Isabelle Saporta : « Il faut donner un coup de pied dans la fourmilière du 14ème »

Isabelle Saporta est la numéro 2 de la liste « Le Nouveau 14e » menée par Cédric Villani dans le 14ème arrondissement de Paris. Elle était accompagnée ce mercredi 11 mars 2020 de Benjamin Weinberger, son colistier et conseiller politique, pour nous présenter son projet pour le 14ème à quelques encablures de la clôture de la campagne électorale officielle. 

Respect International : Isabelle Saporta et Benjamin Weinberger, pourriez-vous, s’il vous plait, vous présenter en quelques mots aux électeurs du 14ème arrondissement qui ne vous connaissent pas encore ?

Isabelle Saporta : Je suis journaliste et j’ai écrit à ce titre un certain nombre d’ouvrages sur le monde paysan notamment sur les questions de pollution. Je suis par ailleurs éditrice chez Fayard notamment de Thomas Porcher, l’auteur du « Traité d’économie hérétique » (2018) et tout récemment des « Délaissés ». J’exerce donc un métier formidable qui me permet de rencontrer des gens très intelligents et de réfléchir avec eux. J’ai 43 ans et je suis né dans le 14ème arrondissement de Paris où j’habite depuis l’âge de vingt ans et y élève mes deux filles. Je suis très attachée à cet arrondissement dont je suis une défenseuse un peu chauvine et je n’imagine pas pouvoir vivre ailleurs à Paris.

Benjamin Weinberger : C’est une chose qui nous rassemble car je suis également un habitant de longue date du 14ème et mes enfants y sont nés. J’ai également 43 ans et je suis entrepreneur tout en étant par ailleurs très actif auprès des associations d’insertion de l’arrondissement.

RI : Pourquoi vous présentez-vous à cette élection municipale aux côtés de Cédric Villani ? N’existait-il pas d’offre politique parmi les 10 autres candidats en lice qui correspondait aux idées que vous défendez ?

Isabelle Saporta : Ce que j’apprécie tout particulièrement chez Cédric Villani, c’est sa faculté à réfléchir et à travailler hors les cadres. C’est un grand mathématicien et un grand chercheur qui vient de la société civile. Il a juste envie de faire et de faire bien : de réconcilier l’écologie et la science, d’être pragmatique, de tout comprendre et de rassembler le maximum de gens et le maximum de courants sur son projet. C’est la raison pour laquelle il s’est longtemps battu avant le premier tour pour aboutir à un accord avec les Verts parce qu’il considérait que les écologistes devaient peut-être devenir un peu plus pragmatiques et oser l’accession au pouvoir. Je ne me voyais personnellement pas être à côté de qui que ce soit d’autre. Cédric est vraiment un personnage incroyable et Benjamin et moi sommes très fiers d’être à ses côtés. Il a une façon systémique d’aborder les choses et de décloisonner les problématiques que j’apprécie tout particulièrement. Une autre chose qui me plait est que lui comme moi ne venons pas de la politique et ne cherchons pas un strapontin municipal car nous gagnons par ailleurs suffisamment notre vie. Cela nous donne bien sûr une toute autre liberté de ton par rapport aux apparatchiks des autres partis qui sont dans la vie municipale depuis 20 ans à Paris. Cela nous permet d’être francs dans ce que nous disons et de parler sans angoisse et sans peur de ne pas récupérer notre petit strapontin.

RI : A quelques jours du premier tour de l’élection municipale, que souhaitez-vous dire aux électeurs du 14ème pour les convaincre de voter pour votre liste ? 

Isabelle Saporta : On a d’abord envie de leur dire très fort : « VOTEZ VILLANI ! » (rires). Il faut imaginer Cédric Villani à la Mairie du 14ème et à l’Hôtel de Ville, le voir mettre toute son intelligence, toute sa façon de penser originale et décloisonnée au service des parisiens en général et des parisiens du 14ème arrondissement en particulier. Ce serait bien sûr redonner une fierté au 14ème. Prenons, par exemple, son formidable projet de transformer l’ancien hôpital de La Rochefoucauld en cité éducative et culturelle pour y faciliter l’accès et la pratique de la culture des jeunes, qui se ferait en lien avec la Cité Internationale et les collèges Villon et Giacometti où il y a actuellement 70% d’évitement (autrement dit, où les parents ne veulent plus mettre leurs enfants parce qu’ils savent que l’enseignement y est très difficile). Prenons, autre exemple, ses engagements en faveur de l’arrêt du bétonnage dans le 14ème. Même les écologistes prennent leurs précautions en la matière en prévoyant des exceptions qui concernent Saint-Vincent de Paul, l’impasse Reille, l’avenue René Coty, etc. Cédric Villani est pour sa part beaucoup plus radical en affirmant que la question du logement ne s’arrêtera qu’avec le Grand Paris. Il a bien sûr complètement raison car Paris est déjà la ville la plus dense du monde et il n’est pas question de la densifier davantage. Il devient urgent de réfléchir à créer une vrai ville écolo, une vraie canopée. Il faut créer de vrais îlots de fraicheur et il nous faut garder des poumons verts. Pour cela, il faut arrêter de densifier. Arrêtons le double discours de ceux qui, comme Eric Azière, prétendent vouloir dédensifier et qui votent par ailleurs en faveur du projet de la Tour Triangle !

Benjamin Weinberger : Eric Azière s’est déclaré défavorable aux attributions de logements à ceux qui habitent en dehors de Paris. Autrement dit, il veut donner une priorité absolue aux Parisiens pour les logements sociaux. C’est bien sûr complètement aberrant si on considère que les key workers, c’est-à-dire les acteurs clés de notre arrondissement qui le font vivre, sont des personnes qui n’habitent pas Paris et qui doivent donc pouvoir revenir y habiter.

Isabelle Saporta : Absolument ! Même s’il faut que les gens du 14ème aient bien sûr leur part de logement dans leur arrondissement (nous en avons rencontrés d’ailleurs beaucoup), les infirmières, les instituteurs, les puéricultrices, les éboueurs qui ont été rejetés de Paris à cause du prix des loyers du parc privé doivent pouvoir revenir y habiter. On ne peut pas, comme le fait la candidate LR pour Paris, reprocher aux gens de ne pas être intéressés et motivés par leur métier si on leur propose des conditions de vie impossibles dans la capitale.

Benjamin Weinberger : Il y aura aussi, avec Cédric Villani, 1% des logements sociaux qui seront réservés à ceux qui sont à la rue. Il est le seul candidat à le proposer.

Isabelle Saporta : Cédric Villani considère en effet, à rebours de ce qui a été fait par les municipalités antérieures, et en plein accord avec la Fondation Abbé Pierre, qu’il faut d’abord loger et après insérer.

RI : Quel regard portez-vous sur la gestion municipale actuelle ?

Isabelle Saporta : Je la trouve complétement idéologique. Nous rencontrons beaucoup de gens qui en sont très mécontents. Il y a d’une part les cadres supérieurs qui ont cru à la concertation et qui, en s’y impliquant, se sont retrouvés dans des lieux où la parole politique venait d’en haut et où ils n’avaient rien à dire. Pour prendre l’exemple de l’encapuchonnage des feux tricolores dans le Quartier Pernety qui est une expérience complétement aberrante et dangereuse, Carine Petit a déclaré : « Je ne vous demande pas votre avis parce que je sais que vous êtes contre. » Si c’est ça la concertation avec un maire socialiste, c’est quand même un peu compliqué… La pseudo-concertation qui est organisée est juste de la démagogie. Il y a d’autre part toutes les classes populaires qui se sentent également complètement délaissées. Aussi bien à la Porte de Vanves, à la Citée du Moulin de la Vierge ou bien Porte d’Orléans, tous les gens que nous avons rencontrés en faisant du porte-à-porte ressentent le même sentiment d’abandon. Les immeubles sociaux sont vétustes. Il n’y a pas toujours de point d’eau, de toilettes, de gardien. Il y a des trafics de drogue que la municipalité ne veut pas voir. Il y a des problèmes sociaux, des vrais problèmes d’exclusion, et quand des habitants ou des associations de locataires viennent voir la Maire, elle leur répond : « On sera content quand vous aurez déménagé »

RI : Comment concrètement feriez-vous pour faire mieux que la municipalité actuelle pour ces classes populaires ?

Isabelle Saporta : Il y a un vrai travail de reconquête républicaine à effectuer. Nous n’avons pas une solution, nous en avons trente-six. Premièrement, la mixité sociale. Il faut un peu plus de mixité sociale par rapport à celle qui existe aujourd’hui dans les logements sociaux. Il faut y réintégrer les classes moyennes et les acteurs clés dont nous avons parlé tout à l’heure. Deuxièmement, les commerces de proximité. On voit que tous les pieds d’immeubles et tous les commerces ferment les uns après les autres dans les endroits délaissés et ne sont jamais remplacés. Une fermeture de commerce dans la France rurale, c’est l’explosion du vote RN. A Paris, c’est exactement la même chose et c’est pour cette raison que la Ville de Paris doit prendre sa part en accompagnant et en soutenant les commerçants. Troisièmement, la police municipale de proximité. Elle devra assurer une présence quotidienne, ne serait-ce que pour rassurer les gens, et jouer un rôle de prévention de la délinquance qui sera complémentaire de celui des éducateurs de rue.

RI : Quels chantiers seront les chantiers prioritaires de votre mandature si vous remportez l’élection ?

Isabelle Saporta : L’éducation tout d’abord avec le projet phare de l’ancien hôpital de La Rochefoucauld dont nous avons parlé tout à l’heure qui inclut celui de l’antenne Villon et de l’antenne Giacometti, deux collèges dont le taux d’évitement est aujourd’hui de 70%.  Le projet écologique ensuite : on doit dédensifier le 14ème en s’opposant aux projets de bétonisation à Saint-Vincent de Paul et sur l’impasse Reille notamment et protéger les espaces verts comme par exemple sur l’avenue René Coty où cela n’a juste aucun sens de raser des arbustes et de faire des tables de ping-pong quand cela ne répond pas à la demande des habitants. Nous devons également travailler à l’apaisement et la concertation notamment sur les grands chantiers. Quand on voit qu’il y a eu six grands chantiers réalisés de façon concomitante sans aucune concertation des concitoyens, dont celui de Montparnasse-Gaîté où l’on envisage d’implanter un centre Leclerc de 3000 m2 qui tuera les commerces de proximité, ce n’est vraiment pas possible ! Il faut penser la ville dans sa globalité et se projeter dans le quotidien des habitants du 14ème qui vont se retrouver avec 25 ans de travaux. Il faut réfléchir un petit peu à comment ces chantiers vont s’imbriquer les uns dans les autres. Nous n’allons pas mettre, comme on l’a vu faire sous la précédente mandature, dix millions sur la Place d’Alésia pour nous rendre compte que rien au final ne fonctionne comme prévu. L’idée n’est pas de mettre des millions pour mettre des millions, mais de penser les choses en concertation avec les citoyens pour qu’ensemble nous trouvions les meilleures solutions sans que personne ne se braque. Nous ne promettons pas le grand soir comme certains, mais nous sommes déterminés à vraiment faire les choses. Beaucoup de gens promettent, mais très peu de gens essaient effectivement de faire les choses. C’est la raison pour laquelle il faut vraiment se poser la question de la reconduction des élus en place qui, de mandature en mandature, sont toujours les mêmes aussi bien dans la majorité que dans l’opposition et qui n’ont absolument rien changé à l’arrondissement depuis 20 ans. Nous proposons de les remplacer par une équipe dont beaucoup sont des membres de la société civile motivés, volontaires et qui eux ont vraiment envie de faire. Soit on met un coup de pied dans la fourmilière et on rénove un peu ces équipes qui ronronnent et qui pensent que la Mairie de Paris et la Mairie d’arrondissement leur appartient, soit on en prend pour encore six ans avec les mêmes. Il faut à un moment donné lever le voile sur les tartuffes du conseil municipal qui travaillent main dans la main depuis 20 ans en faisant semblant d’être dans l’opposition les uns des autres et qui sont en réalité les meilleurs sparring-partners.

Benjamin Weinberger : Pour ce qui est de la concertation, nous apportons véritablement un nouveau mode de fonctionnement : nous allons réunir les élus, les techniciens, les associations et les citoyens, et toutes les co-constructions vont se faire avec ces gens-là. Car dans tous les projets dont nous avons parlé (Saint-Vincent de Paul, Impasse Reille, etc.), la concertation était biaisée dès le départ, la municipalité ayant déjà une idée préconçue de ce qu’elle voulait faire. Il faut également aujourd’hui avoir des projets beaucoup plus ambitieux si nous voulons crée de la mixité sociale notamment dans le sud de l’arrondissement, dans les logements sociaux que sont immeubles en briques rouges qui datent d’une autre époque, celle de la culture ouvrière. Mon rêve personnel en tant qu’habitant de ce quartier serait de complètement refaire cette partie en co-construction avec des architectes brillantissimes et novateurs comme Jean-Pierre Buffi qui figure sur notre liste et qui apporte des vraies solutions en matière de mixité sociale et d’espaces verts. Pour revenir également un instant sur l’éducation, l’une de nos priorités sera de réconcilier le périscolaire avec le scolaire parce que, s’il y a un échec de cette mandature au niveau de l’école, c’est bien celui-là. Le périscolaire a été imposé presque aux forceps par la Maire actuelle sans cadrer les choses, ce qui fait que les choses ont été faites complétement n’importe comment. Il faudra dès le début définir dans une charte quels seront les rapports entre le scolaire et le périscolaire afin que leurs acteurs travaillent ensemble main dans la main et non pas de façon opposée les uns aux autres.

Isabelle Saporta : Une urgence de la prochaine mandature va en effet consister à réconcilier les acteurs les uns avec les autres. Car la Mairie de Paris, au niveau central comme au niveau de l’arrondissement, est fâchée avec presque tout le monde – aussi bien la préfecture que la région. Comment dans ces conditions organiser les travaux et les transports ? Quand Cédric Villani propose de mettre un milliard sur les transports pour l’automatisation des lignes, il travaille la main dans la main et sans aucun problème avec Valérie Pécresse, la Présidente de région. Comme dans la vie en entreprise, il est important de ne pas se brouiller avec les gens avec lesquels on est de toute façon obligé de travailler et de ne pas s’opposer de façon dogmatique et idéologique à ses partenaires. De même qu’il est important de ne pas rejeter systématiquement la faute sur ces partenaires. Il est certain que nous réussirons mieux à le faire que la municipalité actuelle avec notre liste qui contient de nombreux membres de la société civile.

RI : Que représente pour vous le 14ème arrondissement de Paris ? Comment pourriez-vous caractériser son identité propre ?

