Quand l’énergie devient art (Roland Erguy, professeur de Tai-Chi et artiste sculpteur)

« Respect international » creuse résolument son sillon dans le Village Pernety et le site de l’association reçoit aujourd’hui les visites de plus en plus nombreuses des habitants du Quartier tout à la fois curieux et émus d’en découvrir ou redécouvrir les acteurs et les lieux les plus pittoresques. Cette semaine, c’est Colette qui nous a contactés après avoir lu quelques-uns des articles publiés sur notre blog pour nous mettre sur la piste de Roland Erguy, professeur de Tai-Chi et artiste sculpteur.

« Technique de boxe du faîte suprême » : le Tai-Chi, entre art martial et gymnastique de santé

Roland Erguy est né à Paris en 1952 d’un père basque et d’une mère d’origine italienne. A l’issue de ses études secondaires au lycée Chaptal, il décroche un diplome d’imprimeur avant de partir faire son service militaire. Il rentre ensuite par concours à la Mairie de Paris au sein de laquelle il va faire toute sa carrière dans l’imprimerie et la décoration florale. En parallèle de ses activités professionnelles, Roland pratique dès le plus jeune âge différents sports dont notamment le judo qui le sensibilise à l’importance de la maitrise de l’équilibre du corps et de son centre de gravité. Il découvre le Tai-Chi avant même de partir à l’armée mais lui préfère pendant plusieurs années d’autres activités plus « dynamiques » comme la voile, la danse, le théâtre, etc. Son partenaire de théâtre l’amène à reconsidérer son appréciation de départ et le remet sur la voie du Tai-Chi en l’initiant à ses principes de base. C’est le déclic qui le poussera à se rendre à la fédération de la rue de Babylone pour y pratiquer pendant quatre ans cet art martial chinois « interne » et obtenir un diplôme de formateur grâce auquel il pourra enseigner la discipline dans plusieurs centres de quartier. Roland transmet la forme yang du Tai-Chi qui est sa forme la plus courante en Chine. Tai-Chi signifie textuellement « technique de boxe du faîte suprême ».  C’est un art martial autant qu’une gymnastique de santé et un travail psychique et spirituel autant que corporel puisqu’il fait fonctionner en même temps le corps et l’esprit. Le Tai-Chi a pour objet le travail de l’énergie appelée chi et consiste en un enchainement de mouvements circulaires et réalisés à la même vitesse qui ont été codifiés dans les années vingt. Ceux qui le pratiquent se concentrent sur le maintien du corps, du souffle, du centre de gravité du corps et sur l’enracinement du poids du corps vers le sol. Roland est intarissable sur les bienfaits physiques, psychiques et spirituels de la discipline qu’il enseigne et il pourrait également disserter pendant des heures sur les origines de cette pratique chinoise ancestrale et les principes du Tao qui la fondent. Il insiste sur le fait que tout le monde, quel que soit son âge, peut pratiquer le Tai-Chi pour son plus grand bénéfice. Il réunit actuellement tous les jeudis dans le cadre d’un cours d’une heure trente délivré dans la salle municipale polyvalente du 12 rue du Moulin des Lapins à Paris 14ème une dizaine de personnes très motivées dont Colette et quelques autres habituées constituent le noyau dur. Le cours est divisé en plusieurs séquences complémentaires : le travail du plexus et de la respiration qui se fait essentiellement au sol ; ensuite, les mouvements de yoga tibétain et les exercices d’étirement du corps ; enfin, le Tai-Chi proprement dit qui n’est ni plus ni moins qu’une méditation en mouvements. Roland nous en fait une démonstration d’un quart d’heure à l’issue de notre entretien dans le petit jardin public de la ZAC Didot qui jouxte la Place de la Garenne. Il enchaine devant nous sur fond de musique chinoise une série de mouvements aux noms très évocateurs (« caresser la queue de l’oiseau », « le simple fouet », « coup de pied en diagonal », « comme un éventail », « la grue blanche déploie ses ailes », « mouvoir les mains comme les nuages », « la fille de Jade tisse et lance ses navettes aux quatre coins de l’horizon », etc., etc.). Le dépaysement est garanti !

La sculpture conçue comme projection du centre de gravité du corps sur les matériaux

