Jean-Jacques le Vessier : « C’est moi qui suis traversé par les textes »

 

Personnage haut en couleur du Quatier Pernety, Jean-Jacques le Vessier ne laisse personne indifférent. Cet éternel amoureux des femmes et de la vie a bien voulu nous recevoir dans son appartement de la rue Royer-Barret pour nous parler de son métier d’acteur de théâtre et de sa passion pour les textes d’auteur qu’il aime faire revivre sur scène ou dans les bars du Quartier dont il est un animateur très apprécié. Tout juste revenu d’un tournage de série télé dans le sud de la France, il nous a également convié le 11 juin dernier lors des « Nuits d’Abîmes » de l’Osmoz Café à un hommage à Robert Desnos. Et le silence fut !

Montée à Paris d’un Breton rêveur et mélancolique qui aime « faire le con »

Né à Lorient en 1962, Jean-Jacques le Vessier a grandi dans la ville de Ploemeur et est resté en Bretagne morbihannaise jusqu’à ses vingt-trois ans. Il est le fils d’un chaudronnier et d’une femme au foyer qui a la charge d’une famille de quatre enfants. Loin de l’exubérance de Paris, Jean-Jacques connait l’ennui auquel la Bretagne prédispose les sensibilités exacerbées : « Quand on est en contact avec ce pays, la mer, les éléments, l’horizon, on développe naturellement un caractère rêveur et mélancolique, ce qui n’est pas forcément négatif », nous fait-t-il observer. A l’école, rien ne l’intéresse à part le français et il passe sans conviction un bac technique. Son ambition de l’époque est bien plutôt de devenir champion cycliste. Il fait de la compétition pendant six ans mais n’atteind pas le niveau suffisant pour passer professionnel. Le 10 mai 1981 (!), il se paie néanmoins le luxe de gagner une course qui, comme le soulignera avec humour un journaliste sportif, marque ce jour-là le triomphe de la ténacité et de la persévérance. L’univers culturel et artistique reste éloigné de celui de Jean-Jacques qui ne baigne pas dans un milieu particulièrement ouvert aux Arts : aucun livre ni aucun disque ne traine chez lui à la maison – n’était-ce un disque vinyle de Jacques Brel qu’il a reçu comme cadeau d’anniversaire à 10 ans et qu’il écoute en boucle le week-end sur le pick up familial pour combattre l’ennui et la mélancolie. Il n’en est pas moins fasciné par le mode de vie de l’oncle artiste-peintre de son meilleur ami coureur cycliste qui lui ouvre les portes d’un monde auquel il se sent triste de ne pas appartenir. Car pour tout dire Jean-Jacques ne se sent pas vraiment à la page en compagnie de ses copains de classe. Le contraste est saisissant entre l’univers familier du petit gars de la campagne, le bistrot de sa grand-mère où les habitués viennent rire, raconter des histoires et reprendre en chœur des chants traditionnels en français et en breton, et celui de ses petits camarades de la ville qui écoutent du rock’n roll, s’habillent à la mode et embrassent les filles dans les boums. Il ressent également la différence de classe sociale dans la difficulté qu’il éprouve à s’exprimer avec la même aisance et la même assurance que ses copains devant lesquels il fait le clown pour donner le change. Son caractère turbulent et dissipé incite sa professeure de français à lui recommander de faire du théâtre. C’est l’occasion pour l’adolescent timide et complexé d’oser s’exprimer au travers des textes des plus grands auteurs. Au moment  où il abandonne définitivement les compétitions cyclistes, il apprend par le journal que Jean Moigne, directeur du théâtre populaire de Bretagne, vient installer sa petite troupe près de Lorient. Il garde un très vif souvenir de la performance de cette troupe qui a interprété le « Bourgeois Gentilhomme » alors qu’il était élève de cinquième.

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