Isabelle Saporta : Je trouve que c’est un quartier familial et presque provincial. Personnellement, j’aime cet esprit car j’aime la France telle qu’elle est, j’aime la France rurale et ce qu’elle représente, j’aime son attachement à ses origines et j’aime son identité régionale. On retrouve dans le 14ème cet esprit familial et provincial-là. Loin de moi pourtant l’idée d’évoquer un 14ème sépia à la Amélie Poulain car le 14ème comme tout Paris est également bien sûr cosmopolite et ouvert sur d’autres identités. Mais il conserve ce petit côté villageois, provincial et protecteur qui permet justement la meilleure intégration de toutes et de tous. Ce n’est pas Boboland comme dans le 10ème arrondissement. Ce n’est pas du bobo chic, c’est un quartier de Paris qui est resté authentique. C’est pourquoi il est complètement incongru de vouloir y greffer un Centre Leclerc de 3000 m2 à Montparnasse-Gaîté. Cela ne correspond absolument pas à la culture du 14ème et va nuire à tous les petits commerces qui sont si importants pour le processus de reconquête républicaine dont nous avons parlé tout à l’heure. Tout le monde est d’ailleurs vent debout contre ce projet !

RI : Avec qui pouvez-vous envisager de vous allier au deuxième tour ?

Isabelle Saporta : On ne va pas parler ici des alliances. Je pense sincèrement que le meilleur candidat pour Paris est Cédric Villani et j’ai envie qu’il fasse le plus haut score possible, notamment dans le 14ème arrondissement où il est tête de liste, parce que je pense vraiment qu’il faut changer les équipes en place. Donc vraiment, je veux juste une chose, c’est qu’il arrive premier. Après, tous ceux qui veulent se ranger derrière nous au second tour pour soutenir notre beau projet sont bien sûr les bienvenus !

Cédric Grunenwald : « La municipalité ne prend pas suffisamment en compte la vie des citoyens ordinaires »

Les listes « Parisiennes, Parisiens, » présenteront onze candidats à Paris après le ralliement de Gaspard Gantzer à la liste LREM d’Agnès Buzyn dans le 6ème arrondissement. Le candidat du 14ème arrondissement est Cédric Grunenwald, l’ancien directeur de cabinet de feu Pierre Castagnou qui fut Maire du 14ème de 2001 jusquà sa mort en 2009. Il nous a consacré 20 minutes de son temps au café « Cocotte » pour nous présenter son programme destiné à « remettre les habitants au coeur du 14ème ».

Respect International : Cédric Grunenwald, pourriez-vous, s’il vous plait, vous présenter en quelques mots aux électeurs du 14ème arrondissement ?

Cédric Grunenwald : Je suis un responsable politique de 39 ans, marié et père de trois enfants. Après avoir grandi à Pézenas dans l’Hérault, je suis arrivé dans le 14ème en 2004 pour terminer mes études de management public. Mes racines sont hérautaises du côté de ma mère et alsacienne du côté de mon père qui est lui même né dans le 18ème arrondissement de Paris. Je suis rentré au cabinet de Pierre Castagnou, Maire du 14ème, en 2005, et j’y ai évolué jusqu’à en devenir son dernier directeur de cabinet. De 2009 à 2013, j’ai été directeur de cabinet de l’adjointe en charge du patrimoine auprès de Bertrand Delanoë. En 2014, j’ai été élu maire adjoint chargé des questions de sécurité. Je suis par ailleurs auditeur de la 28ème session de l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ), ce qui me donne une large expertise sur la problématique de la sécurité publique.

RI : Comment avez-vous réagi au ralliement de Gaspard Gantzer à la candidature d’Agnès Buzyn qui est la cheffe de fil LREM pour ces élections municipales 2020 à Paris ?

Cédric Grunenwald : Gaspard Gantzer a pris sa décision personnellement, sans en associer les têtes de liste de « Parisiennes, Parisiens, » et sans consulter les militants du mouvement. Je ne me suis donc senti aucunement lié par cette décision. Le mouvement qu’il a cofondé en 2018 a depuis décidé de poursuivre sans lui la dynamique initiée et il n’a en tout cas jamais été question pour moi de me rallier à la candidature d’Agnès Buzyn car si j’avais décidé de rejoindre la République en Marche je l’aurais fait depuis 2017.

RI : Quel bilan personnel et humain tirez-vous de votre participation à la municipalité du 14ème arrondissement en tant que Maire adjoint chargé des questions de prévention, de sécurité et d’espace public ?

Cédric Grunenwald : Je connais bien la ville pour avoir été directeur de cabinet de Pierre Castagnou. Je connais bien sûr très bien le 14ème arrondissement. Je suis à la fois heureux d’avoir servi mes concitoyens pendant six ans mais je reste en même temps lucide sur le bilan de la Mairie de Paris qui pour moi n’est pas forcément satisfaisant et qui m’a conduit à présenter une candidature indépendante. En matière de sécurité notamment qui est mon domaine particulier de compétences, je considère personnellement que la Mairie centrale est fautive car il y a effectivement des problèmes de sécurité à Paris et dans le 14ème arrondissement également. Je suis personnellement plutôt satisfait de mon bilan dans le 14ème même si bien évidemment tout est perfectible. Mais quand on n’a pas la main au niveau central et qu’il y a moins de policiers sur le terrain, il n’est pas facile de lutter efficacement contre les nuisances sonores, les incivilités quelles qu’elles soient, la recrudescence des cambriolages, etc.

RI : Sur quels thèmes allez-vous insister pour vous différencier des autres candidats à la Mairie du 14ème ?

La finalité du mouvement « Parisiennes, Parisiens, » était justement de transcender les clivages politiques. Sur les questions de sécurité, je ne pense pas qu’il y ait une lecture de gauche et une lecture de droite. Il y a d’autres thématiques que nous avons inclus dans notre programme : propreté, accès aux crèches, maintien des classes moyennes à Paris. Ces thématiques restent des thématiques d’actualité même s’il y a des choix différents à la tête du mouvement. Je continue pour ma part à penser que ce n’est pas normal que les classes moyennes quittent Paris. Je continue également à penser que la façon dont nous avons géré la question de la mixité sociale, celle de la voirie et de la mobilité, n’est pas satisfaisante. Et je trouve dommage de prétendre aujourd’hui qu’on va faire à l’avenir ce qu’on n’a pas été capable de faire en six ans. Je trouve surprenant que l’on se réveille à quelques semaines des élections municipales en disant que l’on va créer une société d’économie mixte de 10 milliards d’euros pour venir en aide aux classes moyennes alors que la ville est déjà endettée, qu’on ne l’a pas fait pendant six ans, et qu’on est quand même Maire adjoint  de Paris depuis 2001. Je trouve qu’il y a une incohérence dans le propos. Pour passer à un autre sujet, si tout le monde trouve effectivement le plan vélo formidable, il ne doit se faire ni au détriment des piétons, ni au détriment des axes de circulation. Car créer nous-mêmes des bouchons en décourageant les automobilistes de prendre leur voiture, c’est créer nous-mêmes les conditions d’une pollution de surface. Je ne pense pas non plus qu’une personne âgée ou qu’une personne handicapée, à partir du moment où nous ne mettons pas les transports en commun en accessibilité pleine et entière, va prendre un vélo pour se déplacer. Il y a donc énormément de propositions incohérentes et contradictoires dans le projet d’Anne Hidalgo qui sont de plus souvent assénées de façon péremptoire. Je reproche au final à cette municipalité de ne pas prendre suffisamment en compte la vie des citoyens ordinaires.

RI : Que représente pour vous le 14ème arrondissement de Paris ? Comment pourriez-vous caractériser son identité propre ?

Cédric Grunenwald : Le 14ème arrondissement, c’est avant tout bien sûr une formidable vitalité artistique qui lui a donné sa réputation internationale. Cela a été le cas pendant les années 20 dans tout le quartier Montparnasse que l’on connait avec notamment la rue Campagne Première, la rue Boisonnade, etc., mais c’est toujours vrai un siècle après ! Le 14ème, c’est aussi une identité politique particulière puisqu’en faisant abstraction de Pascal Cherki et de Carine Petit, il y a eu deux maires qui ont été élus et réélus entre 1977 et 2009 auxquels les électeurs ont été fidèles. Je reste également pour ma part dans la fidélité à l’un de ses grands maires qu’a été Pierre Castagnou qui a marqué l’arrondissement de son empreinte et dont on me parle encore aujourd’hui sur les marchés. Il y a aussi bien sûr un aspect village à cet arrondissement qui le rend particulièrement chaleureux. On a du mal à raconter le 14ème arrondissement et, sans vouloir le tremper dans le formol, je trouve personnellement dommage qu’on ne parle pas assez de ses artistes et de l’aspect faubourien de certaines de ses rues. Il faut résolument remettre les citoyens au cœur du projet du 14ème pour les prochaines années. C’est cette ambition que je porte et que je n’ai retrouvée chez aucun de mes concurrents à cette élection.

RI : Avec qui pouvez-vous envisager de vous allier au deuxième tour ?

Cédric Grunenwald : Pour l’instant, il n’y a aucune décision prise. Concentrons-nous sur le premier tour et nous verrons bien ce qu’il va se passer. Je ne suis bien sûr pas propriétaires des voix des habitants du 14ème qui se porteront sur mon nom. Le vote est une démarche citoyenne qui appartient à chacun, pas le fruit d’arrangements entre politiciens ou partis politiques. Et je ne veux personnellement surtout pas apparaître comme mû par des ambitions personnelles et politiciennes. Ce n’est pas l’objet du mouvement « Parisiennes, Parisiens, » et ce n’est pas le sens que je donne à ma démarche citoyenne. Si j’avais voulu conserver un poste, je serais bien sûr resté au Parti Socialiste où j’ai exercé des responsabilités locales et nationales. Et si j’avais voulu intégré LREM, j’y serais allé dès 2017. Je suis aujourd’hui un citoyen résolument indépendant des partis politiques.

 

Franck Layré-Cassou : « Je suis le candidat de la grande union de la droite dans le 14ème »

Une heure d’interview et un maximum d’infos sur le 14ème arrondissement de Paris ! Franck Layré-Cassou, « le serial tracteur qui rêve de gagner la mairie du 14ème arrondissement » comme l’a titré « Causeur », a malgré les embûches finalement réussi à caler un rendez-vous pour nous parler de son programme qu’il peaufine depuis plus de deux ans en rencontrant les habitants du 14ème. Merci à ce dynamique entrepreneur de nous avoir accordé ce très cordial entretien !

Respect International : Franck Layré-Cassou, pourriez-vous, s’il vous plait, vous présenter en quelques mots aux électeurs du 14ème arrondissement qui ne vous connaissent pas ? Et d’abord, êtes-vous connu dans cet arrondissement ?

Franck Layré-Cassou : J’espère effectivement être aujourd’hui connu par tous dans cet arrondissement car cela fait très exactement vingt-huit mois que nous y faisons campagne. Mais même avant cette campagne électorale, certains me connaissaient déjà puisque j’ai été président du conseil de quartier Montsouris-Dareau de 2015 à 2018 et que j’ai créé en 2015 avec ma compagne l’association « Rendez-vous » dont Raphaël ici présent fait partie et qui organise tous les derniers samedis de juin au parc Montsouris le grand festival gratuit « Livres en Seine ». Cette grande manifestation est pour nous l’occasion d’offrir 20.000 livres aux festivaliers et également d’organiser des séances de dédicace avec les auteurs, des dictées, des spectacles gratuits de musique, de cirque et de théâtre, de partager un repas gratuit le soir, etc. Nous organisons aussi également au Parc Montsouris la plus grande chasse aux œufs de Pâques de Paris qui réunit de 400 à 600 enfants selon les années. Le but de la création du pariS du 14 était bien qu’au jour du premier tour de l’élection municipale tous les habitants et électeurs du 14ème aient entendu parler de moi au moins une fois. Cela fait sept ans que je réside dans le 14ème arrondissement et j’aurai 36 ans le 16 mars, c’est à dire le lendemain du premier tour de l’élection municipale. J’ai une formation de juriste criminologue et suis entrepreneur de profession. Dès la fin de mes études en 2008, je me suis présenté aux élections à Cauterets dans les Hautes-Pyrénées sous l’étiquette UMP en plus de créer mon entreprise, d’abord dans l’immobilier, puis dans la restauration. Je viens de créer dans le 14ème arrondissement il y a quatre mois avec ma compagne une cave à manger-épicerie fine dans la rue Brézin. Je connais donc très bien le monde de l’entreprise. Politiquement, je me situe à droite même si aujourd’hui la classification gauche-droite n’a plus grand sens comme on le constate aujourd’hui notamment dans le 14ème arrondissement. Mais je suis résolument engagé en politique depuis bientôt 20 ans et j’ai eu différentes responsabilités comme délégué de circonscription et responsable des jeunes UMP dans mon ancien département des Hautes-Pyrénées. J’ai néanmoins décidé de ne réadhérer à aucun parti politique en avril 2019 pour montrer l’exemple et ne pas apparaitre comme le candidat caché des Républicains, en vue de réaliser le plus grand rassemblement de droite possible dans le 14ème arrondissement de Paris par opposition au grand rassemblement de gauche de Carine Petit. Car malheureusement, nous apparaissons toujours divisés à droite dans la capitale.

RI : Pourquoi vous présentez-vous à cette élection municipale ? N’existait-il pas d’offre politique parmi les 10 autres candidats en lice qui correspondait aux idées que vous défendez ?

Franck Layré-Cassou : Il n’existait aucune offre politique correspondant à mes idées au moment où nous avons lancé Le pariS du 14, la liste d’union de la droite et des citoyens que nous avons créée il y a 28 mois. Nous étions à cette époque en désaccord sur presque tous les sujets avec la Mairie actuelle du 14ème arrondissement et l’opposition était inexistante. Après le départ de Nathalie Kosciusko-Morizet (que j’ai soutenue en 2014) et la démission de plusieurs membres de sa liste, l’opposition de l’arrondissement était complètement anéantie. Plutôt que de continuer à nous diviser, nous avons décidé de réaliser un grand rassemblement citoyen de droite en étant présents tous les jours sur le terrain. C’est la naissance du pariS du 14. Nous avons à l’époque obtenu le soutien des Républicains parisiens. Mais Marie-Claire Carrère-Gée n’a visiblement pas apprécié que le président du mouvement, moi en l’occurrence, figure sur l’affiche que nous avions préparée. Elle a prétendu que les électeurs l’attendaient alors même qu’elle a déjà perdu l’élection à plusieurs reprises dans le 14ème de Paris. De là est née la dissension au sein de la droite parisienne dans notre arrondissement. Je pense personnellement qu’il faut à un moment donné savoir passer la main, ce que Marie-Claire Carrère-Gée n’est visiblement pas prête à faire. Elle a obtenu l’investiture officielle des Républicains et certains membres de son équipe voudraient aujourd’hui faire croire que je suis un candidat du Rassemblement National alors que je suis le candidat de l’union des droites dont je réunis toutes les tendances et tous les partis dans notre arrondissement (Les Républicains, Parti Chrétien Démocrate, Debout La France, Rassemblement National, Union Populaire Républicaine, Ensemble pour la France, Mouvement des Libertés et de la Démocratie Directe, Aimer Paris, etc.). Mais pour répondre précisément à votre question : non, il n’existe aucune offre politique qui correspond aux idées que je défends, mise à part peut-être celle de Marie-Claire Carrère-Gée qui s’est largement inspirée du programme que nous avons patiemment élaboré en étant sur le terrain depuis vingt-huit mois. Ce n’est d’ailleurs pas la seule à s’en être inspirée.