« Chercher l’assise et le centre de gravité dans une sculpture », tel est le projet de Roland, professeur de Tai-Chi côté cour(s) et artiste-sculpteur côté jardin. Roland ne puise pourtant pas uniquement son inspiration dans la discipline qu’il enseigne à titre bénévole. Il capitalise également sur son expérience professionnelle à la Mairie de Paris dans les secteurs de l’imprimerie et de la décoration florale. Car tandis que l’imprimerie le familiarise avec la calligraphie et la gravure, la décoration florale lui ouvre les portes de la création artistique ainsi que celles de l’Opéra Garnier, du Palais des Congrès, du Musée Galliera et de mille autres lieux plus somptueux encore. Ses premières sculptures sont celles toutes végétales qu’il conçoit dans le cadre de son métier d’horticulteur. On retrouve dans celles qu’il réalise aujourd’hui (en métal ou en pierre) les arrondis du Tai-Chi et les traces d’une véritable réflexion sur l’équilibre du corps. Qu’il est loin le temps où son professeur lui reprochait d’être « un homme du siècle passé » au regard du caractère un peu figé de ses premières tentatives dans l’art figuratif ! Sa production actuelle est à ce point diverse que Roland a intitulé sa récente exposition « Abstractions » pour englober toutes ses œuvres sous un concept unique. Certaines cultivent le contraste entre le lisse (métal) et le brut (pierre) ; d’autres (comme, par exemple, « Le touareg ») sont réalisées avec du chiffon enduit de plâtre. Roland a bien sûr exposé à la Galerie du Montparnasse qui dépend de la Mairie de Paris dont il a longtemps été l’employé mais également à la Galerie Everarts de la rue d’Argenson après qu’il a été remarqué par certains amateurs d’art. Il y a d’ailleurs laissé un des seuls grands formats qu’il a réalisés dans sa vie faute de place pour le stocker personnellement… Mais pour Roland, l’inspiration est toujours là, qu’il puise dans le Tai-Chi mais aussi ailleurs, pour produire des œuvres originales qui expriment la sérénité et l’équilibre qu’il veut faire partager chaque jeudi à celles et ceux qui le souhaitent dans le cadre de son enseignement.

 

« Le Laurier », le bar-restaurant qui ne s’endord pas (dessus) !

Pour célébrer son sixième anniversaire et la sortie du premier livre autoédité par l’association, « Respect International » se devait de mettre les petits plats dans les grands. Et c’est au « Laurier » que nous avons naturellement pensé pour  organiser notre séance de signatures et inviter tous les amis du « RI » à partager un moment de convivialité autour d’un très généreux buffet. Zoom sur cet endroit chaleureux du Pernety Village où se croisent dans la bonne humeur nombre d’habitués du Quartier.

Cuisine traditionnelle, bar à vin et cheminée

Situé à l’angle de la rue Pernety et de la rue Didot, « Le Laurier » est le bistrot qui a le vent en poupe dans le 14ème arrondissement de Paris. Un panneau situé à l’entrée du restau donne le ton : « Ici nos vaches ne sont pas folles, Les poulets n’ont pas la grippe, Les fromages ne sont pas bourrés de listéria, Manger ici ne rend pas obèse, Toute notre cuisine est Maison… Et nos arrivages sont journaliers comme nos clients !! » A la fois restaurant et bar à vin, cet endroit est idéalement placé et agencé pour capter la clientèle locale ou de passage désireuse de goûter la cuisine traditionnelle française préparée par son chef ou de déguster les vins sélectionnés par Louis, le maitre des lieux. De bons plats un peu rustiques, généreusement servis et très accessibles en termes de prix, le tout mis en valeur par un service « aux petits oignons », c’est la recette du restaurant dont l’efficacité ne se dément pas depuis déjà plusieurs années. Et l’on ne connait absolument personne qui ait été déçu par l’un des plats phares du chef dont : – la souris d’agneau toujours « harchi-fondante » ; – la salade du « Laurier » qui mélange, entre autres produits frais, de la mangue, du pamplemousse et des écrevisses ; et – le hamburger du « Laurier » pas si classique qu’il n’y parait puisqu’il est servi avec une compotée de cèpes, du fois gras poilé et de l’huile de truffe ! Pour accompagner le repas, il n’y a que l’embarras du choix car Louis a  fait aménager dans la petite salle du restaurant un bar à vin dont la carte affiche une cinquantaine de crus produits par des petits producteurs. La très grande majorité d’entre eux sont proposés au verre et au pichet. Le champagne haut de gamme Billecart-Salmon est quant à lui proposé à un prix défiant toute concurrence à Paris. Enfin, cerise sur le restau, une cheminée réchauffe les convives en hiver et vient souligner le caractère rustique et « terroir » des prestations offertes.

Une équipe sympathique, de fidèles habitués et des évènements toute l’année

Mais c’est avant tout de la chaleur humaine que diffuse « Le Laurier » et la bonne humeur du personnel se transmet à la clientèle dont 90% sont des habitants du Quartier Pernety. Pour expliquer ce phénomène, Louis qui  dirige une équipe d’une petite dizaine de personnes se la joue modeste : « Apparemment les serveurs et les gens qui bossent ici se plaisent », se contente-il de dire. Du lundi au vendredi, c’est Bruno, un transfuge des « Tontons », qui assure le service derrière le bar pendant la journée. Il est relayé en soirée par Xavier et Lodi et le week-end par Raphaël et Othman. L’ambiance conviviale du bar-restaurant est entretenue par les habitués du lieu qui sont volontiers  proches et complices du personnel de salle. Le « Laurier » est également the place to be en raison des évènements qui y sont régulièrement programmés. Le jeudi et le samedi soir, l’endroit est animé par des concert de jazz très prisés des amateurs du Quartier ou par des menus à thème qui permettent aux convives de découvrir la cuisine régionale française. De nombreux vernissages d’exposition et signatures de livres y ont également eu lieu et tout récemment c’est donc  « Secteur 13 », le premier livre autoédité par « Respect International », qui a été dédicacé aux habitants de Pernety. Le bureau du « RI » tient à remercier très sincèrement Louis et toute son équipe pour leur professionnalisme qui a permis à cet évènement réunissant une quarantaine de personnes venues d’horizons très différents de se dérouler dans les meilleures conditions. Il atteste de façon définitive que le 24 de la rue Didot reste aujourd’hui l’une des meilleures adresses de Pernety Village pour les habitués du Quartier qui aiment se retrouver autour d’un verre et les personnes de passage qui veulent partager une bonne table sans se ruiner.

