Jean-Pierre Torlois : « Je ne me prends pas pour un artiste, j’aime faire des trucs ! »

Frimer, ce n’est vraiment pas son truc. Jean-Pierre Torlois a beau être un artiste complet, auteur-compositeur-interprète d’un coté, artiste peintre de l’autre, il ne la ramène pas et déteste ceux qui la ramènent. Ne lui parlez pas d’humilité des grands, il vous répondra que lui-même n’a jamais voulu jouer dans la cour des grands. Chaque soir vers 19 heures 30, il quitte son appartement du 47 bis de la rue Bénard dans le 14ème arrondissement de Paris et traverse la Place Flora Tristan pour rejoindre son petit groupe d’amis au café-restaurant « Le Laurier » situé à l’angle de la rue Didot et de la rue Pernety. A soixante dix ans bien sonnés, Jean-Pierre a toujours la banane même si des soucis de santé l’empêchent aujourd’hui de prendre la guitare pour continuer à animer et faire vivre ce Quartier Pernety qu’il aime tant. Portrait de l’artiste.

Bordeaux-Madrid-Paris, itinéraire du jazz à la chanson

Jean-Pierre Torlois est né en 1947 à Bordeaux dans une famille d’origine charentaise. Il ne garde pas de sa ville natale un souvenir impérissable et n’y est d’ailleurs plus retourné depuis la mort de ses parents. Mais c’est pendant sa jeunesse bordelaise qu’il attrape le virus de la musique. Vers l’âge de 15 ans, il commence par prendre des cours de guitare classique mais il rend rapidement fou son professeur qui parvient néanmoins à lui apprendre à lire la musique. Une fois ces bases acquises, Jean-Pierre décide de voler de ses propres ailes et c’est curieusement auprès d’amis pianistes qu’il apprend le jazz à la guitare. Il fera ses débuts de guitariste dans les clubs de jazz de Bordeaux dès l’âge de 17 ans où il joue également de la contrebasse malgré sa petite taille. A 23 ans, il rencontre sa future femme d’origine bretonne avec laquelle il part sur un coup de tête en vacances en Espagne. Ils n’en reviendront pas. Car, à Grenade, Jean-Pierre rencontre un chanteur madrilène qui connaissait un certain succès à l’époque et qu’il accompagne pendant six mois au Maroc. Puis c’est le retour à Madrid où il fera l’essentiel de sa carrière de musicien. En deux ans, Jean-Pierre apprend à parler, lire et écrire l’espagnol presque couramment. Il essaie tant bien que mal de vivre de ses talents de musicien tandis que sa femme donne des cours de français. L’Espagne de Franco fait la vie dure aux artistes libertaires de gauche que le couple côtoie au début des années 70. Jean-Pierre intègre un groupe de musique formé autour d’un très bon parolier qui deviendra plus tard journaliste à « El País » . « On avait les flics tout le temps derrière le cul quand on jouait quelque part », se souvient-il. La mort de Franco survenue en 1975 marque le point de départ d’une période plus faste au plan financier : « On n’était plus interdit. J’avais travaillé avec pas mal de mecs et les maisons de disques voulaient leur faire des disques. C’était des mecs un peu connus. Et là c’était bien. J’ai gagné pas mal de fric ». De quoi vivre agréablement sous le soleil de Madrid pendant treize année au total. Au début des années 80, la femme de Jean-Pierre décide de revenir en France pour amorcer une reconversion professionnelle. Il la rejoint en 1984. Le retour au pays est très difficile car il a laissé tous ses amis dans la capitale espagnole. Le couple divorce et Jean-Pierre ne trouve plus en lui la motivation pour continuer à vivre de son art. « J’ai pris des boulots de merde. J’étais gardien d’immeuble de bureaux porte Maillot, ce qui m’a permis d’avoir beaucoup de temps de libre. J’ai pu continuer la musique et composer. C’est le meilleur travail de composition de textes que j’ai fait. J’ai écrit une cinquantaine de chansons dont certaines sont vraiment bien, je le dis sans prétention. Certains de mes amis les reprennent et franchement je trouve ça très gratifiant. Mais je n’ai pas pris pour autant la grosse tête. Je ne me prends pas pour un artiste, j’aime juste faire des trucs. » C’est ainsi que sont nées des chansons comme « Dans le fond de vos yeux », « Alcool », « Timide » ou bien encore « High Society », une violente charge anti-bourgeois que Jean-Pierre me fait écouter sur sa chaine personnelle dans son appartement de la rue Bénard.