RI : Sur quels thèmes allez-vous particulièrement insister pendant cette campagne des Municipales 2020 à Paris 14ème ?

Franck Layré-Cassou : Quand les premiers flyers de nos concurrents de droite sont sortis (ceux de Marie-Claire Carrère-Gée comme ceux de Pierre-Yves Bournazel), ils étaient purement et simplement les copier-coller des nôtres. Les thèmes sur lesquels nous allons insister sont donc grosso modo les mêmes que ceux sur lesquels ils insistent. Nous les avons identifiés en effectuant un infatigable travail de terrain depuis 28 mois. Pour établir notre programme, nous avons organisé pas moins de 56 commissions de travail. Tous les problèmes dont nous avons entendu parler sur le terrain ont été remontés en commission et, en les agglomérant, quatorze thèmes ont au final été créés qui font l’objet des 28 pages de notre programme. Il en ressort cinq priorités que sont la propreté, les écoles et les crèches (et avec çà la petite enfance), le logement, la sécurité et l’environnement. Ce sont nos cinq priorités même si les autres thèmes sont tout aussi importants et forment un tout qui les soutiennent. Un de ces autres thèmes est l’exemplarité en terme d’attitude et de comportement : nous devrons rester les mêmes personnes que nous avons été quand nous étions candidats et rester en permanence au contact des habitants du 14ème en allant tous les semaines pendant les six ans de la mandature au moins dans une école, dans une association ou sur un marché. S’agissant de la propreté, il faut – comme maintenant tout le monde le dit ! – que les mairies d’arrondissement récupèrent la compétence notamment en termes de balayage et de nettoyage des rues. Car on ne nettoie pas le 14ème arrondissement comme on nettoie le 1er arrondissement : le 14ème a ses quartiers particuliers et ses rues spécifiques qu’il faut savoir gérer de façon appropriée de même qu’il savoir où envoyer les équipes en priorité. S’agissant des écoles et les crèches, on ne peut pas admettre qu’il faille attendre le budget participatif pour faire approuver un budget pour refaire les toilettes, les sanitaires, les cours et les préaux des écoles. Ce qui se passe aujourd’hui est proprement hallucinant et je ne comprends pas pourquoi les Parisiens ne crient pas au scandale. C’est le rôle de la mairie que d’agir urgemment pour remettre aux normes ces équipements publics pour les enfants sans attendre qu’une association et qu’un conseil de quartier donnent l’alerte. S’agissant de la petite enfance, nous allons favoriser la création de micro-crèches privées par le moyen de beaux commerciaux publics. En ce qui concerne la culture et l’éducation, nous déplorons que ne soient pas optimisées dans notre arrondissement les fabuleuses ressources artistiques et culturelles dont nous disposons notamment en matière de théâtre et de musique pour l’éducation des jeunes enfants dont le recrutement des animateurs devra répondre à l’avenir à des meilleurs standards de qualité (en recrutant en priorité des étudiants qui cherchent à financer leurs études). Les enfants seront sensibilisés dès le plus jeune âge à la vie dans la ville (propreté des espaces publics notamment) de même qu’au respect de la civilité et des règles de la vie civique. Sur le logement, nous proposons d’arrêter tout net les logements très sociaux et de nous concentrer à l’avenir sur les logements intermédiaires pour stopper l’hémorragie d’habitants hors du 14ème arrondissement due au prix déraisonnablement élevé des loyers du parc privé. Une ville qui perd sa classe moyenne est une ville qui meurt. Il nous faut donc permettre aux jeunes couples et aux familles de se loger dans le 14ème. Il en est de même des anciens qu’on ne doit pas chasser du 14ème par la pratique du surloyer. Nous réserverons à l’avenir les logements très sociaux aux habitants du 14ème qui disposent de très peu de revenus et non pas à ceux qui viennent de l’extérieur. Car je veux être le Maire du 14ème arrondissement et non pas le maire de Paris ni celui de Montrouge ou de Vanves. S’ajoute à cela la mise en relation des personnes âgées qui vivent seules avec des étudiants qui recherchent un logement à moindre coût, une pratique déjà utilisée par une association du 14ème que nous généraliseront immédiatement si nous sommes élus. S’agissant de la sécurité, nous avons assisté à une poussée de 25% de la délinquance entre 2015 et 2019. Le 14ème n’est malheureusement pas épargné et il faut arrêter de se voiler la face à ce sujet. L’antenne de police de la Porte de Vanves devra être réinstallée et les policiers municipaux devront être armés d’armes léthales pour à la fois se protéger et dissuader les criminels. Je militerai en faveur d’une politique municipale de proximité proche des citoyens et compétente pour gérer des affaires du quotidien qui ne sont habituellement pas du ressort de la police nationale. Nous assurerons de la sorte une présence rassurante des policiers municipaux auprès des habitants qui couplée au développement systématique de la vidéo protection sera de nature à faire sensiblement baisser la délinquance. S’agissant enfin de l’environnement (nous préférons parler d’environnement plutôt que d’écologie car l’écologie est malheureusement devenue un dogme aujourd’hui), des efforts sont effectivement nécessaires pour rendre la vie plus douce et apaisée pour les Quatorziens. Je ne suis ni anti-voitures ni anti-vélos mais il faut absolument créer des pistes cyclables sécurisées sans empêcher les voitures de circuler. Il faut supprimer toutes les grandes « autoroutes à vélo » des rues Froidevaux, Vercingétorix et Alain qui ne servent à rien tout en monopolisant l’espace nécessaire aux voitures, et en contrepartie définir de nouvelles pistes cyclables sécurisées pour lesquelles sera créée à la Mairie une application dédiée aux cyclistes, aux piétions et aux usagers des trottinettes qui les informera des endroits où ils peuvent passer en toute sécurité. Il faut également supprimer les pistes cyclables à contre-sens qui représentent des dangers mortels. Pour tenter de diminuer la circulation dans le 14ème, nous voulons aussi être pionniers sur le projet d’un grand parking-relais Porte d’Orléans pour que les gens qui viennent de l’extérieur de Paris puissent se garer. Sans oublier la végétalisation concertée et uniforme des rues par les services de la Mairie qui est un autre aspect de notre programme qui touche à l’environnement (cliquez ici pour un lien vers le projet complet du pariS du 14).

RI : Quel regard portez-vous sur la gestion municipale actuelle ?

Franck Layré-Cassou : Sept milliards d’euros de dette, des emplois créés en veux-tu en voilà sans que l’on sache vraiment à quoi cela sert, des impôts qui ont tendance à augmenter alors que la vie est déjà très chère, et en même temps l’impression diffuse chez les administrés qu’il y a de moins en moins de services et de moins en moins de services de qualité. Paris est sale. On ne s’y sent pas en sécurité. Pour les automobilistes, la carte de stationnement résidentiel est aujourd’hui payante. Le prix à la semaine est passé de 3 euros à 9 euros pendant qu’on supprimait des milliers de places de stationnement dans le 14ème. Quand on paie un impôt supplémentaire, on aimerait que le service aille de pair, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Le problème de cette municipalité, qui est le même à la Mairie du 14ème qu’à la Mairie centrale, c’est qu’elle pratique d’un côté un vrai socialisme centralisateur et sans aucune visibilité sur les dépenses qui sont engagées et de l’autre le clientélisme et le dogmatisme en matière d’écologie, de sécurité, de logement, etc. La question de l’accueil des migrants qui n’est pas sans poser des problèmes dans certains quartiers de Paris est tout à fait révélatrice de ce dogmatisme aveugle. Pour résumer, la politique de la municipalité se résume en trois mots : idéologie, dogmatisme et démagogie. L’idéologie et le dogmatisme débouchent sur l’absence totale d’écoute de l’opposition et des voix discordantes. La démagogie nourrit le clientélisme des associations et des différents lobbies écologistes, cyclistes, LGBT, etc. à qui tout est accordé tandis que les citoyens ordinaires sont superbement ignorés. Tout cela ne fonctionne pas et je ne connais aujourd’hui pas un seul citoyen qui soit satisfait de la gestion municipale actuelle, ce qui va bien au-delà de l’appréciation que l’on peut avoir sur les personnes des maires d’arrondissement ou de Mme Hidalgo. La gauche au pouvoir à Paris laisse la ville se mourir. La préférence systématique pour le public engendre une augmentation générale du prix des biens et des services notamment en matière de logement. Il faut redonner de l’air au privé pour parvenir à stabiliser les prix des loyers dans une ville déjà extrêmement dense (sans doute la plus dense d’Europe). Le marché de l’immobilier s’est plutôt bien comporté depuis 30 ou 40 ans. Il faut renoncer à en avoir la mainmise et encourager l’accès à la propriété dans les immeubles sociaux.

RI : Un petit mot sur Mme la Maire du 14ème arrondissement ?

Franck Layré-Cassou : J’ai eu l’occasion de travailler avec Carine Petit en tant que président du conseil de quartier Montsouris et j’ai toujours eu les relations les plus cordiales avec elle. Elle sait que je suis de droite et elle a bien compris que j’allais également me présenter à l’élection municipale. Mais nous nous saluons toujours lorsque nous nous rencontrons sur les marchés et nous n’avons jamais eu de clash pour la simple et bonne raison que je n’aime pas du tout cela à partir du moment où le débat porte sur les idées et non sur les personnes. Je n’ai absolument rien contre la personne de Carine Petit même si je n’en pense pas moins que sa politique est catastrophique pour le 14ème arrondissement au même titre que celle de Mme Hidalgo pour l’ensemble de Paris. Je ne fais aucune différence entre la Mairie d’arrondissement et la Mairie centrale dans la mesure où ce sont les mêmes équipes qui ont noué les mêmes alliances avec les mêmes partis pour exercer le pouvoir et avec lesquelles nous avons des différences fondamentales notamment sur les valeurs que nous défendons. Vouloir agréger des personnes de sensibilité de gauche et de droite sur la même liste est pure démagogie et les personnes présentes sur les listes Macronistes pratiqueront, si elles sont élues, la même politique désastreuse pour Paris que celles qui sont présentes sur les listes Paris en Commun de Mme Hidalgo.

RI : Que représente pour vous le 14ème arrondissement de Paris ? Comment pourriez-vous caractériser son identité propre ?

Franck Layré-Cassou : Je connaissais bien le 14ème arrondissement avant d’y habiter car j’y descendais dans un Hôtel Ibis juste à côté de l’endroit où j’habite actuellement quand j’étais délégué de circonscription à l’UMP et que je me rendais aux réunions mensuelles du siège parisien. Je pense sincèrement que je pourrais pas vivre dans un autre arrondissement de Paris car j’y retrouve le même esprit village qu’à Cauterets, la station de ski des Hautes-Pyrénées dont je suis originaire. Le quatorzième, c’est six quartiers différents et des petits villages partout. Tout le monde connait les habitants de son village et ça, ça ne se passe que dans le 14ème arrondissement de Paris ! Nous avons encore cette chance là et je veux absolument contribuer à la préserver. J’apprécie vraiment de me lever le matin et de ne pas avoir devant mois trois tours de 50 mètres qui bouchent l’horizon ou des grandes avenues énormes qui tueraient cette atmosphère villageoise dans laquelle je me retrouve complètement.

RI : Avec qui pouvez-vous envisager de vous allier au deuxième tour de l’élection ?

Franck Layré-Cassou : Absolument personne ! Cela fait maintenant deux ans et demi que nous disons que nous voulons faire le rassemblement des partis de droite. Nous n’allons donc pas récupérer au deuxième tour ceux qui n’ont pas voulu de ce rassemblement. Certains pourraient à la rigueur suggérer que je m’associe à la candidate LR Marie-Claire Carrère-Gée qui aura, selon toute probabilité, le même résultat qu’à son dernier essai dans le 14ème arrondissement. Mais comme nous affirmons à nos électeurs depuis 28 mois que nous nous efforçons de faire le rassemblement avant le premier tour pour ne pas avoir à le faire après (pour qu’il n’y ait pas de marchandage politicien entre les deux tours), notre liste du premier tour restera la même au second tour quelle que soit ma position à l’issue de ce premier tour (que je sois en tête, en deuxième ou en troisième position). 

RI : Y a-t-il quelque chose d’important dont nous n’aurions pas parlé ?

Franck Layré-Cassou : Je voudrais insister sur le fait que nous sommes une liste complètement indépendante des partis et que nous ne bénéficions à ce titre d’aucun financement d’aucun parti. C’est véritablement une liste citoyenne qui est le reflet d’un travail de terrain de 28 mois. Nous n’avons bénéficié d’aucune couverture médiatique et avons été complétement ignorés des médias. Et nous avons eu les pires difficultés pour seulement ouvrir un compte en banque pour payer nos prestataires. Il nous a fallu au final contacter la Banque de France pour qu’elle tape un peu du poing sur la table pour qu’on daigne nous ouvrir ce compte de campagne. C’est donc que nous représentons une menace pour certains de nos concurrents. Nous avons également été étiquetés Rassemblement National dans les médias alors que nous sommes indépendants de tous les partis de droite dont nous souhaitons réaliser la grande union dans le 14ème arrondissement de Paris et que nous avons simplement convaincus sur notre programme et notre travail. C’est bien évidemment une tentative de diabolisation qui est faite au mépris total du formidable travail de terrain que nous avons réalisé et qui n’est pas à la hauteur du débat démocratique dans notre arrondissement.