Yann dédicaçant « Secteur 13 » au « Laurier » le 22 août 2018

Cliquez ici pour le clip de ParisZoomTV consacré au « Laurier » et ici pour accéder à la page Facebook du restaurant ».

Xavier Braud ou le droit au service de l’idéal

J’ai rencontré Xavier Braud au début des années 90 à un carrefour de ma vie alors que j’étais inscrit en licence de droit public à la Faculté de droit et de science politique de Rennes. C’est en licence que les étudiants de droit décident de leur trajectoire professionnelle en choisissant de se spécialiser en droit privé ou en droit public. C’est aussi à cet âge que se dessinent les véritables  personnalités des individus et celle de Xavier était déjà bien formée, qui exprimait toute la force de l’idéal qui l’habitait. La mienne était bien trop faible pour que je ne sois pas gagné par le cynisme de l’époque et c’est pourquoi j’ai décidé de redoubler mon année de licence en droit des affaires. Trente ans plus tard, à l’heure où chacun tire un premier bilan de sa vie, force est de constater que ce n’est pas l’arriviste qui a eu raison de l’idéaliste. Hommage très sincère du vice à la vertu.

Une enfance rennaise et un éveil très précoce à l’écologie 

Xavier Braud est né à Rennes en 1966 et il y passera toute sa jeunesse jusqu’à ses vingt ans. Il se plait tellement dans sa ville natale dont il apprécie la vigueur de la vie associative qu’il n’imagine pas devoir la quitter un jour. Encore tout jeune, il rencontre près de chez lui au marché de quartier du jeudi « Les Amis de la Terre » et fait la connaissance d’Yves Cochet à qui il achète ses premiers autocollants de militant écologiste dont il décore sa chambre. Un peu plus tard, c’est avec « La Maison de la Consommation et de l’Environnement » (MCE) qu’il prend attache. Il se souvient que dès l’âge de huit ans, dans le cadre de l’élection présidentielle de 1974 à laquelle s’intéressent de très près ses parents, il est personnellement frappé par le discours de René Dumont, premier candidat à se présenter sous l’étiquette écologiste : « René Dumont a vraiment été pour moi une révélation et un choc. Il annonçait déjà des temps difficiles. Je l’ai trouvé très convaincant et son discours m’a longtemps porté ». La première action écologiste militante de Xavier remonte au collège quand il organise une vente de papier recyclé auprès de ses petits camarades. Il se souvient également avoir fait le mur du domicile familial pour assister aux réunions publiques organisées par les opposants à la construction du site nucléaire de Plogoff. Il participe avec ferveur à toutes les manifestations anti-nucléaires qui se tiennent à Rennes et convainc même ses parents de participer avec lui à une immense manifestation sur site. Cela ne l’empêche pas de poursuivre de brillantes études au collège et surtout au lycée Chateaubriand de Rennes où il obtient son baccalauréat D avec la mention très bien. Il aurait pu, s’il l’avait voulu, emprunter la « voie royale » de la filière C qui alimente habituellement les classes prépa des meilleurs éléments d’une génération. Mais Xavier n’est pas fait du même bois que celui des arrivistes ordinaires et s’il se destine vaguement à l’époque à la profession d’avocat, c’est bien plus pour « défendre la veuve et l’orphelin » que pour faire carrière dans les affaires. C’est profondément un idéaliste que l’injustice insupporte et qui fond en larmes en regardant à la télé un film consacré à « Sacco et Vanzetti ».