Une renaissance artistique dans le dessin et la peinture

Jean Pierre est l’auteur, le compositeur et l’interprète de ses chansons. Pour les composer à la guitare, il n’a pas vraiment de méthode. « Quand je compose, je commence par chercher des accords, des harmonies. Comme je viens du jazz, j’emploie de très bons accords. Puis c’est comme une improvisation. Je commence par chantonner, faire des accords cohérents, des « grilles d’accords » comme disent les jazzmen. Puis il y a une mélodie qui vient se greffer dessus. Je chantonne et c’est ainsi que j’arrive à construire une chanson. En général, j’écris le texte après mais il m’est arrivé d’écrire le texte d’abord quand j’ai une idée avec une bonne métrique parce qu’en musique il faut un rythme. » Malheureusement, depuis son accident vasculaire cérébral de 2013, Jean-Pierre a complètement cessé d’écrire des chansons. Il s’est replié sur la création picturale qui l’avait déjà happé quelques années auparavant et qui n’est pas selon lui sans analogie avec la composition musicale. « Dans la musique, il y a deux choses, nous explique-t-il. D’un côté, la mélodie qui est un thème instrumental ou chanté. De l’autre, l’harmonie qui correspond aux accords que l’on met dessus. De la même façon en peinture, il y a le dessin qui correspond à la mélodie et les couleurs qui correspondent à l’harmonie. » Le parallèle qu’il fait avec la musique explique sans doute pourquoi son dessin est si précis et les couleurs de ses toiles si expressives. Il revendique un « côté surréaliste » à sa peinture figurative qui puise notamment son inspiration dans le monde animalier. Ainsi il n’hésite pas à faire apparaître sur ses toiles des autruches, des cochons, un chameau, un loup ou même un pingouin en train de fumer un joint… Mais Jean-Pierre s’inspire également dans ses œuvres de l’univers du jazz qu’il connaît bien et a par ailleurs réalisé de nombreux portraits de femmes à partir de photos. Très méticuleux et précis dans son travail, il passe beaucoup de temps sur chacune de ses toiles dont le style de certaines font penser à Edward Hoper. Pour répondre à l’attente des curieux, il a déjà exposé de nombreuses fois dans le 14ème arrondissement de Paris notamment à l’espace « SolarHôtel », au « Laurier », au « Saint Joseph » et à « L’Osmose ». Quand il ne dessine ni ne peint, Jean-Pierre aime se plonger dans la littérature contemporaine notamment américaine (Jim Harrisson) ou japonaise (Haruki Murakami). Et puis, il y a bien sûr les amis avec lesquels il passe beaucoup de temps au « Laurier » ou ailleurs dans le Quartier Pernety dont il est devenu malgré lui l’un des artistes les plus appréciés.  « Je ne me prends pas pour une vedette » insiste-il pour conclure notre entrevue. Comme s’il n’avait pas au fond bien conscience que « la modestie n’est bien souvent que l’art de se faire louer une seconde fois » (Jacques Dutronc) !

Cliquez ici pour un aperçu  en musique de l’œuvre picturale de Jean-Pierre Torlois (06.74.63.29.37).

Une réflexion sur « Jean-Pierre Torlois : « Je ne me prends pas pour un artiste, j’aime faire des trucs ! » »

  1. Jean Pierre, acabo de localizar noticias tuyas por la red mientras escucho preciosas canciones que nos dejaste con Hilario en los discos A pesar de todo (1972) y De paso (1975). Forman parte de los sentimientos de muchos amigos que en esos años de juventud estuvimos en Madrid, y tuvimos la inmensa suerte de disfrutar de vuestras composiciones musicales de entonces (Calle Madera, El Ágapo, etc). Recuerdo muy gratamente las noches que aparecíais Hilario y tú por los bares que frecuentábamos y, entre las mesas, con unas cervezas os arrancabais a cantar y tocar y nos regalabais momentos de especial inspiración que, en ocasiones, propiciaron amoríos con muchachas recién conocidas…
    Jean Pierre, no puedes evitar el hecho de formar parte de muchos de nosotros en Madrid, a partir de aquellos históricos años de libertades en que tu aportación de arreglos musicales a la guitarra hicieron huella en lo más valioso de nuestras vidas.
    Yo fui el que por entonces compró su primera guitarra eléctrica, que me vendiste en tu casa de la calle San Bernardino (sigue todavía el taller del singular armonicista Antonio en esa calle) , ya muy gastada pero estupenda « Bright » tipo Les Paul Recording. Acababas de dar el salto de poder conseguir para ti una auténtica Les Paul Goldtop …que sonaba de maravilla.
    En fin, Jean Paul, te recuerdo con gozo, como una persona de las necesarias para poder llegar a sentir y comprender detalles y momentos de los más valiosos de nuestras vidas. Gracias, Jean Paul, por tu presencia (quizá todo esto sea un poco cursi, pero es que se trata de experiencias irrepetibles…).
    Jaime T. – Madrid
    Madrid

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