Nicolas Miguet : « Les mairies d’arrondissement devraient avoir davantage de moyens »

Nicolas Miguet est un entrepreneur de presse du 14ème arrondissement de Paris célèbre pour ses campagnes d’affichage dans la capitale. Son journal « L’Hebdo-Bourse Plus », créé il y a 21 ans, est « impertinent, indépendant et libre de toute publicité ». Cet opposant historique à Anne Hidalgo, fondateur du Rassemblement des Contribuables Français (RCF), s’est associé à Marcel Campion pour se lancer à la conquête de la Mairie de Paris en mars 2020 sur les listes « Libérons Paris ». Il a bien voulu nous consacrer 40 minutes de son temps au café-restaurant « Le Laurier » pour nous présenter ses idées pour « réparer Paris ».

Respect International (RI) : Nicolas Miguet, les Parisiens vous connaissent surtout au travers de vos campagnes d’affichage. Que pensez-vous représenter exactement pour eux ?

Nicolas Miguet : Un espoir et aussi le bon sens ! La vie politique parisienne s’est professionnalisée. Moi, je suis un entrepreneur qui a créé sa propre affaire, une entreprise de presse économique et financière totalement indépendante que j’exploite depuis plusieurs dizaines d’années, qui vit sans publicité, qui emploie du personnel et qui contribue à Paris. Je suis donc un contribuable parisien tout à fait habilité à m’occuper de la gestion de la ville qui est aujourd’hui synonyme de gaspillage éhonté. Rendez-vous compte qu’on ne connait même pas l’étendue de la dette ! On est vraiment dans une politique de très mauvaise gestion. J’ai lancé en 1999 le RCF et je considère que ce serait aujourd’hui non assistance à capital en danger que de ne pas se présenter. Nos convergences d’idées avec Marcel Campion ont été très fortes et nous nous sommes très bien entendus humainement parlant. Comme je suis à la fois originaire de Normandie (Eure) et du 14ème arrondissement de Paris, j’ai décidé de me présenter dans le 14ème arrondissement.

Je pense représenter pour les électeurs l’espoir de voir la ville gérée non pas par des gens qui ont des ambitions politiques nationales mais par des gens altruistes qui veulent bien s’occuper de politique locale. Ce sont des choses concrètes dont il faut s’occuper. Un trottoir ne dessert pas les gens de droite ou de gauche, il est utile à toute la population. Or tous les trottoirs du 14ème ont des trous et les personnes âgées ont du mal à sortir de chez elles pour simplement aller faire trois courses sans se casser la figure… L’Etat et les communes ont aujourd’hui mis en place des superstructures qui gaspillent du temps et de l’énergie au lieu de résoudre les problèmes des gens au quotidien : on fait des grands projets qui défigurent les quartiers et sur lesquels plus personne ne s’y retrouvent.

RI : Sur quels thèmes allez-vous particulièrement insister pendant cette campagne des Municipales 2020 à Paris 14ème ?

Nicolas Miguet : Comme je viens de vous le dire, sur les thèmes de proximité. Tous les candidats des listes Campion ont vocation à être des élus locaux et de terrain, des élus de quartier et non pas des élus dont l’ambition est nationale. Quand je me promène la nuit et que je vois un lampadaire qui ne fonctionne pas, c’est un danger pour les gens qui se sentent en insécurité. Il faut immédiatement alerter le service de la voirie concerné pour faire en sorte que cela soit réparé le lendemain ou le surlendemain. C’est très intéressant la vie de quartier. J’ai rencontré des centaines de personnes durant cette campagne qui se plaignent tout particulièrement que les commerces de proximité, notamment de bouche, ferment les uns après les autres dans le centre de Paris. Ces commerces sont en voie de paupérisation car les commerçants accablés de charge se retrouvent en très grande difficultés. Et ils ont en plus toutes les peines du monde a trouver un repreneur.

RI : Quel regard portez-vous sur la gestion municipale actuelle ? Sans doute très critique ?

Nicolas Miguet : Il est malheureusement moins critique qu’objectif. Le RCF avait publié des affiches pendant la campagne des municipales de 2014 qui disaient : « Derrière le sourire [d’Anne Hidalgo], la facture! ». On a par la suite publié une deuxième affiche : « Le pire est à venir! ». Nous n’avons malheureusement pas été déçus. La politique d’Anne Hidalgo est une politique agressive, idéologique et sectaire qui consiste à allouer les subventions aux associations des petits copains et par laquelle on ne fait rien vivre dans les arrondissements et les quartiers. On ne peut pas en vouloir aux maires d’arrondissements à qui on n’a pas donné de moyens. N’attendez donc pas de ma part une quelconque critique de la Mairie du 14ème. Car on a fait des mairies d’arrondissement fantoches. Il avait été promis au moment de la campagne de 2014 que des délégations de pouvoir et de compétences seraient réalisées en faveur des mairies d’arrondissement. Aussi bien Mme la Maire que son premier adjoint, qui ne se représente pas tellement il a été dégoûté de son mandat, sont des gens de terrain qui auraient été capables d’utiliser les moyens qu’on leur aurait donnés. Mais la Mairie centrale a tout imposé en écrasant toutes les initiatives de terrain. Le 14ème représente quand même une ville de 138 000 habitants qu’on doit écouter !

RI : Quels chantiers seraient les chantiers prioritaires de votre mandature si vous étiez en mesure de remporter l’élection ?

Nicolas Miguet : Tout d’abord, réallouer les moyens et les centres de décisions au niveau des mairies d’arrondissement. Toutes les mairies d’arrondissement devraient avoir d’avantage de moyens. S’agissant de la police d’arrondissement par exemple, il est inutile d’armer les policiers. Il faut juste centraliser au niveau de la Mairie d’arrondissement la gestion de ce que j’appelle la « sécurité du quotidien » qui comprend la lutte contre les incivilités, la prévention des cambriolages, etc., et qui peut être prise en charge au niveau de l’arrondissement par une police non armée en coordination avec la police nationale. Deuxième chantier : l’embellissement et le fleurissement des petites places et du reste. Tout cela est décidé par la Mairie centrale, ce n’est juste pas possible ! Il faudrait que les maires d’arrondissement aient les moyens de leur politique répartis en fonction du nombre d’habitants. Je ne dis pas qu’il faut dépenser plus, je dis même le contraire. Car c’est quand on dépense localement qu’on dépense moins. La maire d’arrondissement devrait par exemple pouvoir effectuer des dépenses de fleurissement auprès des fleuristes locaux. Et l’on pourrait créer de l’émulation dans chaque quartier en organisant des concours de fleurissement entre les immeubles par le moyen d’aides aux copropriétés. Il y a en réalité une multitude d’initiatives à prendre si l’on veut verdir Paris, qui sont des alternatives à la plantation de 160 000 arbres dans les rues on ne sait trop comment. Troisième chantier, la voirie du quotidien : faire en sorte que dans les six mois du début de mandat toutes les entreprises qui travaillent sur la voirie (électricité, gaz, télécoms, etc.) déposent pour les cinq ans à venir tous leurs projets afin qu’ils soient cordonnés rue par rue et quartier par quartier. J’ai l’occasion de part mes activités professionnelles de visiter le monde entier et j’ai pu admirer comment à Hong-Kong les travaux de voirie étaient bien organisés car pré-coordonnés. Paris est une ville monde et il faut prendre les bonnes idées là où elles sont. Il faut, comme à Londres par exemple, que chaque mairie d’arrondissement gèrent de vrais budgets de terrain et s’occupent des coordinations de travaux en mettant en place la planification dont j’ai parlé. La tradition de centralisation parisienne qui ne met pas les élus à portée d’engueulade ne permet pas de le faire.

RI : Que représente pour vous le 14ème arrondissement de Paris ? Comment pourriez-vous caractériser son identité propre ?

Nicolas Miguet : Très prosaïquement, j’habite dans le 14ème arrondissement car je suis proche de la Gare Montparnasse et que c’est bien pratique pour aller en Normandie. Nous avons nos bureaux rue Gassendi et je trouve le quartier très agréable. Le 14ème arrondissement est un arrondissement aimable dont on peut très facilement tomber amoureux. C’est un arrondissement qui est bizarroïde : à l’origine, on y trouvait un petit bout de ferme et des endroits qui y étaient cultivés ; il y avait les fortifications ; il y avait les arrivées de la Gare Montparnasse ; il y avait des quartiers très ouvriers, des endroits qui étaient hyper-populaires, etc. L’église Notre-Dame-du-Travail est tout à fait magnifique, un chef d’œuvre d’architecture que les Parisiens ne connaissent pas et qui consiste en une réutilisation d’un pavillon de l’Exposition Universelle de 1878. Il y a des joyaux dans le 14ème : le Parc Montsouris, la Cité Universitaire, etc. Et puis, au delà des grandes avenues, il y a plein de petites rues et des petits passages qu’il faut découvrir. Il y a encore des petites maisons avec des jardins. C’est un arrondissement de vie plutôt que de touristes où l’on rencontre facilement des gens avec lesquels on peut engager la conversation. C’est aussi resté un arrondissement très hétérogène dans lequel la vie parisienne s’incarne très bien.

RI : Comment vivez-vous votre statut de candidat marginal ?

Nicolas Miguet : En quoi serais-je un candidat marginal ? Je suis prêt à parier que nous, listes Campion, allons faire des scores supérieurs à ceux de M. Villani dans Paris. Cela fait 43 ans que je fais de la politique et, croyez moi, je sais ce que c’est qu’une campagne électorale. Partout, je rencontre les électeurs et les gens qui m’ont vu en affiche me disent que ça leur faire plaisir de me voir en physique. A la différence des autres candidats qui ne sont pas sur le terrain, je travaille moi le terrain en allant un peu partout. Comme je suis journaliste de profession, rencontrer des gens dans le cadre d’une campagne électorale est toujours agréable car on récolte des informations des acteurs de base de la vie qui me parlent de leurs joies et de leurs problèmes. Les gens me disent qu’ils vont voter pour moi parce qu’ils me trouvent sympathique. C’est avant tout le partage du bon sens qui me relie à eux. Le vote pour ma liste est un vote populaire pour Paris. C’est dire que le peuple de Paris n’est pas encore mort et qu’il n’a pas été fichu à la porte de chez lui par les bobos.

Raphaël Arcis : « Je crois fermement en la révolution citoyenne »

Raphaël Arcis est le numéro 2 de la liste « Décidons Paris ! 14 » menée par Lamya Essemali dans le 14ème arrondissement de Paris, une liste soutenue par La France Insoumise (LFI) et Révolution Ecologique pour le Vivant (REV). Nous l’avons écouté pendant presque 45 minutes au café-restaurant « Le Laurier » pour qu’il nous présente cette liste citoyenne qui se propose d’être le porte-voix des habitants du 14ème et pour qu’il nous expose le programme qu’elle défend.

Respect International (RI) : Raphaël Arcis, pourriez-vous, s’il vous plait, nous présenter la liste « Décidons Paris ! 14 » ?

Raphaël Arcis : « Décidons Paris ! 14 » est une liste citoyenne qui a pour tête de liste Lamya Essemali, la présidente de Sea Shepherd France, une ONG dont la vocation est la protection des écosystèmes marins et de la biodiversité dans les mers de France. Notre liste comporte des sensibilités différentes, mais ce qu’il est important de dire, c’est que notre programme a été conçu PAR les citoyens. Ce n’est pas une figure de style puisque nous avons fait beaucoup de porte-à-porte et organisé de nombreux ateliers avec les habitants pour le concevoir. Notre objectif est d’être leur porte-voix. Car il y a un vrai problème démocratique dans notre pays et nous voulons redonner le pouvoir au peuple en instituant un vrai pouvoir citoyen : en l’occurrence, dans le cadre de cette élection, à l’échelle municipale. C’est aux habitants de faire leur ville et il faut les intégrer dans tous les processus de décisions, comme par exemple dans le 14ème arrondissement dans les décisions qui concernent les grands travaux à Gaîté, Montparnasse ou encore René Coty. Il faut donc instituer de vrais contre-pouvoirs citoyens notamment par l’intégration des conseils de quartier et des conseils citoyens dans les décisions locales, par la tenue d’assemblées des communs pour cogérer la Mairie d’arrondissement, par la reconnaissance du Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC) pour tout sujet local si 5% des électeurs inscrits l’ont demandé par pétition, et par la création d’un « fonds parisien pour la démocratie d’initiative citoyenne » qui permettrait d’armer financièrement et techniquement les citoyens pour concevoir des projets alternatifs à ceux des acteurs privés comme par exemple ceux des promoteurs immobiliers. C’est l’intérêt général qui doit prévaloir dans toutes les prises de décision et non pas les intérêts privés.

RI : Pourriez-vous également vous présenter un peu personnellement ?

Raphaël Arcis : Je me suis engagé dans le monde associatif et dans l’activité politique en ayant toujours en vue l’intérêt général. J’ai été militant associatif à Marseille et je me suis beaucoup investi sur la question du handicap pour favoriser l’insertion sociale et professionnelle de jeunes en situation de handicap mental. Le problème des personnes en situation de handicap psychique est le plus souvent la solitude et l’isolement, le fait qu’ils se sentent délaissés. En tant que militants associatifs, nous avons essayé de leur trouver des stages et des formations dans les écoles, puis des possibilités d’emploi dans des entreprises prêtes à les accueillir. Je ne fais personnellement pas partie des gens qui pensent que la vie doit être un chemin de croix ponctué de galères, et pour moi la question du mérite est une aberration car j’ai vu trop de gens très méritants se prendre des murs. Mon propre parcours personnel est d’ailleurs lui-même basé pour beaucoup sur la chance. J’ai donc pris conscience qu’il était nécessaire de changer le système dans lequel nous vivons et notre façon de concevoir la société. Je pense pour ma part que cela doit se faire au niveau institutionnel en récupérant le pouvoir pour le rendre au peuple et je crois fermement en la révolution citoyenne pour, par nos bulletins de vote, faire prévaloir l’intérêt général des citoyens. Nous avons failli le faire au niveau national en 2017 avec Jean-Luc Mélenchon, peut-être parviendrons-nous à le faire en 2022. Ce qui est assez génial dans cette campagne des municipales parisiennes, c’est qu’on va chercher directement les gens en faisant du porte-à-porte ou sur les marchés plutôt que de recourir aux canaux traditionnels des grands médias. Nous rencontrons les gens pour essayer de comprendre ce qu’ils veulent et nous le mettons en avant car c’est à eux qu’appartient la politique, et non pas seulement à ceux qui concentrent tous les pouvoirs.

RI : Vous contestez donc le caractère représentatif de la démocratie française ?