Un étudiant très investi dans l’associatif

Très centré sur ses études pendant ses années lycée, Xavier va retrouver du temps libre à la faculté pour s’investir dans l’associatif. Il choisit de s’inscrire en droit sans avoir trop d’idées précises sur son devenir professionnel : sans doute un peu parce qu’il s’intéresse à la politique au sens large, sans doute un peu également parce qu’il est déjà en terrain connu dans la mesure où son père, Philippe Braud, est un éminent professeur de science politique. Pour son entourage familial immédiat, ce choix est en tout cas plus traditionnel et « classique » que celui de son frère aîné qui a décidé de continuer ses études scientifiques en faisant médecine. Xavier garde de plutôt bons souvenirs de ses années passées à faculté de droit de Rennes. Je me rappellerai personnellement toute ma vie du jour où il a osé interpeller le Professeur Georgel en plein amphi parce que ce dernier n’en finissait plus de digresser pendant ses cours censément consacrés à l’histoire des idées politiques. Son intervention fut copieusement huée par les étudiants présents qui étaient quant à eux trop contents de laisser le professeur cabotiner en pensant que c’était autant de moins à réviser à la fin de l’année. Tel est Xavier : consciencieux, sérieux, studieux et pas cynique pour un sou. Trente ans plus tard, il s’étonne d’ailleurs toujours de la réaction des étudiants qu’il n’avait au demeurant pas du tout anticipée… Plutôt que rêvasser et traîner dans les cafés comme l’auteur de ces lignes, Xavier potasse ses cours de droit et devient un membre très influent de l’ACEDER, l’association culturelle des étudiants de droit de Rennes qui organise chaque semaine la projection de films de cinéma. Sous son impulsion, l’association promeut un cinéma à la fois moins classique et plus engagé : un festival de films africains est ainsi créé et des soirées débats sont organisées avec le CRIDEV de Rennes qui œuvre pour le développement harmonieux des pays du Tiers-monde. Sa fibre écologiste continue par ailleurs de s’exprimer hors des murs de la faculté puisqu’il met en place à la « Maison de la Consommation et de l’Environnement »  des permanences juridiques en droit de l’environnement destinées au grand public et aux associations qui souhaitent en bénéficier. Cette dernière expérience est pour lui très importante car elle fait pour la première fois le lien entre ses connaissances juridiques et la défense de l’environnement à laquelle il est bien sûr très sensible. Il a aussi l’occasion de rencontrer de nombreux militants Verts au Centre d’Information sur l’Energie et l’Environnement (CIELE) qui est l’association abritée par la MCE avec laquelle il collabore le plus souvent. C’est à eux qu’il se joindra pour participer à un petit groupe de travail chargé du secrétariat des élus d’opposition écologistes (dont fait partie Yves Cochet) lors de leur entrée au conseil municipal de Rennes en 1989. C’est également avec eux qu’il fera front quelques années plus tard contre le projet de métro porté par le maire socialiste Edmond Hervé en proposant la solution alternative du tramway.

Spécialisation en droit de l’environnement et premiers pas à Manche Nature

Pendant son année de licence, Xavier est toujours tiraillé entre son goût pour les activités culturelles et ses préoccupations écologistes. Il a l’occasion de choisir l’enseignement optionnel du droit de l’environnement pour la première fois en maitrise de droit public et c’est dans cette matière qu’il va finalement décider de se spécialiser en troisième cycle. Son dossier universitaire bardé de mentions lui ouvre sans difficulté les portes du DESS dédié de Strasbourg. C’est pour lui l’occasion de compléter sa formation et aussi de découvrir de nouveaux horizons tout en se confrontant à un sympathique groupe de jeunes juristes avec lesquels il partage de bons moments. Pour valider son année, il effectue un stage d’application à Caen en Basse Normandie au Groupement Régionale des Associations de Protection de l’Environnement (GRAPE) avec le personnel duquel il ne se sent pas complétement en phase. Mais c’est l’occasion pour lui d’être mis en contact avec l’association Manche Nature dont les adhérents plus radicaux et plus entreprenants le séduisent beaucoup. Il s’attache à ce point à eux qu’il frappe à la porte de l’association à l’issue d’une première courte expérience salariée au GRAPE. Malheureusement, la dynamique petite structure n’a pas les moyens financiers de rémunérer un juriste. Qu’à cela ne tienne, Xavier travaillera pour elle en échange du gîte et du couvert en espérant que les actions judiciaires qu’il entreprendra suffiront à terme à financer son emploi. C’est le début d’une très belle aventure à laquelle il participe avec tout l’enthousiasme et l’énergie de la jeunesse. Pour se former au métier de juriste associatif, il s’appuie à la fois sur les conseil d’un avocat rencontré au GRAPE et sur ceux d’autres associations écologistes qui l’aident à établir des modèles de recours. Le service juridique de Manche Nature que Xavier a mis en place ne tarde pas à rencontrer ses premiers succès devant les tribunaux administratifs et judiciaires mais cela ne suffit malgré tout pas pour permettre à son juriste de gagner un SMIC. Un plan de secours est d’autant plus nécessaire que Xavier a rencontré Bénédicte qui va devenir sa femme.

La bouée de sauvetage de l’université

Raphaël Romi, professeur de droit à Nantes, lui conseille alors de se lancer dans la rédaction d’une thèse. Par ce biais, Xavier peut envisager de devenir avocat en évitant l’examen d’entrée au CRFPA. Ce serait le moyen pour lui de se sentir sur un pied d’égalité avec les avocats qu’il affronte au tribunal et qui souvent le traitent avec condescendance. C’est aussi le moyen de renouer avec le milieu universitaire qu’il a perdu de vue. Il choisit un sujet de thèse en lien avec son activité : « Le rôle des associations dans l’évolution du droit de l’environnement ». Parallèlement, il candidate à un poste de chargé de travaux dirigés à faculté de droit de Vannes-Lorient et se lie pour deux ans avec l’Université de Bretagne Sud. Il parvient à finaliser sa thèse entre les aller-retours Caen-Vannes et la naissance de sa fille Amélie. Pas de chance, c’est à Lyon qu’il est recruté à la rentrée 1999 pour son premier poste de maitre de conférences qui suit sa soutenance de thèse. Toute la famille doit déménager à l’autre bout de la France en laissant attaches locales et travail derrière soi. Même s’il est le fils du doyen de Paris I Sorbonne, Xavier est très intimidé par son nouvel environnement de travail : il se sent tout autant écrasé par le prestige des locaux XVIIIème du 15 quai Claude Bernard que par le sérieux des sommités du droit qui y officient. Il va y enseigner pendant sept ans non seulement le droit de l’environnement mais aussi les libertés fondamentales et le droit constitutionnel. L’attente de la mutation qui le fera revenir dans l’ouest ne l’empêche pas de continuer à vivre à fond son engagement associatif écologiste aussi bien à distance (puisque le contentieux administratif se fait par écrit) que lors de déplacements en Normandie (pour les audiences judiciaires et les réunions du bureau de l’association) « A l’époque j’étais jeune et plein d’énergie. Je me couchais tard et je me levais très tôt. C’est quelque chose que je ne pourrais plus faire aujourd’hui, se rappelle-t-il un brin nostalgique.

