Nelly Pouget, dernier dinosaure du jazz contemporain

Nelly Pouget est une véritable star et un personnage incontournable du 14ème arrondissement de Paris. Elle nous a fait l’honneur d’une visite au 25 rue de Plaisance, le siège de « Respect International », pour évoquer son parcours de musicienne quelques jours avant la projection de « Spirale Danse », le film retraçant sa vie, le 14 mars 2018 au cinéma « L’Entrepôt ».

Le choix instinctif du saxo

La vie en spirale de Nelly Pouget n’a plus de secret pour personne depuis que Jérémie Lenoir y a consacré un film tourné en 2014 et sorti en 2017. Nelly est née à Dijon en Bourgogne le 19 mai 1955 et passe une enfance heureuse au bord de Saône au sein d’une famille de sept enfants. « C’est une période de ma vie que j’ai adorée. Quand j’avais dix ans, on partait tous ensemble en vacances pour de grandes parties de camping sauvage et l’on avait pas moins de six toiles de tentes pour y abriter toute la famille. » Sur ses photos souvenirs, en famille ou à l’école, Nelly occupe déjà le centre de la scène. Son éveil musical date du jour où son frère ainé décide de l’emmener au conservatoire de Dijon où il joue du trombone, plutôt que la laisser s’ennuyer à la maison le mercredi. Elle s’inscrit à la classe de solfège dont le professeur est un joueur de basson, et progresse très rapidement au point d’avaler en une seule année les deux ans d’apprentissage. A quatorze ans, lorsque son professeur lui demande de quel instrument elle souhaite jouer, son choix se porte spontanément sur le saxophone. Il suffit de traverser la cour du conservatoire pour rejoindre la classe de Jean-Marie Londeix, l’auteur d’ « Un siècle de saxophone » et qui est à l’époque la référence française à l’étranger pour cet instrument. Parallèlement à la musique, Nelly suit sans enthousiasme des cours de comptabilité-mécanographie. Sa professeur de dessin qui détecte en elle des talents artistiques lui suggère de s’inscrire à l’école des beaux arts de Beaune. Nelly parvient à obtenir l’accord de ses parents pour le faire et se débrouille pour suivre les cours de cette seconde école d’art malgré les problèmes d’intendance et un différent qui l’oppose à ses enseignants en fin d’année. Nelly s’éprend en effet d’un homme qui n’a l’heur de plaire ni à ses professeurs ni à sa famille et avec lequel elle décide de partir pour l’Afrique. C’est de cette époque que date son amour pour le continent noir qu’elle va atteindre « par la route » en traversant le Sahara espagnol et en embarquant sur un bateau dont elle se souvient encore aujourd’hui des grincements. Les deux tourtereaux s’installent finalement à Ouagadougou où Nelly acquiert une mallette de peinture dont elle va se servir pour peindre les scènes de la vie quotidienne des familles africaines.

Le choix viscéral de la liberté

A son retour d’Afrique, Nelly retrouve le saxo qu’elle a laissé en France chez ses parents. Elle vit quelques temps à la campagne puis monte à Paris suite à sa rupture avec son compagnon avec pour seul bagage son instrument et sa mallette de peinture. Nous sommes en 1981 et elle a tout juste vingt cinq ans. Pour se loger, elle habite une chambre de bonne rue Notre Dame des Champs puis squatte rue Saint Martin et derrière l’Hôtel de Ville. Les anecdotes sur ses années de galère à Paris se bousculent dans sa tête. Elle trouve des petits boulots dont un emploi a mi-temps chez Henri Dessin rue de Rennes. Au marché aux puces de Montreuil et de Saint Ouen, elle vend des chaussures et des vêtements pour les rockers. Elle donne également quelques cours sans accepter de poste officiel de professeure pour conserver sa liberté. Surtout elle commence à composer et en 1982 elle dirige son premier orchestre pour l’Institut Pierre et Marie Curie à l’Université de Jussieu. Elle enchaine tant bien que mal les expériences de conduction d’orchestre, continue à jouer du saxo et à composer mais souffre du sexisme du milieu : « Quand tu es femme, instrumentiste avec un saxophone, compositrice et leader, tu as tout faux car tu as tout ce qu’il ne faut pas dans nos sociétés. J’ai surmonté beaucoup de choses mais ça je ne le savais pas car je suis arrivée avec ma naïveté ». Après avoir bien galéré, elle est sur le point de faire son premier disque en 1987, mais son producteur qui est en pleine période de succession se fait inopinément interner en psychiatrie par ses proches qui veulent l’éloigner de l’héritage familial. Ses amis lui proposent alors de créer un label propre, Minuit Regards, sous lequel elle va produire sa musique, six disques au total. Difficile toutefois d’en vivre avec l’arrivée d’internet qui a fait beaucoup de mal aux musiciens. Car produire un beau disque sous label officiel a un coût. « On est passé à un système dématérialisé où l’on ne maitrise plus rien, où l’on doit avancer de l’argent et où c’est devenu très compliqué car les trois quart des gens téléchargent gratuitement ou quasi et l’on touche que dalle », témoigne Nelly qui pourtant produit une vidéo musicale en 1992 et qui n’a pas dit son dernier mot avec la sortie de l’album « Spirale danse » et d’un film éponyme réalisé par Jérémie Lenoir disponible aujourd’hui en DVD. L’occasion d’y retrouver Nelly au milieu de ses souvenirs et de ses amis d’hier et d’aujourd’hui : sur des documents d’archives avec entre autres Micheline Pelzer, Siegfried Kessler, Sunny Murray et Makoto Sato ; et sur la route entre Paris, la Drôme, la Camargue et la plage de Piémanson.

Cliquez ici pour accéder au film hommage de Catherine Silva : Soirée Nelly Pouget à « L’Entrepôt » et ici pour accéder la page Wikipédia de Nelly.

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