Raphaël Arcis : Clairement, oui. Les institutions sont fermées et accaparées par des notables. Tout le monde est certes libre de se présenter mais le système est vicié et verrouillé par le fait que tout le monde n’a pas les mêmes moyens. C’est Jean-Luc Mélenchon qui a eu en 2017 le meilleur ratio en termes de vote par rapport aux moyens investis pour sa campagne. On ne joue pas avec les mêmes cartes. Pour notre part, nous voulons redonner l’envie aux gens de faire de la politique, car beaucoup sont délaissés et ne se sentent pas représentés. Je n’ai jamais vu d’ouvrier Président de la France, pourtant certains seraient en mesure de nous donner des leçons en termes de culture politique. Ce ne sont certainement pas les compétences qui leur manquent.

RI : Sur quels thèmes allez-vous particulièrement insister dans le cadre de cette campagne des Municipales 2020 à Paris 14ème ?

Raphaël Arcis : Même si nous insistons tout particulièrement sur le logement, le déficit démocratique des institutions et l’écologie, il est difficile d’ériger une hiérarchie parce que nous avons également des propositions sur le handicap, sur l’éducation, la concurrence entre les supermarchés et les petites boutiques, etc. En revanche, ce que l’on sait, c’est ce que priorisent les habitants en général. C’est la question du logement qui est très stressante à Paris, et dont on nous parle le plus.  Il y a eu une augmentation du prix des loyers de plus de 20% en dix ans, c’est faramineux ! Les ouvriers et les employés sont chassés de la capitale. En parallèle, plus de 3 600 sans-abris dorment dans la rue dont des femmes et des enfants. Pourtant 14 000 des 84 000 logements dans le 14ème sont des logements vacants, des résidences secondaires ou des Airbnb. Nous sommes très actifs sur la question du logement, et nous participons actuellement à de nombreux évènements comme ce dimanche [1er mars 2020, NDLR] près du Parc Montsouris la célébration des « Pics d’Or », une cérémonie ironique inspirée par celle de la Fondation Abbé Pierre, pour « récompenser » les dispositifs anti-SDF déployés un peu partout dans la capitale. Le 3 mars, nous organisons également un évènement qui réunira l’ensemble des listes d’arrondissement de « Décidons Paris ! » et à l’occasion de laquelle des députés allemands de Die Linke viendront nous présenter la question de l’encadrement des loyers à la baisse qui a été réalisée à Berlin, une mesure que nous voudrions transposer à Paris. L’encadrement des loyers à la baisse par un loyer de référence inférieur au loyer médian et le référendum pour la réquisition des logements vacants sont nos deux mesures phares en matière de logement. Mais nous prévoyons aussi la création de 60 000 logements sociaux abordables en particulier par achat et conventionnement d’immeubles privés, l’entretien et la rénovation des logements sociaux existants, la limitation des Airbnb à 30 nuits et l’augmentation des effectifs chargés de contrôler ce dispositif, l’interdiction des expulsions sans relogement, la réservation de logements dignes pour les sans-abris et enfin la création d’un service public contre les punaises de lit.

Le deuxième grand thème dont nous avons déjà largement parlé concerne la restauration d’un vrai pouvoir citoyen. Il faut que les citoyens aient un pouvoir d’action au cours du mandat et pas seulement au moment des élections. Je ne fais pas partie de ceux qui incriminent systématiquement le bilan de la Maire du 14ème arrondissement. La question du budget participatif notamment est une bonne initiative. Mais son bilan reste un bilan en demi-teinte. Car la Mairie garde la main sur les projets qui ont fait l’objet d’un vote dans le cadre du budget participatif et il y a très souvent un décalage entre ce que voulaient les citoyens au départ et ce que décide la Mairie au final. Il faut donc instaurer une instance de contrôle citoyen du budget participatif par les citoyens et les associations. Il faut également intégrer les conseils de quartier et les conseils citoyens dans les décisions de la Mairie d’arrondissement. Il faut par ailleurs créer un fonds parisien pour armer financièrement et techniquement les citoyens en vue de proposer des projets alternatifs à ceux de promoteurs, comme par exemple celui In’li sur le site actuel des Sœurs Fransiscaines au 32 avenue Reille qui prévoit la densification du site et la construction de logements haut de gamme. Nous voulons aussi généraliser la pratique des référendums citoyens, comme je l’ai mentionné tout à l’heure.

Dernier grand pilier de notre projet municipal : l’écologie. Ce qu’il faut bien comprendre c’est que l’écologie est un sujet politique. Tout le monde est certes aujourd’hui sensibilisé à la question mais trop de politiques continuent à dire que trier ses déchets va suffire. C’est bien sûr complètement faux. Le greenwashing, ça ne marche pas ! Nous assumons pour notre part pleinement un objectif de décroissance pour Paris qu’il faut dédensifier. Il faut également tourner la page de l’hyper-consumérisme, diminuer le tourisme, et de façon générale défendre une ville qui soit vouée aux habitants et pas uniquement à la croissance et aux intérêts économiques. Ce n’est pas pénalisant en termes d’emplois si nous mettons en place une politique de l’emploi alternative en créant des emplois sociaux notamment dans les hôpitaux qui sont aujourd’hui à bout de souffle, en développant l’accompagnement dans le monde du handicap et également en remunicipalisant les emplois publics qui ont été privatisés. S’il est vrai que la question écologique ne pourra pas être réglée au niveau municipal car elle est un sujet global, il existe en revanche certains leviers d’action au niveau de la ville de Paris eu égard à l’importance de la capitale d’un pays qui reste une des premières puissances mondiales. Lamya Essemlali, notre tête de liste, rappelle à ce propos que les Parisiens sont les premiers consommateurs de poisson de surface de France. Nous pouvons imposer une meilleure traçabilité sur la provenance de nos aliments et sanctuariser toutes les terres agricoles en Ile-de-France propriétés de la Ville pour des productions diversifiées et écologiques. Nous détaillons dans notre programme tout une série d’autres mesures destinées à défendre une écologie radicale qui replace l’humain dans le vivant.

RI : Quel regard portez-vous sur la gestion municipale actuelle ?

Raphaël Arcis : J’ai personnellement de la sympathie pour Carine Petit, la Maire actuelle du 14ème arrondissement, mais ce n’est vraiment pas le sujet. Nous avons en revanche un désaccord majeur avec la politique d’Anne Hidalgo qui a imposé notamment les Jeux Olympiques et de nombreux projets d’urbanisme dont nous contestons l’utilité sociale et écologique, comme la Tour Triangle. Même dans le 14ème arrondissement, il y a des choses qui ne nous conviennent pas, comme les très lourds projets commerciaux de la Gaîté-Montparnasse et celui de l’avenue Reille dont j’ai parlé tout à l’heure et qui ne se font pas du tout en concertation avec les habitants. La Mairie doit pouvoir préempter sur ces projets avec les moyens colossaux qui sont les siens. Compte tenu du contexte actuel de taux d’intérêt extrêmement bas, il serait criminel de ne pas investir dans les infrastructures.

RI : Que représente pour vous le 14ème arrondissement ? Comment pourriez-vous caractériser son identité propre ?

Raphaël Arcis : Je suis arrivé dans le 14ème il y a deux ans à la fin de mes études car je suis originaire du Sud. Comme beaucoup de Parisiens, je ne suis pas un parisien de naissance. Nous sommes presque tous des immigrés d’autres villes de province ou d’autres pays du monde. Il faut rappeler que selon les statistiques seulement 30% des parisiens sont des parisiens « de souche ». Le 14ème arrondissement représente pour moi la possibilité d’une nouvelle vie et de nouvelles opportunités. Et puis, comme je suis né à Sète, le fait de vivre dans le quartier et l’arrondissement de Brassens me parle évidemment beaucoup. Je ne suis d’ailleurs pas du tout sûr qu’aujourd’hui Brassens reconnaitrait son quartier vu la gentrification galopante et le fait que les classes populaires sont de plus en plus repoussées vers l’extérieur de l’arrondissement. Je ne vois pas Brassens aujourd’hui avoir un appartement rue Edgard Quinet.

RI : Enfin, avec qui pouvez-vous envisager de vous allier au deuxième tour de l’élection municipale ?

Raphaël Arcis : Avant le second tour, il y a d’abord un premier tour et aujourd’hui la photo des intentions de vote n’est pas très claire. En plus de cela, la question n’est pas tranchée car elle n’est même pas en discussion aujourd’hui . Nous avons pour l’instant un programme qui a été composé par des citoyens et qui nous engage vis-à-vis d’eux. Il n’est évidement pas question de transiger sur ce programme. Dans aucun cas de figure, nous ne pourrons bien sûr nous allier avec le candidat de LREM ou bien Cédric Villani. Il y a un choix politique à faire : celui du compromis ou celui de la solution. La Maire actuelle du 14ème s’inscrit dans un projet majoritaire que nous ne pouvons pas soutenir car il consiste dans la privatisation des services publics, dans la vente du patrimoine municipal, dans la défense de projets antisociaux et antiécologiques comme celui des Jeux Olympiques, de la Tour Triangle, des tours Duo dans le 13ème arrondissement, etc. Je ne vois donc pas dans quel alignement d’étoiles nous pourrions nous allier avec elle. Mais je veux préciser que ces propos n’engagent que moi. Tous nos choix sont faits démocratiquement au niveau de notre liste et cela sera une discussion des personnes qui la composent à l’issue du premier tour, pas avant.

Eric Azière : « Paris n’a pas besoin d’un affrontement gauche-droite pour résoudre ses problèmes »

Une heure vingt-cinq d’interview ! Très grand merci à Eric Azière et à Nicolas Mansier d’avoir bien voulu prendre le temps de la pédagogie à l’occasion de notre rencontre au café-restaurant « Le Laurier » du mardi 25 février 2020. Voici le résumé – forcément réducteur – des propos et des propositions du candidat centriste du 14ème arrondissement porteur d’ « un nouveau souffle pour Paris ».

Respect International (RI) : Eric Azière, pourriez-vous vous présenter en quelques mots aux électeurs du 14ème arrondissement qui ne vous connaissent pas encore ?

Eric Azière : Je suis parisien depuis plus de 50 ans et un habitant du 14ème arrondissement depuis maintenant 23 ans. J’y ai élevé mes enfants qui sont nés dans cet arrondissement. J’y ai vécu comme un quatorzien ordinaire pendant 15 ans qui ont été quinze années de plaisir parce que c’est un arrondissement extrêmement attachant dans lequel on se sent bien. Au plan professionnel, j’ai été le collaborateur d’hommes politiques et un compagnon de route des centristes. J’ai travaillé pendant dix ans avec Pierre Méhaignerie et Jacques Barrot, puis pendant 17 ans avec François Bayrou, puis pendant 4 ans avec Jean-Louis Borloo. Entretemps, j’ai monté une société de conseil et d’études d’opinions pour m’émanciper un peu du milieu politique. Et puis, marginalement mais de façon constante, je suis intervenu sur les ondes parisiennes d’abord comme animateur de Radio Solidarité au moment de la libéralisation des ondes à Paris que j’ai vécu comme un moment très exaltant ; puis plus tard en contribuant au re-développement de Radio Montmartre, une radio vouée à l’accordéon et à la chanson française. La radio aurait d’ailleurs pu devenir mon métier si François Bayrou n’était pas venu me chercher pour me faire replonger dans la politique au moment où j’allais accepter un poste à la Sofirad. Lors de la dernière campagne municipale en 2014, j’ai occupé la seconde place de la liste conduite par Nathalie Kosciusko-Morizet qui avait souhaité une alliance avec les centristes. Une fois élu, j’ai animé pendant 6 ans un groupe de 16 élus centristes UDI-Modem au Conseil de Paris, ce qui m’a permis d’initier avant l’heure une offre centriste qu’on avait pas entendu depuis longtemps à Paris. J’ai résolument voulu placer ce groupe dans une logique d’opposition constructive avec laquelle la Maire de Paris pourrait traiter quand il s’agit de traiter de l’intérêt général de la Ville.

RI : Le Centre existait donc à Paris avant l’élection d’Emmanuel Macron ?

Eric Azière : Oui, et c’était d’ailleurs la première fois depuis fort longtemps. Il faut remonter très loin si on regarde les élections municipales dans la capitale pour retrouver une offre centrale qui réunisse autant de sensibilités qui se situent à ce point d’équilibre de la vie politique. Traditionnellement s’opposent à Paris la Gauche plurielle (socialistes et communistes rejoints aux second tour par les Verts) et une offre de droite classique incarnée depuis les années Chirac successivement par Philippe Séguin, Françoise de Panafieu, Nathalie Kosciusko-Morizet et aujourd’hui donc Rachida Dati. Sauf le cas de Nathalie Kosciusko-Morizet qui avait ouvert sa liste au centre, c’est donc la même offre traditionnelle de droite que l’on trouve à Paris et qui a conduit pendant des années au duel classique gauche-droite dans la capitale. Le champs démocratique s’enrichit aujourd’hui d’une nouvelle offre centrale à laquelle il faut également adjoindre celle de Cédric Villani qui est certes un peu différente. C’est évidemment une respiration considérable dans la vie démocratique pour tous ceux qui valorisent la confrontation des idées plutôt que l’affrontement bloc contre bloc. Et l’occasion a souvent été donnée aux centristes de conclure des contrats de majorité avec la municipalité de gauche sur des sujets importants et d’intérêt général, ce qui leur a permis de gagner en visibilité et également de créer sur tous les bancs du Conseil de Paris le respect d’un groupe qui ne s’est affidé ni à l’opposition systématique incarnée par le groupe Les Républicains ni à la majorité municipale car Anne Hidalgo a très bien compris que les centristes conservaient leurs convictions propres notamment en matière de sécurité sur le sujet de la police municipale. Nous pensons, nous centristes, que Paris n’a pas besoin d’un affrontement gauche-droite pour résoudre ses problèmes. Car la pollution n’est ni de droite ni de gauche, de même que la question de la saturation des transports en commun, celle de la place de la voiture dans la capitale, celle des difficultés de logement, etc.

RI : Sur quels thèmes allez-vous plus particulièrement insister durant cette campagne des Municipales 2020 à Paris 14ème pour vous différenciez de la municipalité de gauche parisienne avec laquelle vous avez pu ponctuellement nouer des accords ?