Les combats victorieux de Manche Nature et de la FNAUT

Le travail associatif de Xavier lui procure d’énormes satisfactions puisque Manche Nature gagne quantité de procès. Sa tâche est d’autant plus exaltante qu’il a tout à faire au pôle juridique de Manche Nature. Les autres adhérents de l’association qui ne connaissent pas le sujet lui font entièrement confiance et il se retrouve la plupart du temps en première ligne sur les dossiers qu’il défend. A la plus grande satisfaction de tous, de nombreux milieux naturels sont ainsi sauvés et, cerise sur le gâteau, l’argent rentre dans les caisses de l’association. A partir de l’année 2000, Xavier s’investit parallèlement et de façon complémentaire auprès de la Fédération Nationale des Associations d’Usagers des Transports (FNAUT) dans le but d’engager des recours contre les déclassements de voies ferrées désaffectées. Il y a en la matière une véritable stratégie juridique à mener qui embarrasse à l’époque beaucoup la SNCF avec laquelle il est amené à négocier pour la contraindre à modifier ses pratiques en vue de la  préservation de certaines voies susceptibles de réouverture. En 2006, Xavier obtient enfin sa mutation à Rouen qui va considérablement le rapprocher de Manche Nature. Il continue à s’investir à fond dans cette association tout en accomplissant de façon presque secondaire son travail à la faculté, jusqu’à ce qu’il soit conduit à porter sa candidature à la direction du département Droit. Son élection à ce poste à responsabilités l’amène à réduire la voilure sur le terrain associatif et à plus s’engager au plan universitaire. Grâce à l’argent des nombreux procès gagnés, Manche Nature va pouvoir recruter en 2008 une jeune juriste pour le remplacer. Xavier voit ainsi réalisé son rêve par procuration. Se considérant lui-même un peu usé par l’activité associative, il souhaite prendre du recul pour se consacrer à son métier universitaire et ne plus intervenir que comme le « vieux sage » vers lequel on se tourne lorsqu’on a besoin de prendre conseil.

Quelques mots sur le sacerdoce du militantisme écologiste

Les idéalistes et les avant-gardistes ont généralement la vie dure et très rares sont ceux qui, armés de leurs beaux principes, font fortune en consacrant leur vie à la défense de l’environnement. Xavier Braud ne fait pas exception à la règle, qui a aujourd’hui renoncé à devenir professeur d’université après avoir tenté à deux reprises le concours d’agrégation et essayé sans plus de succès d’emprunter « la voie longue » réservée aux maitres de conférence qui justifient d’une ancienneté suffisante. Sans doute paie-t-il le prix d’avoir choisi de faire une thèse militante plutôt qu’un travail purement académique et de préférer l’enseignement des règles concrètes du droit plutôt que disserter sans fin sur le sexe des anges. Aujourd’hui retiré de la vie associative qu’il a contribué à structurer en publiant au début des années 2000 « Protection de l’environnement : guide juridique à l’usage des associations », il n’en est pas moins toujours très actif au niveau universitaire puisque son « Cours de droit administratif général » destiné aux étudiants de licence de droit ainsi qu’aux étudiants du CRFPA et aux candidats à l’ENM a été publié aux Editions Gualino en septembre 2017. C’est bien la preuve, s’il en était besoin, qu’il sait également quand cela est nécessaire respecter les formes les plus classiques des travaux universitaires.  Adopter un regard critique sur le droit positif, les décisions du Conseil d’Etat et les fondements de notre société productiviste doit-il nécessairement être sanctionné par la non-reconnaissance des mérites personnels ? Je souhaite dans tous les cas à mon ami Xavier une fin de carrière heureuse comme Maître de conférence HDR à l’université de Rouen Normandie en gardant bien en tête qu’ « On ne devient pas vieux pour avoir vécu un certain nombre d’années, on devient vieux parce qu’on a déserté son idéal. Les années rident la peau, renoncer à son idéal ride l’âme » (Douglas MacArthur).

Yann Boutouiller.

