux projets d’urbanisme dont nous contestons l’utilité sociale et écologique, comme la Tour Triangle. Même dans le 14ème arrondissement, il y a des choses qui ne nous conviennent pas, comme les très lourds projets commerciaux de la Gaîté-Montparnasse et celui de l’avenue Reille dont j’ai parlé tout à l’heure et qui ne se font pas du tout en concertation avec les habitants. La Mairie doit pouvoir préempter sur ces projets avec les moyens colossaux qui sont les siens. Compte tenu du contexte actuel de taux d’intérêt extrêmement bas, il serait criminel de ne pas investir dans les infrastructures.

RI : Que représente pour vous le 14ème arrondissement ? Comment pourriez-vous caractériser son identité propre ?

Raphaël Arcis : Je suis arrivé dans le 14ème il y a deux ans à la fin de mes études car je suis originaire du Sud. Comme beaucoup de Parisiens, je ne suis pas un parisien de naissance. Nous sommes presque tous des immigrés d’autres villes de province ou d’autres pays du monde. Il faut rappeler que selon les statistiques seulement 30% des parisiens sont des parisiens « de souche ». Le 14ème arrondissement représente pour moi la possibilité d’une nouvelle vie et de nouvelles opportunités. Et puis, comme je suis né à Sète, le fait de vivre dans le quartier et l’arrondissement de Brassens me parle évidemment beaucoup. Je ne suis d’ailleurs pas du tout sûr qu’aujourd’hui Brassens reconnaitrait son quartier vu la gentrification galopante et le fait que les classes populaires sont de plus en plus repoussées vers l’extérieur de l’arrondissement. Je ne vois pas Brassens aujourd’hui avoir un appartement rue Edgard Quinet.

RI : Enfin, avec qui pouvez-vous envisager de vous allier au deuxième tour de l’élection municipale ?

Raphaël Arcis : Avant le second tour, il y a d’abord un premier tour et aujourd’hui la photo des intentions de vote n’est pas très claire. En plus de cela, la question n’est pas tranchée car elle n’est même pas en discussion aujourd’hui . Nous avons pour l’instant un programme qui a été composé par des citoyens et qui nous engage vis-à-vis d’eux. Il n’est évidement pas question de transiger sur ce programme. Dans aucun cas de figure, nous ne pourrons bien sûr nous allier avec le candidat de LREM ou bien Cédric Villani. Il y a un choix politique à faire : celui du compromis ou celui de la solution. La Maire actuelle du 14ème s’inscrit dans un projet majoritaire que nous ne pouvons pas soutenir car il consiste dans la privatisation des services publics, dans la vente du patrimoine municipal, dans la défense de projets antisociaux et antiécologiques comme celui des Jeux Olympiques, de la Tour Triangle, des tours Duo dans le 13ème arrondissement, etc. Je ne vois donc pas dans quel alignement d’étoiles nous pourrions nous allier avec elle. Mais je veux préciser que ces propos n’engagent que moi. Tous nos choix sont faits démocratiquement au niveau de notre liste et cela sera une discussion des personnes qui la composent à l’issue du premier tour, pas avant.

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