Eric Azière : Nous avons, dans le 14ème arrondissement, tout d’abord des divergences fortes sur les grands projets urbains. S’agissant de Montparnasse, il nous faut nous prémunir contre le gigantisme commercial induit par l’addition de mètres carrés commerciaux supplémentaires que vont représenter la rénovation du Centre Commercial Gaîté, la rénovation de l’intérieur de la gare Montparnasse, le ré-habillage de la Tour Montparnasse et la refonte de son centre commercial. Si on additionne le tout, cela fait près de 80.000 m2 commerciaux supplémentaires sans compter les enseignes de la rue de Rennes qui vont venir s’associer à cette zone commerciale. Il faut vérifier que l’on reste bien dans le réalisme de la commercialité d’une zone qui va correspondre à un nouvel espace urbain représentant au total plus de mètres carrés commerciaux que le centre commercial des Halles. Même s’il s’agit de projets privés échappant à la maitrise publique, il y a là un vrai travail de réflexion à faire, d’autant plus que l’on se situe dans un quartier qui a une âme, celui de la Gaîté, dont il faut bien sûr respecter l’identité de lieu de création et de diffusion artistique et culturelle. S’agissant de Saint-Vincent de Paul qui représente une opportunité foncière phénoménale de trois hectares et demi, il faut absolument arrêter le massacre à la bétonneuse. Il faut redéfinir une ambition urbanistique plus adaptée au site de l’ancien hôpital par une dé-densification du projet actuel et compléter cette nouvelle ambition par un grand espace végétalisé, une plus grande diversité d’usages et une meilleure insertion et connexion avec le quartier en évitant toute surélévation. Nous déplorons très vivement que le projet actuel ait été réalisé sans qu’il y ait eu d’appel à projet. S’agissant maintenant de la place Denfert Rochereau, son réaménagement faisait partie des engagements d’Anne Hidalgo lors de la dernière campagne des municipales parisiennes. Or le premier budget qui a sauté dans la mandature est le budget de la rénovation de cette place. Rien n’a été fait pour y limiter les flux de circulation, la piétoniser et la végétaliser. Notre projet consiste à transformer le carrefour Denfert en véritable « Place Denfert Rochereau » en y créant un cœur de place piétonnier reliant les pavillons Ledoux et le Lion de Bartholdi. Il faut certes mettre au crédit de l’équipe municipale actuelle la rénovation des deux pavillons Ledoux, mais les touristes attendent toujours aujourd’hui dehors pour visiter le site des catacombes… Quant on fait le bilan de la mandature, sur l’ensemble de ces trois grands dossiers urbains, on a malheureusement l’impression qu’on n’a pas embelli le 14ème et qu’on a manifestement manqué d’ambition. Sans doute parce que notre arrondissement n’est pas prioritaire aux yeux de la Mairie centrale et qu’il ne bénéficie pas de la même attention que beaucoup d’autres arrondissements à Paris. A ces trois grands dossiers urbains, je pourrais rajouter ceux de moindre envergure que sont celui de l’avenue René Coty où l’on a touché à un équilibre écologique et végétal qui ne demandait rien à personne puisque la seule volonté du Conseil de Quartier était d’aménager les traversées piétonnes, et également celui de la modification parfois en dépit du bon sens de certains axes de circulation (cf. les pistes cyclables de la rue Alain).

Les autres sujets sont des sujets de proximité : propreté, sécurité et voirie. L’autre grande différence que nous avons avec la Mairie du 14ème et son style de gouvernance est que nous pensons que l’arrondissement doit être au quotidien géré dans la proximité. Cela implique un changement radical de statut des arrondissements de Paris avec des renforcements de compétences des arrondissements et des délégations de compétence accompagnées de délégation de budget de la Mairie centrale vers ces arrondissements. Si la prochaine mandature nous est confiée, la propreté, la sécurité et la voirie seront conférées aux Maires d’arrondissement. Sur ces trois thèmes transversaux, il faut que les habitants du 14ème arrondissement puissent vraiment interpeler quelqu’un et que leurs remarques puissent être adressées à des interlocuteurs désignés. Il faut un adjoint à la propreté, un adjoint à la sécurité et un adjoint à la voirie. Ce sont eux qui véritablement deviendront les responsables de ces trois compétences, et de cette façon leur travail pourra le cas échéant être sanctionné en cas de manquements aux élections suivantes.

Nicolas Mansier : Ce besoin de proximité et d’interlocuteurs dédiés peut sans doute être relié à la question du déficit d’écoute des électeurs dans le 14ème arrondissement. J’ai été frappé de constater dans les conseils de quartier notamment qu’il y avait beaucoup de monologues de la part des représentants de la Mairie du 14ème. Les habitants essayaient de faire passer des messages à la Mairie qui imposait des projets de façon unilatérale sans respecter le dialogue avec les habitants. Cela a notamment été le cas pour le projet de réaménagement de l’avenue René Coty. Les pétitions se sont multipliées au cours du mandat, qui, sans forcément tout contester sur le fond, se plaignaient de la méthode employée et du fait que les habitants n’étaient pas entendus.

Eric Azière : Je confirme les propos de Nicolas. La Maire du 14ème arrondissement n’entend pas la critique. Pour elle, concertation signifie donner du temps sans écouter. Et il n’y a pas de prise en compte des oppositions qui se font naître comme nous avons pu le constater par exemple sur le projet Saint-Vincent de Paul et, autre exemple plus éloquent encore, pour la création de l’auberge de jeunesse sociale, populaire et familiale Oasis à un endroit véritablement inouï. A la différence de la Maire de Paris, notre Maire du 14ème a manifestement une vision un peu militante et une pratique quelque peu absolutiste de l’action publique.

L'équipe de campagne aux cotés d'Agnès Buzyn et de Marlène Schiappa
L’équipe de campagne aux cotés d’Agnès Buzyn et de Marlène Schiappa

RI : Puisque vous abordez le sujet, quel regard portez-vous sur la gestion municipale parisienne actuelle ?

Eric Azière : Je ne ferais pas à Anne Hidalgo et à Carine Petit les mêmes reproches. Il y a manifestement une différence de personnalité et de style entre ces deux personnes dont les relations n’ont d’ailleurs pas toujours été très bonnes. S’ajoute à cela une différence de sensibilité politique. La sensibilité politique de Carine Petit et des tenants de la Mairie du 14ème est une sensibilité minoritaire de la majorité municipale parisienne. Le 14ème arrondissement a certainement pu en souffrir en ne bénéficiant pas de la gestion municipale au niveau d’investissement qui aurait dû être le sien. Ce sont les inconvénients de cette politique parisienne de confrontation de bloc contre bloc et du caractère composite de la majorité municipale. Ce constat peut être renforcé par l’idée qu’en plus le 14ème arrondissement est un arrondissement périphérique et que les arrondissements périphériques à Paris ne sont pas les arrondissements préférés. Ces deux raisons expliquent sans doute le manque d’ambition notamment sur les grands projets urbains dont Nicolas et moi avons parlé tout à l’heure. Cela se verrait s’il y avait réellement eu une véritable ambition pour le 14ème arrondissement. Les seuls gestes forts qui ont été faits sur ce territoire particulier de Paris sont en fait des projets privés qui ont été réalisés dans l’indifférence totale de la Mairie du 14ème. Il manque un chef d’orchestre à cet arrondissement qui soit capable de mettre en harmonie et de mettre en cohérence les transformations urbaines. 

RI : D’autres thèmes de campagne encore que vous voudriez aborder ?

Eric Azière : La rénovation du parc social en est, par exemple, un autre. Nous avons un parc social important dans le 14ème arrondissement puisqu’il représente à peu près à 29% du parc immobilier. Il est très dégradé et nous pensons qu’il faut le rénover. J’ai visité des appartements de Paris Habitat et de la Régie Immobilière de la Ville de Paris qui ne sont véritablement pas dignes et décents et qui sont également affectés de lourds défauts. Si le bâti à l’extérieur est assez bien entretenu, on y dénombre malheureusement des défauts de conception qu’on retrouve dans tous les immeubles parisiens (colonne, humidité, etc.). Il faut non seulement offrir des logements dignes et corrects aux demandeurs de logement mais également isoler ces véritables passoires énergétiques.

Je pourrais parler également de l’éducation à la musique qui a voulu que l’on bâtisse un superbe conservatoire Porte de Vanves, ce que nous approuvons tout à fait, mais qui a malheureusement conduit à déménager le conservatoire qui était sur la place de la Mairie alors qu’il y avait la place pour deux conservatoires compte tenu de la demande. On en est réduit aujourd’hui à tirer au sort les dossiers des élèves qui pourront bénéficier de cet enseignement. Nous ne contestons pas le choix de l’installation d’un conservatoire en périphérie, mais plutôt d’avoir réduit l’ambition globale du projet qui consistait à maintenir le conservatoire actuel en sus du second.

J’aimerais aussi toucher un mot de la végétalisation. Il s’agit de mettre en valeur quelques espaces qui ne demandent pas grand chose pour être totalement bien reçus par les habitants du 14ème. Les outrages faits à l’avenue René Coty, pour peu qu’on puisse les arrêter à temps, ont permis de révéler la très belle perspective arborée qui va du Parc Montsouris à la Place Denfert Rochereau dont on pourrait peut-être faire quelque chose qui ressemblerait à une étoile verte en végétalisant les avenues rayonnant autour de la place pour créer une belle perspective paysagère. On pourrait imaginer un jour une promenade véritable, adoucie, piétonne qui aille du Parc Montsouris au Jardin du Luxembourg en passant par une Place Denfert Rochereau complètement apaisée, un boulevard Denfert Rochereau sur lequel on pourrait travailler à quelque chose de bien. Tout cela fait partie de l’univers des possibles. 

RI : Que représente pour vous le 14ème arrondissement de Paris ? Comment pourriez-vous caractériser son identité propre ? 

Eric Azière : Je le ressens personnellement comme un vrai patrimoine vivant. Il y a un tel héritage en termes de création artistique qu’on ne peut pas ne pas penser qu’il y a quelque chose qui traverse cet arrondissement et qui ressemble à une puissance qui appelle à la révélation, à la création, à l’innovation. Ces forces telluriques doivent donner naissance à d’autres auteurs, à d’autres architectes, à d’autres créateurs, à d’autres entrepreneurs. Et c’est là que la responsabilité des élus de demain peut-être terriblement importante car il faut que nous soyons en situation d’accueillir les créateurs et les citoyens de tous ordres qui pourront donner le meilleur d’eux-mêmes d’où qu’ils viennent. Nous devons être les préparateurs des créateurs et des talents de demain et les organisateurs des générations montantes. Il est de notre responsabilité qu’ils et elles disposent des équipements, des conservatoires, des écoles apaisées, de la tranquilité dans la rue, etc. Grâce à notre inspiration et à notre capacité à imaginer, il faut continuer à rêver Paris et à rêver le 14ème arrondissement !

Carine Petit : « Je suis restée la même personne libre et indépendante »

Après Florentin Letissier, candidat écologiste aux élections municipales de 2020 à Paris, c’est Carine Petit, Mme la Maire du 14ème arrondissement qu’on ne présente plus, qui a bien voulu accorder une interview d’une heure à Respect International. Nous la remercions très vivement de nous avoir fait l’honneur de sa confiance.

Respect International (RI) : Carine Petit, vous étiez une totale inconnue du grand public avant les élections municipales de 2014, quel bilan personnel et humain tirez-vous de ce premier mandat de Maire dans le 14ème arrondissement de Paris ?

Carine Petit : J’étais à vrai dire plus une inconnue des médias que du grand public. Lors de l’élection de 2014 qui m’a opposée au second tour à Nathalie Kosciusko-Morizet, la presse me présentait en effet comme « l’inconnue du 14ème arrondissement ». Pourtant, si à ce moment de ma vie j’ai voulu me présenter au poste de Maire du 14ème arrondissement, c’est que je ressentais que je bénéficiais déjà d’un certain capital de confiance de la part de ses habitants et que j’avais également réussi à fédérer. D’un point de vue personnel et humain, ces six années de mon mandat de Maire du 14ème ont été les années les plus denses, les plus intenses, les plus dures parfois également, que j’ai pu connaître dans ma vie. Etre maire est une fonction extraordinaire et merveilleuse pour laquelle on donne énormément de forces et d’énergie mais de laquelle on reçoit également beaucoup si ce n’est plus en retour. C’est d’ailleurs ce qui permet d’avancer. On reçoit de la force, de la motivation et de l’engagement de la part d’une multitude de personnes différentes : de son équipe bien sûr, mais également d’un(e) voisin(e), d’un(e) commerçant(e), des architectes qui travaillent sur les projets, des agents des services publics, des associations, des enfants qu’on rencontre dans les écoles, etc. Le soir de mon élection au poste de Maire, j’ai réalisé que j’allais penser au 14ème arrondissement tous les jours 7j/7 et 24h/24 dans la mesure où un maire se doit d’être disponible en permanence, et ça a effectivement été le cas. Et le lendemain de mon élection, mon fils m’a fait observer qu’il serait lui-même en mesure de s’exprimer sur mon travail de Maire à l’élection municipale suivante puisqu’il aurait dix-huit ans en mars 2020…

J’ai également été émue et touchée qu’on me fasse remarquer ce que je savais déjà à savoir que j’étais la première femme Maire du 14ème arrondissement. Encore aujourd’hui ça me touche quand on me le dit. Un autre moment très fort et marquant de mon mandat a été la tenue de minutes de silence au moment des attentats de 2015 qui nous ont tous bouleversés. J’ai ressenti intensément à cette occasion qu’en portant l’écharpe tricolore je représentais la République et tous les habitants du 14ème arrondissement. Au quotidien, je rencontre évidemment des personnes qui vivent des situations humaines très difficiles et qu’il faut soutenir et écouter. J’essaie bien sûr de répondre au mieux à leurs attentes tout en leur expliquant le projet politique global d’intérêt général que je porte et pour lequel je me bats. En matière de logement par exemple, s’il ne m’est pas possible de répondre à toutes les demandes particulières, je dois expliquer pourquoi je défends une politique de logement à loyer abordable. La confrontation avec cette multitude d’interlocuteurs m’a permis de moi-même beaucoup progresser. J’ai rencontré durant mon mandat des personnes vraiment extraordinaires dont j’ai pu découvrir les belles idées et mesurer l’étendue des compétences. Le travail de Maire est un travail d’équipe dans lequel je me sens parfaitement bien et très à l’aise. Je suis la capitaine d’une équipe d’élus qui travaillent pour 138.000 habitants et ça c’est vraiment génial ! Au final, ces six années auront profondément changé ma vie et la façon dont je la conçois au plan public comme au plan privé – même si je suis restée fondamentalement la même personne libre et indépendante.

RI : Dans quel état d’esprit se présente-on pour briguer un second mandat en 2020 ?