« AS de Coeur à Paris », les expositions cousues main de Patricia Michel

Copyright Orélie Grimaldi

Il y a des personnes qui poussent le don de soi jusqu’à s’oublier systématiquement elles-mêmes. Il a ainsi fallu qu’une artiste se désiste pour que Patricia Michel décide de présenter ses propres créations en 2017 dans le cadre de « Vibrations Textiles », l’exposition qu’elle organise au mois d’août à la Galerie du Montparnasse dans le 14ème arrondissement de Paris. Plus habituée à s’effacer derrière les autres qu’à se mettre en avant, elle a quand même bien voulu nous accueillir chez elle rue des Plantes pour nous parler d’elle et des activités de l’association « AS de Cœur » qu’elle a créée avec une amie en 2014.

Une spécialiste de l’organisation d’évènements sur mesure

Patricia Michel est née en 1966 à Bourg-en-Bresse dans l’Ain et a grandi près de  Tours à l’Ecole Normale d’Instituteurs dont son père était agent administratif à l’intendance. Elle garde un souvenir extraordinaire de ce lieu en pleine nature où elle apprend la vie en communauté au milieu des élèves-instituteurs. Même si elle baigne dans le milieu socio-éducatif, Patricia connaît une scolarité difficile, redouble plusieurs fois et ne parvient pas à obtenir son baccalauréat. L’atmosphère familiale lui pèse à ce point qu’elle décide de quitter le domicile de ses parents le jour de ses dix-huit ans. C’est le début d’une vie un peu chaotique et décousue qui la voit multiplier les expériences professionnelles. Elle aime à s’en rappeler les plus belles dont un séjour de huit mois à l’Ile-de-Groix où elle travaille comme serveuse dans un hôtel-restaurant. Elle rencontre à Paris le père de son fils avec lequel elle tient quelques temps un restaurant près de Montpellier. Puis elle revient s’installer dans la capitale avec son enfant. Pour fuir les « horaires de dingues » du secteur de la restauration, elle entreprend une formation professionnelle pour devenir agent de voyage. Par chance, celle-ci débouche sur un emploi au siège d’American Express et elle va pouvoir bénéficier pendant cinq ans de conditions de travail privilégiées qui lui permettront notamment d’effectuer des voyages de reconnaissance pour le compte de la riche clientèle de la société. A l’issue de cette période de travail, elle a la possibilité grâce au FONGECIF de passer un master de marketing à l’ESSEC. C’est l’occasion pour elle de s’intéresser dans le cadre de son mémoire aux impacts d’internet sur le développement du secteur du voyage d’affaire. Sa formation achevée, Patricia a le cran de se lancer en free lance dans l’évènementiel. Elle propose aux grandes entreprises la préparation sur mesure de leurs séminaires ou évènements en France et à l’étranger en faisant intervenir des artistes ou des artisans pour les animer. Patricia est intarissable à l’évocation des beaux souvenirs que lui inspire cette période de sa vie au début des années 2000. Elle pourrait en parler pendant des heures tant sont nombreuses les images d’évènements somptueux qui se bousculent dans sa tête. Elle finit par passer le flambeau au bout de dix ans en formant à son métier celles et ceux qu’elle va pousser à sortir des sentiers battus et des circuits classiques de l’organisation d’évènements. Elle laisse le témoignage de son enthousiasme pour son activité professionnelle dans un premier guide pour les éditions Parigramme intitulé « Organiser une fête à Paris » et dans quatre autres petits guides publiés aux éditions First dont l’absolument indispensable « Paris des amoureux ».

« Peace and Love ! » Le dire avec des fleurs
Coupons de tissus Fleurs artificielles Récupération
2018 – Copyright Patricia Michel