Carine Petit : Etre restée libre justement permet d’envisager très sereinement la situation. Le fait d’avoir un métier par ailleurs, que je peux retrouver du jour au lendemain [Carine Petit est attachée territoriale, NDLR], me permet de garder ma liberté de dire et d’agir et ça c’est bien sûr extrêmement important au moment de se poser la question de savoir si l’on va on non se représenter. Je me sens d’autant plus sereine que je me sens très bien entourée par une équipe soudée par une histoire et une aventure militante commune sur le territoire du 14ème arrondissement de Paris. Mais pour briguer un second mandat, il faut également se poser la question des valeurs que l’on défend et surtout la question de savoir si on a toujours la capacité, l’énergie et la force de proposer de nouveaux projets et de nouvelles perspectives à l’arrondissement pour les six années à venir et de convaincre de l’utilité et du progrès écologique et solidaire pour tous que peuvent représenter ces projets. Nous sortirons dans dix jours notre projet pour l’arrondissement qui détaillera l’ensemble de nos engagements pour la prochaine mandature. C’est bien la preuve que nous disposons de ces ressources-là.

RI : Vous parlez de combat pour les valeurs. Sentez-vous vos valeurs menacées par la politique actuelle du gouvernement et, de même que Martine Aubry, vous proposez-vous d’être une sorte de rempart contre cette politique ?  

Carine Petit : Je pense en tout cas que tous les citoyens en général et l’équipe d’élus locaux en particulier ont la capacité de montrer qu’il y a des alternatives possibles sur les questions d’écologie, de solidarité, de dynamique associative et de dynamique citoyenne. Et je pense que les élus locaux, notamment ceux qui se présentent pour les fonctions de maire, ont un rôle extrêmement important à jouer car c’est au niveau local que l’on doit définir les cadres qui autorisent la mise en place de ces idées et de ces solutions alternatives. Nous défendons pour notre part un modèle, un état d’esprit et un projet politique pour l’arrondissement en tous points différents des autres. Nous n’allons pas chanter les louanges des associations et du travail associatif et en même temps voter à l’Assemblée Nationale des mesures qui affaiblissent voire démolissent le tissu associatif, comme par exemples la suppression des emplois aidés ou la suppression des subventions pour les clubs sportifs. Nous n’allons pas non plus dire comme le candidat de LREM que nous allons donner 100.000 euros aux Parisiens pour devenir propriétaire. C’est un total contresens, un véritable non-sens même aujourd’hui, que de renvoyer les citoyens vers des solutions économiques individualistes. Comme le souligne Anne Hidalgo, les capitales mondiales et les grandes villes doivent être porteuses de solutions alternatives notamment en matière d’écologie. Cela d’autant plus que les partis politiques sont aujourd’hui très affaiblis. Nous devons plus que jamais être à l’écoute des associations, des collectifs citoyens et des mouvements de jeunesse comme par exemple la marche pour le climat où se situe aujourd’hui l’énergie vitale de la vie démocratique.

RI : Comment conjuguez-vous projets collectifs et contrainte budgétaire ? Certains pointent l’augmentation de la dette de la Ville de Paris sous la mandature Hidalgo.

Carine Petit : Un budget public doit être construit pour répondre à des objectifs d’intérêt général. Il faut nécessairement investir pour construire des logements et des équipements publics tels qu’un conservatoire ou une piscine, pour acheter des immeubles qui sont vendus à la découpe, pour refaire les trottoirs et les rues publiques, pour aménager des nouveaux jardins, pour ouvrir des crèches, pour améliorer la qualité des cantines scolaires, etc. Je crois également en des équipes fortes d’agents des services publics, disponibles et suffisamment nombreuses pour répondre aux besoins des services publics qui sont universels et auxquels tout le monde a accès. La Ville de Paris est une des villes les moins endettées de France. On ne parlerait même pas de l’endettement de la ville si la dotation de l’Etat au budget de la Ville de Paris n’avait pas baissé de moitié depuis 10-15 ans. Et il faut également se poser la question primordiale de la dette écologique et sociale. C’est à ces enjeux-là que nous voulons répondre. Dans quel état serait la Ville de Paris aujourd’hui si l’on avait dû renoncer aux projets d’investissements que j’ai listés tout à l’heure ? Je crois personnellement beaucoup à l’action politique et à l’action publique.

RI : Quelles sont dans le 14ème arrondissement les réalisations qui ont été menées à leur terme dont vous êtes la plus fière ?

Carine Petit : Quand je reprends nos engagements de 2014, exceptée la Place Denfert Rochereau, tous ont été réalisés. C’est déjà un motif de fierté et de grande satisfaction. Nous sommes également tout particulièrement fière des décisions prises pour la construction du conservatoire à l’emplacement qui a été choisi pour le faire. S’agissant de la Place Hélène et Victor Basch (place Alésia), nous sommes allés de l’avant et nous n’avons rien lâché notamment sur la place de la voiture. C’est une première avancée. Et nous avons assumé de faire un premier pas vers une avenue du Général Leclerc différente avec une priorité pour les bus, pour les piétons et pour les vélos. Nous avons été également particulièrement heureux d’avoir réouvert Saint-Vincent de Paul à la ville et à la vie et de lui avoir redonné une vocation partagée avec tous ceux qui ont voulu s’y investir. Plus généralement, nous sommes fiers d’avoir soutenu de très nombreuses initiatives et aussi d’avoir été à l’écoute des avis parfois divergents qui ont pu s’exprimer. Nous avons toujours pris tout le temps nécessaire pour la concertation et pour essayer de convaincre sur nos projets avant d’assumer nos arbitrages.

RI : Avez-vous des regrets ?

Carine Petit : Non, je n’ai pas de regrets particuliers. Peut-être quand même celui de n’avoir pas réussi à répondre aux personnes en situation de mal-logement et celui de n’avoir pas toujours eu le temps de répondre à tous les messages qui m’étaient adressés par mail. Nous avons en tout cas toujours eu la franchise et le courage de la pédagogie, d’expliquer pourquoi les choses ne pouvaient pas avancer plus rapidement, quelles étaient les différentes possibilités offertes, etc. Nous avons toujours eu ce dialogue et cette qualité d’écoute avec les habitants du quatorzième arrondissement.

RI : Sur quels projets particuliers et dans quels domaines allez-vous concentrer vos efforts si vous êtes réélue en 2020 ?

Carine Petit : La première page de notre futur projet actuellement en cours de relecture insiste sur la nécessité de continuer nos efforts pour donner la capacité de vivre à Paris. Nous voulons donner au plus grand nombre l’envie et aussi bien sûr la possibilité de vivre dans la capitale en en augmentant l’accessibilité. A ce sujet, la question de l’habitat est encore la priorité des priorités : pouvoir habiter dans le quatorzième arrondissement de Paris et pouvoir habiter Paris. Il faut pour cela avoir une politique très offensive sur le logement qui passe par la réhabilitation des immeubles et la réhabilitation et l’entretien du parc social actuel dont la part est d’ailleurs importante dans notre arrondissement puisqu’on se situe à plus de 25%, ce que nous assumons totalement. Mais il faut réaffirmer avec nos bailleurs la priorité de la qualité de vie dans les logements. Nous avons à cet égard deux projets importants et prioritaires qui concernent les immeubles en briques de la Porte Didot et de la Porte d’Orléans. Il faut également poursuivre nos efforts en matière d’entretien et d’amélioration de l’espace public. Denfert Rochereau sera bien évidemment un projet important. Nous allons décliner la thématique « Habiter ma rue, ma place, notre espace commun », définir les moyens par lesquels on peut rendre l’espace public plus apaisé et plus sécure pour les piétons et pour les gens qui s’y déplacent en transports en commun. Avec un effort encore sur la  végétalisation qui est un domaine sur lequel nous avons appris beaucoup et où il y a une forte attente. Nous allons par ailleurs réaliser le Quartier Saint-Vincent de Paul avec notamment une nouvelle école. Nous allons également travailler à ouvrir, partager et mutualiser des espaces dans des rez-de-chaussée pour augmenter le champ des possibles pour les associations et les échanges autour des activités culturelles et sportives. Sans oublier d’insister sur la solidarité en instaurant la gratuité des transports jusqu’à dix-huit ans et en prévoyant le maintien des bas tarifs pour les cantines. Autre thématique que nous aimerions développer à l’avenir : celle de la Ville du Quart d’Heure. Autrement dit, faire en sorte d’aménager l’espace public pour que tout le nécessaire (école, lieux de santé, commerces de proximité, services publics, activités en commun, etc.) soit disponible à proximité de l’endroit où l’on habite. C’est déjà souvent vrai dans le 14ème arrondissement de Paris où certains quartiers sont de vrais villages et qui est un arrondissement chaleureux où les habitants se connaissent. Il nous faut absolument préserver cette identité. 

RI : Votre liste rassemble des forces politiques assez disparates. Est-il toujours facile dans ces conditions de rassembler sur les projets envisagés ?

Nous avons le rassemblement le plus important pour le premier tour. Il peut paraître classique car réunissant les partis politiques traditionnels (le Parti Socialiste, le Parti Communiste, etc., avec certes un nouveau parti comme Génération.s). Mais nous sommes également rejoints par des très belles personnalités parisiennes et de l’arrondissement qui ne sont pas des personnalités politiques mais qui partagent notre projet et notre manière de faire et d’agir. Leur engagement en faveur de notre liste n’est pas du tout anodin. Nous avons également essayer d’intégrer sur notre liste des personnes d’une nouvelle génération du 14ème arrondissement : des gens qui ont grandi ici et qui ont fondé des choses, qui ont mis en place des projets qu’ils soient associatifs, sportifs ou culturels ou qui se sont engagés dans la démocratie participative et la vie citoyenne de notre arrondissement sur des sujets comme par exemple le handicap. Nous allons évidement leur faire une grande place sur notre liste. Notre rassemblement est, c’est vrai, un grand rassemblement mais il est politiquement très cohérent sur les valeurs que nous défendons comme sur le projet. Les électeurs et les électrices feront de toute façon leur choix au premier tout où il est légitime que toutes les sensibilités s’expriment. Il s’agira bien sûr, sur la base de la photographie des sensibilités exprimées au premier tour, de rassembler plus largement encore au second tour pour gagner l’élection.

Florentin Letissier : « Un audit écologique du budget de la Ville de Paris est nécessaire »

Florentin Letissier est maire adjoint chargé de l’environnement et de l’économie sociale et solidaire à la Mairie du 14ème arrondissement de Paris depuis 2014. Ce Nantais d’origine sera tête de liste écologiste à la prochaine élection municipale de 2020 à Paris 14ème. Il a accepté d’étrenner la nouvelle rubrique de notre site internet consacrée à cette élection en répondant à nos questions et en nous accordant cet entretien fleuve garanti non pollué.

Respect International (RI) : Florentin Letissier, qui êtes vous ? Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Florentin Letissier (FL) : Je m’appelle Florentin Letissier. J’ai trente trois ans. Je suis né en 1986 à Nantes où je suis resté jusqu’à l’âge de dix huit ans, jusqu’à mon bac. Puis je suis parti à Bordeaux pour faire des études de science politique. A vingt-trois ans j’ai passé et obtenu l’agrégation d’économie et je suis devenu professeur de sciences économiques et sociales. J’enseigne depuis 2010 au Lycée Blaise Pascal d’Orsay dans l’Essonne et également pour un tiers de mon temps depuis 2013 en classe préparatoire économique au lycée Vilgénis à Massy. Mais j’habite à Paris depuis dix ans pour satisfaire ce qui est sans doute un rêve de provincial. J’ai choisi de m’installer dans le 14ème arrondissement pour une raison très simple : l’accès direct à Orsay par le RER B à partir des stations Cité Universitaire ou Denfert Rochereau. Je suis donc également élu à la Mairie du 14ème arrondissement de Paris et je partage mon temps entre ces deux activités.

RI : Quel a été le déclic ou quels ont été les déclics qui vous ont amenés à vous intéresser à la politique et à l’écologie ?

FL : En fait, je me suis toujours intéressé à la politique. Dans la petite commune de Saint-Sébastien-Sur-Loire où résidaient mes parents professeurs, j’ai été très trop délégué de classe et en CM1-CM2 je faisais partie du conseil municipal des enfants de la commune. J’ai toujours aimé la vie politique locale et faire des projets au niveau local. Je me souviens que le premier projet que j’ai porté en tant que membre du conseil municipal des enfants de ma commune était d’installer des panneaux spéciaux pour faire respecter le droit prioritaire au stationnement des personnes handicapées sur les places de parking qui leur sont dédiées. J’aime me rendre utile dans le cadre de projets qui intéressent la collectivité. Le déclic écologique est venu plus tard quand j’étudiais la science politique à Bordeaux en lisant plusieurs livres dont un livre d’entretiens avec Alain Lipietz, un économiste écologiste qui explique en quoi l’écologie peut être un système économique alternatif, et également « Pétrole Apocalypse » d’Yves Cochet qui m’a véritablement secoué en me faisant prendre conscience à quel point nous sommes dépendants des énergies fossiles. C’est donc plus un cheminement intellectuel par les livres que par les choses du quotidien (végétarisme, amour du vélo, etc.) auxquelles je suis venu par la suite en adoptant des reflexes écologiques dans la vie de tous les jours.

RI : Et en tant qu’économiste plus qu’en tant que militant écologiste, quelles sont les penseurs qui vous ont le plus marqué et influencé hormis Alain Lipietz ?

FL : Le problème avec l’économie, c’est que les économistes majeurs de la fin du XIXème siècle jusqu’à très récemment étaient des économistes qui s’occupaient très peu de la question environnementale. Il y a certes par exemple Nicholas Georgescu-Roegen qui est un mathématicien et économiste hétérodoxe américain d’origine roumaine qui a intégré l’idée selon laquelle on allait à long terme vers un épuisement des ressources naturelles et qu’il fallait en tenir compte dans les modèles économiques [NDLR :  Ses travaux ont servi d’inspiration au mouvement de la décroissance]. Mais finalement ça reste assez marginal. Même les économistes keynésiens qui sont sensibles à la question de la redistribution des richesses ne sont pas du tout des écologistes car ils sont largement favorables au productivisme et à ce qui soutient la croissance. Finalement c’est vrai que paradoxalement il n’y a pas beaucoup d’économistes écologistes qui m’ont inspiré à part Alain Lipietz. Les écologistes qui m’ont inspiré sont plus des politiques en réalité. Car des théoriciens de l’économie qui ont vraiment fait de l’écologie il y en a à vrai dire très peu.

RI : L’économiste libéral Jean Tirole a aujourd’hui intégré les contraintes écologiques. Il consacre un chapitre de son livre « Economie du bien commun » au défi climatique.

FL : Pour moi, Jean Tirole c’est la pensée de la croissance verte. C’est l’idée qu’on peut continuer à avoir de la croissance économique parce qu’en développant les énergies renouvelables on crée des entreprises dans ce secteur-là et donc on fait de la croissance. Mais il n’y a pas chez lui de critique du fait que nos standards de consommation sont beaucoup trop élevés. Je pense pour ma part qu’il faut être un peu plus dans la sobriété et puis également dans la lutte contre les inégalités. Quand on voit aujourd’hui la manière dont les émissions de CO2 se répartissent, on constate que ce sont les très riches qui émettent énormément de CO2 de par leur mode de vie parce qu’ils prennent beaucoup l’avion et qu’ils consomment beaucoup de ressources naturelles. Il ne me semble pas que ces derniers aspects appartiennent à la pensée de Jean Tirole. En tant qu’écologiste on ne peut pas selon moi défendre la croissance du PIB parce que le PIB est un indicateur qui est complètement aveugle à la question de l’environnement. Les écologistes sont forcément critiques de la croissance. Ce qui les différencie c’est le degré de radicalité. Il y en a certains qui sont franchement décroissants, qui pensent qu’il faut réduire drastiquement notre consommation de biens et services. Pour ma part, je ne suis pas dans la collapsologie. Si l’on doit effectivement adopter un mode de vie plus sobre, cela ne veut pas dire que notre niveau de vie doit forcément se dégrader et que l’on doit renoncer à des biens de consommation du quotidien qu’on a pris l’habitude d’utiliser. Il y a beaucoup de gaspillage énergétique et alimentaire, ça c’est une vérité. Mais si l’on revient à un usage plus raisonné des ressources, je pense que l’on peut tout à fait s’en sortir. Mais cela implique que les plus fortunés fassent un effort substantiel. Je veux parler des très riches et puis également des grosses entreprises. Si l’on veut sauver la planète, 30% viendra des comportements individuels des particuliers et 70% viendra des grosses entreprises, notamment de celles qui exploitent les énergies fossiles. Je m’oppose fermement à la culpabilisation des classes moyennes et des classes populaires, de ceux qui habitent la banlieue et qui ont besoin de prendre leur voiture pour aller travailler. Il faut certes leur proposer des alternatives, mais en aucun cas les culpabiliser.

RI : Justement puisque nous parlons travail, comment conjuguer décroissance ou croissance maitrisée et emploi puisque les classes moyennes et populaires tirent leurs moyens de subsistance du travail ?

FL : Le mot croissance signifie aujourd’hui croissance du PIB. Je ne suis pas pour la croissance du PIB. Il faudrait à la limite arrêter de regarder cet indicateur. Je milite pour la croissance d’autre chose, par exemple des emplois dans certains secteurs spécifiques de l’économie. Il faut raisonner en terme de croissance de certaines productions qui sont compatibles avec l’environnement. Si l’on produit plus d’agriculture biologique par exemple, si les coopératives d’agriculteurs bio font plus de chiffre d’affaire, c’est de la bonne croissance. Si en revanche les producteurs de pétrole font plus de chiffre d’affaire, c’est de la mauvaise croissance. Il faut en fait se mettre d’accord sur ce qui doit croître et ce qui doit décroître. Avec des nouveaux indicateurs qui font aujourd’hui l’objet de débats. Des gens comme l’économiste américain Stiglitz par exemple disent qu’il faut créer des nouveaux indicateurs de richesse.

Premiers candidats de la liste EELV 14ème
Premiers candidats de la liste EELV 14ème

RI : Pour en venir maintenant à la campagne des municipales de 2020 à Paris, quels sont les thèmes que vous allez développer pour séduire les électeurs et remporter leurs suffrages ?

FL : Il y a bien sûr les thèmes traditionnels des écologistes. La nature en ville en est un, puisque nous sommes dans une ville extrêmement bitumée et extrêmement minérale, ce qui n’est pas sans poser de nombreux problèmes dont les pics de chaleur dont nous avons été témoins cet été. On a eu des records de chaleur inédits, plus de 40 degrés mesurés à la station météo Montsouris. Bien évidemment, le béton renforce cet effet. Donc mettre beaucoup plus de végétal en ville c’est très important. Mais pas du végétal à la manière d’Anne Hidalgo, c’est-à-dire du végétal dans des bacs comme on en voit par exemple rue Daguerre. Non, il faut vraiment enlever du bitume et planter pleine terre. Cela crée de la biodiversité et cela fait de la fraicheur sans compter l’aspect esthétique. Les gens sont heureux d’avoir de la nature en ville. Il y a également l’axe des transports et des déplacements. On n’est pas allé assez loin sur le vélo notamment. Il faut des vraies pistes cyclables en site propre et il faut des vrais parcours sécurisés pour les vélos. Des choses ont bien sûr été faites mais il faut passer à la vitesse supérieure dans ce domaine. On sait très bien que seulement moins de la moitié du plan vélo de la Ville de Paris a été achevée. Nous voulons en faire une vraie priorité. Il est également nécessaire de reconquérir de l’espace pour les piétons car on oublie trop souvent que la marche est le premier mode de déplacement à Paris. Il y a aussi des choses à faire au niveau des places de parking. Il y a beaucoup de places de parking qu’on pourrait supprimer en surface pour mieux exploiter les places de parking des sous-sols. Les bailleurs sociaux disposent de beaucoup de places de parking en sous-sol qui ne sont pas utilisées. Ce sont celles-là qu’il faut mobiliser pour que les gens se garent, mais en surface il faut enlever des places de parking pour élargir les trottoirs et continuer le travail sur les pistes cyclables. A côté de ces sujets traditionnels pour les écologistes, il y a aussi le sujet du logement qui est un vrai sujet car cela coûte de plus en plus cher de se loger à Paris. Nous nous battons depuis des années pour que soit effectué un recensement de toutes les surfaces vides ou vacantes de l’arrondissement (logements ou bureaux) pour pouvoir utiliser comme la loi nous le permet le droit de réquisition. Il y a énormément de ces places libres ou vacantes à Paris. Tout le monde doit s’indigner de voir des gens dormir sur le trottoir à côté d’une vitrine vide parfois illuminée. Il faut tout faire pour mettre des mètres carrés supplémentaires à la disposition des gens qui en ont vraiment besoin moyennant bien sûr compensation financière aux propriétaires à l’issue d’une négociation avec ces derniers. Il faut par ailleurs continuer à faire du logement social mais plus par le moyen de la préemption que par celui de la construction de nouveaux logements. Dans des immeubles déjà existants, la ville peut très bien acquérir des appartements pour les transformer en logements sociaux en respectant les équilibres entre les quartier. Pour la prochaine mandature, je ne suis pas favorable à la construction de nouveaux immeubles de logements sociaux car la densité de constructions est déjà trop forte à Paris. Enfin, il faut aussi penser les bassins de vie et d’emplois à l’échelle de la métropole et de la région.

RI : N’est-ce pas prendre le risque de voir encore augmenter la dette de la Ville de Paris ?

FL : C’est vrai, il y a un sujet sur le budget. La dette de la ville de Paris a effectivement augmenté. La question est de savoir quel est le niveau acceptable de dette et surtout pourquoi on s’endette. Il faut regarder la dette par habitant plutôt que la dette globale. Quand on regarde la dette par habitant, Paris est tout à fait dans les clous. Ce qui me gêne en revanche, c’est qu’on s’endette pour des choses qui n’en valent pas la peine. De ce point de vue là, les écologistes sont très sensibilisés à l’anti-gaspillage budgétaire. Nous avons ainsi été très critiques de la candidature de Paris aux Jeux Olympiques de 2024. Les dépenses très importantes que cela va générer, sans doute d’ailleurs largement sous-budgétées, ne bénéficieront pas directement aux parisiens. Si je suis élu à la Mairie du 14ème et si les écologistes sont élus à la Mairie de Paris, la première chose que nous ferons c’est un audit budgétaire de la Ville de Paris. Toutes les dépenses de la ville seront examinées pour savoir si elles ont une utilité écologique et sociale, et nous n’hésiterons pas à stopper les dépenses qui ne vont pas dans ce sens. Il faudra faire des économies dans certains secteurs, par contre il faudra accepter de dépenser et peut-être même de s’endetter dans des proportions raisonnables dans d’autres secteurs. Il faut également aller plus loin en matière de transparence. La Ville de Paris a déjà fait des efforts en ce sens car elle a mis en place un site qui donne accès à des données assez précises sur son budget de fonctionnement, mais je pense pour ma part qu’il faudrait adopter la même démarche au niveau de l’arrondissement pour mieux informer les 150.000 habitants qu’il compte, en matière de travaux, de financement aux associations, etc. Les écologistes sont très attachés à la transparence en matière d’utilisation des deniers publics.

RI : D’autres thèmes de campagne encore ?

FL : Oui, la démocratie locale. Là encore, nous ne prétendons pas que rien n’a été fait sous cette mandature – je pense notamment au budget participatif qui est une très bonne idée – mais l’on peut encore sans doute aller plus loin s’agissant notamment des conseils de quartiers qui ne sont toujours pas des instances vraiment représentatives de la population. Il serait souhaitable que les conseils de quartiers qui se sont par le passé volontiers saisis des questions de voirie et de propreté notamment se saisissent également des problèmes et projets écologiques (végétalisation, compost, etc.). Il faut également que les conseils de quartiers arrivent à attirer les plus jeunes. Leur moyenne d’âge est en effet assez élevée. La Mairie peut sans doute travailler là-dessus en développant une communication qui soit plus attractive sur les conseils de quartier et aussi en leur octroyant davantage de budget pour qu’ils puissent disposer de plus de leviers d’action. Les budgets des conseils de quartier existent mais sont étonnamment sous-utilisés à l’heure actuelle alors qu’ils ne sont pas très conséquents. Peut-être faudrait-il plus de souplesse et d’autonomie dans le fonctionnement des conseils de quartier pour leur permettre de porter des projets d’envergure.

La sécurité qui est la première des libertés est également un thème que nous souhaitons porter dans le cadre de cette campagne. Nous allons sortir un plan sécurité pour le 14ème. La situation de certains quartiers ne s’est vraiment pas améliorée ces dernières années et nous voulons prendre ce problème à bras le corps. Notre tête de liste David Belliard a justement présenté ce matin [NDLR : 21/11/2019] à la presse notre plan sécurité pour Paris. Il a notamment insisté sur le rôle des Brigades de Prévention et de Sécurité Locale qui sont des personnels municipaux qui ne disposent pas d’arme léthale et dont le rôle est de patrouiller sur le terrain, de désamorcer les conflits, de faire de la médiation et éventuellement de la verbalisation. Leur action peut être très utile dans certains quartiers – je pense au Quartier Pernety, à la Porte d’Orléans ou à la Porte de Vanves – notamment auprès des jeunes pour lesquels il faut également prévoir des lieux de rencontre qui soient des alternatives à la rue. Il faut que ces personnels viennent à leur rencontre, les connaissent, les côtoient dans une logique préventive pour résoudre les problèmes de sécurité qu’on ne va pas régler en mettant de la police armée à chaque coin de rue. Il y a beaucoup de lien social à retisser et je souhaiterais pour ma part que l’on crée une antenne pour ces brigades dans le sud de l’arrondissement à la Porte d’Orléans ou à la Porte de Vanves dans la mesure où la police nationale est basée au nord avenue du Maine. Tout au long de son mandat Anne Hidalgo s’est positionnée en défaveur de la police municipale. Elle a aujourd’hui changé de pied, ce qui est l’aveu de lacunes certaines de la municipalité en place en matière de sécurité. Nous pensons pouvoir faire mieux qu’elle en investissant dans la mise en place de telles Brigades de Prévention et de Sécurité Locale plutôt que dépenser des millions pour les Jeux Olympiques. Nous préférons dépenser l’argent des contribuables pour les besoins des habitants au quotidien plutôt que le consacrer à des dépenses de prestige au nom de la compétitivité internationale de la ville.

RI : Il y a d’autres thèmes sur lesquelles l’équipe d’Anne Hidalgo est régulièrement épinglée, notamment celui de la saleté et celui des travaux.

FL : Le procès qu’on fait à Anne Hidalgo sur le thème de la saleté à Paris est assez injuste car beaucoup de moyens ont été déployés pour la propreté de la ville. Il faut bien sût continuer à le faire, mais il faut également responsabiliser les gens qui ont parfois des comportements inacceptables et choquants. La ville ne peut pas tout faire et il faut que les habitants réalisent que ce sont leurs impôts qui sont utilisés pour rendre la ville propre. Il y a revanche des progrès à faire en matière de tri des déchets. Dans l’espace privé, il y a encore des immeubles où il n’y a pas de poubelle pour le verre. Dans le 14ème arrondissement de Paris, il n’y a pas non plus de poubelles pour les déchets organiques destinés au compost. Dans l’espace public, il faut faire comme en Allemagne où l’on peut y faire le tri grâce à des poubelles adéquates. Mais la ville peut aussi surtout agir en amont sur la prévention de la saleté en adoptant une politique beaucoup plus volontariste pour encourager les commerces à utiliser beaucoup moins d’emballages, etc. S’agissant des travaux, des progrès peuvent en effet être faits pour améliorer leur coordination. La ville n’est certes responsable que d’une petite partie d’entre eux et les habitants sont contents de pouvoir bénéficier de nouveaux aménagements, mais il faut veiller à une meilleure planification et à une meilleure répartition des travaux.

RI : Quels sont vos espoirs de remporter le scrutin municipal ? Avez-vous déjà des indications sur les intentions de vote des parisiens et des habitants du 14ème arrondissement ?

FL : Les sondages dont on dispose aujourd’hui sont des sondages globaux sur la capitale qui nous mettent autour de 13-14%, ce qui est un bon niveau. A la dernière élection municipale quatre mois avant l’échéance nous étions à 6%. C’est dire la progression en une mandature qui est, c’est vrai, largement due à la dynamique des européennes où EELV a obtenu 20% des voix dans le 14ème arrondissement. Notre force est que nous avons fait l’union des écologistes avec Urgence Ecologie, Alliance Ecologique Indépendante et peut-être encore d’autres partis écologistes qui vont nous rejoindre. Donc nous ne pouvons en réalité que monter. Nous ne sommes certes toujours pas en tête à l’heure actuelle, mais cela demeure notre ambition. On sait que les sondages qui concernent tout Paris sont un bon reflet des intentions de vote dans le 14ème arrondissement qui est un « petit Paris » et qui a toujours été un département pivot. Nous sommes donc sans doute autour de 14% dans le 14ème. Nous allons dans tous les cas présenter une liste autonome au premier tour de l’élection, notre objectif étant de sortir en tête pour le deuxième tour pour rassembler le plus de monde possible autour de notre projet écologiste. Dans un certain nombre de villes de France, on voit que les écologistes sont très hauts dans les sondages et nous pensons vraiment pouvoir gagner des mairies d’arrondissement, c’est en tout cas pour cela que nous nous battons.

Cliquez ici pour accéder au site de campagne des écologistes de Paris 14ème.