« Faiseuse de liens » au service des artistes du 14ème

Qu’est-ce qu’organiser des évènements sinon mettre en relation différentes personnes pour leur faire partager de nouvelles expériences ? De l’évènementiel à la médiation socioculturelle il n’y a qu’un pas que Patricia franchit sans complexe au début des années 2010 en faisant sienne la maxime de Sénèque : « Pendant que nous sommes parmi les hommes, pratiquons l’humanité ». Elle travaille pendant deux ans à la Régie de Quartier du 14ème à la Porte de Vanves où elle rencontre Carine Petit, chargée du quartier politique de la ville et future maire d’arrondissement. Elle prend un plaisir énorme à son travail réalisé au contact de la population et des associations locales dont la Compagnie Bouche à Bouche qui fait intervenir toutes sortes de publics autour d’activités théâtrales. Sa mission obtenue dans le cadre d’un contrat aidé consiste à développer la mise en lien et en réseau des actions socioculturelles et artistiques de ce quartier populaire de Paris. Tout n’est pourtant pas rose dans l’associatif et sa politique d’ouverture aux autres n’est pas toujours comprise de tous. C’est pourquoi elle décide de fonder avec une amie sa propre structure associative destinée à organiser et soutenir des actions artistiques et culturelles à destination de tous publics : c’est la naissance en 2014 d’AS de Cœur à Paris. La première initiative de la nouvelle association va consister à créer le « Salon des Artistes Seniors du 14ème » que Patricia entend rattacher à la « Semaine bleue », une manifestation annuelle consacrée depuis 1951 aux retraités et aux personnes âgées. Elle se démène pour réunir tous les ans dans le cadre d’une même exposition des artistes seniors de l’arrondissement (peintres, sculpteurs, etc.) venus de tous les horizons. On y retrouve ainsi des représentants de l’atelier d’arts plastiques de la résidence des Paralysés de France de la rue Lebouis ou bien des représentants d’autres ateliers d’art thérapie. Car le souci constant de Patricia est le mélange des genres et la confrontation d’individualités et de publics différents. Pour assurer le succès de cette manifestation qui ne s’est jamais démenti depuis 2014, elle a jusqu’à présent pu bénéficier du soutien logistique sans faille de la Mairie du 14ème. Le deuxième évènement majeur de la vie d’AS de Cœur est l’exposition collective « Vibrations textiles » qui a lieu depuis 2017 au mois d’août à la Galerie du Montparnasse. Le même souci d’éclectisme préside à cette seconde manifestation qui réunit trente artistes plasticiens autour du textile et qui mêle dès l’origine autant du conventionnel (tapisserie, broderie, patchwork) que du singulier (latex, fibres métalliques, broderie avec des cheveux). L’association organise également ponctuellement des expositions individuelles pour les artistes qui sont les coups de cœur d’AS de Cœur. Bonne nouvelle : oubliant enfin de s’oublier, Patricia présente elle-même depuis peu ses propres œuvres et travaille d’arrache-pied sur ses prochaines expositions dont « Tam-Tam » qui se tiendra au mois de mai au café « La Commedia » au 51 rue Boulard dans le 14ème arrondissement. Au menu : de nombreuses créations textiles confectionnées à partir de chutes de wax (tissu africain) qu’un ami lui a ramenées du Cameroun.

Cliquez ici pour accéder à la page Facebook d’AS de Cœur à Paris.

Jacky et Tételle, le bistrot populaire avec un grand P

C’est à l’angle de la rue Didot et de la rue Maurice Ripoche que se situe la véritable tour de contrôle du Quartier Pernety. Chez « Jacky et Tételle », on n’ignore rien de ce qui se passe dans le Quartier pour la simple et bonne raison que l’on se soucie de tout le monde. Et c’est toute la « famille » de Pernety qui se donne régulièrement rendez-vous dans l’atmosphère conviviale du bistrot pour partager un verre, un repas, un succès voire même une colère ou un chagrin. Pas question de se la péter dans ce bar-restaurant populaire avec un grand P ! Jacky, Tételle et Farid veillent au grain pour préserver l’ambiance authentique et chaleureuse qui fait tout le charme du lieu.

Cuisine jusqu’à épuisement des stocks ou du chef !

Tous les jours de la semaine dès sept heures trente du matin, Farid, dit « Faridovic » ou « le makhlouf », ouvre les portes du bistrot et s’occupe de la mise en place. Ce fin connaisseur du Quartier Pernety a bien conscience qu’il n’aurait pas pu trouver de meilleure place que chez « Jacky et Tételle » pour exprimer tout son potentiel. Il n’y a pas un client dont il ne connaisse les petits secrets et les petites habitudes et il sait mieux que quiconque à qui glisser une assiette d’olives ou de cacahuètes. Plus encore, c’est la vie du Quartier qui l’intéresse car, même s’il n’y réside plus, Pernety est depuis des années son territoire d’élection. Toujours à l’affût d’une anecdote, il est en passe de devenir l’une des mémoires vivantes du barrio. L’histoire de façon générale le passionne et il stupéfie souvent les clients du bistrot par sa culture et sa connaissance aiguisée des pays d’Europe et du Moyen-Orient. Il excelle à animer le bar en interpelant les clients de passage et sait récompenser les habitués du lieu pour leur fidélité. Pendant ce temps-là, Jacky, le boss, s’active à la cuisine. Il n’y a pas de limite à son investissement puisqu’il assure le service « jusqu’à épuisement des stocks ou du chef ». Qui n’a pas goûté son agneau farci, son risotto noix de Saint-Jacques-gambas, sa blanquette de veau à l’ancienne ou sa sole meunière, a raté sa vie ! Pour accompagner ses plats, Jacky ne se contente pas de proposer du vin, il fait le show auprès de la clientèle qui apprécie le numéro d’acteur autant que la cuisine et qui en redemande toujours. La chaleur humaine, le côté familial, c’est sa valeur ajoutée par rapport aux brasseries parisiennes traditionnelles. Bien sûr il assure le tout-venant en proposant tous les jours T-bones, côtes de bœuf, pièces du boucher, hamburgers et tartares maison, accompagnés de frites et de salade elles aussi faites maison. Mais Jacky n’a pas oublié ses origines marocaines et régale également régulièrement ses convives de son couscous royal, de ses tajines et de ses méchouis. Pour faire honneur à Tételle qui est bretonne, il n’hésite pas non plus à faire des crêpes et des galettes – sans oublier les moules-frites du dimanche quand la marée est haute… On l’aura compris, Jacky cuisine régional, national et international. C’est en fait toute la gamme des spécialités culinaires qu’il explore du fond de sa cuisine et il n’est jamais à court d’idées pour satisfaire sa clientèle toujours curieuse de goûter aux petites « merveilles » dont il veut leur faire profiter.

Top of the potes

Jacky ne se contente pas de faire l’unanimité auprès de ses clients avec sa cuisine. Si on vient chez « Jacky et Tételle », c’est parce qu’on s’y sent bien, dans un décor refait à neuf mais sans chichis, avec à sa disposition une terrasse qui peut accueillir jusqu’à trente personnes. Les habitués du lieu y viennent pour discuter, échanger des tuyaux pour les courses du jour ou assister aux matchs de football ou de rugby retransmis sur deux écrans de télévision dont un géant donne sur la terrasse. Tout le monde est bien sûr bienvenu  chez « Jacky et Tételle » mais les propriétaires du bar-restaurant se flattent d’attirer une clientèle plutôt populaire qui cadre bien avec le caractère simple et authentique du lieu. Plusieurs générations s’y côtoient dans une ambiance virile mais bon-enfant. De toute façon, Jacky est là pour gentiment recadrer celles et ceux qui déraperaient sous l’effet de l’alcool ou d’une discussion un peu trop passionnée. Au « parlement du peuple », c’est lui qui est au perchoir. La vie du bar est rythmée par les courses de chevaux dans la journée et les matchs de football dans la soirée. Jacky ne fait pas mystère de ses préférences : « Ici, c’est Paris ! », affiche-t-il d’entrée. Et en effet on peut rire de tout chez « Jacky et Tételle » sauf des déboires du club de foot parisien. Les lendemains de défaite sont toujours difficiles et peuvent même être le motif d’une fermeture anticipée de l’établissement certains soirs. Le reste du temps Jacky tient ferme la barre de l’établissement en s’accordant malgré tout quelques pauses pendant la journée pour aller jouer aux courses au PMU du coin. Il est secondé le soir et le week-end par Tételle qui se transforme chaque samedi soir en DJ en montant le son pour passer ses chansons préférées. C’est l’occasion pour les nostalgiques des années 80 de chanter et de danser sur les musiques de leur jeunesse avec leurs amis. Top of the potes en plus du top of the pop(ote) ! Que demande le peuple ?

Dominique Cros, la modernité dans la tradition

« La louve du Louvre », 97x162cm, huile sur toile

Comme tous les artistes authentiques, Dominique Cros n’est jamais où on l’attend car elle ne trouve sa place nulle part. Sa vie est une remise en cause permanente et son parcours une quête perpétuelle d’autres mondes et d’autres réalités. Elle a pourtant connu la célébrité aux Etats-Unis au début des années 90 avec ses planches de dessins de tatouages et un grand succès en France au cours des années 2000-2010 avec sa peinture. Elle se verrait bien aujourd’hui créer et administrer une école ou un centre d’accueil dans un coin perdu de France. Pour l’heure, c’est toujours Paris qui est la source de son inspiration. Elle a bien voulu nous recevoir dans son atelier du 14ème arrondissement où elle a depuis peu élu domicile.

Pionnière du tatouage en France

Dominique Cros est une artiste autodidacte qui ne se souvient pas avoir jamais cessé de peindre : « J’ai peint depuis toute petite, toute gosse, et c’est toujours resté ». De l’école d’art de Cergy-Pontoise où elle passe deux ans après avoir obtenu son Bac ne lui restent que quelques notions sur l’utilisation des couleurs et quelques bases de psychologie et de communication. Mais l’approche très contemporaine de l’art qui est celle de l’école ne lui convient pas du tout. Dès l’âge de vingt-et-un an, elle préfère voler de ses propres ailes en filant avec son ami bassiste à New York où elle commence par réaliser des affiches et des logos pour les groupes de rock de Manhattan. A son retour en France un an plus tard, elle devient illustratrice de revues et de manuels scolaires pour les éditions Belin, puis peintre décoratrice pour les studios de télévision d’Antenne 2. « J’étais archi-timide à l’époque et j’ai voulu travailler dans la restauration pour me débloquer un peu. Au contact de mes clients étudiants, je me suis rendu compte que les études c’était pas mal. Alors j’ai passé un DUT de gestion. Je voulais comprendre ce qu’il se passait autour de moi car je planais complet. » Entre 1983 et 1986, Dominique est assistante de gestion chez Bull et profite de son temps libre pour dessiner. Elle se spécialise dans les planches de tatouages et acquiert une grande notoriété outre-Atlantique pour son travail qui sera primé plusieurs fois aux Etats-Unis : « J’étais super connue à l’époque et j’étais dans tous les magazines de tatouage internationaux au début des années 90 », se rappelle-t-elle. En France, c’est une pionnière dans ce domaine. Elle ouvre plusieurs studios de tatouage à Castelnaudary, la ville dont elle est originaire, ainsi qu’à Nîmes et à Marseille. Le 4ème RE, le régiment de formation de la Légion étrangère stationné à Castelnaudary, lui fournit une bonne partie de sa clientèle. Mais elle reçoit également la visite de personnes venues de tous les pays dont notamment des japonais qui ont vent de son savoir-faire. Elle aime ces rencontres avec des gens venus de tous les horizons qui lui racontent leur vie et lui ouvrent l’esprit. Elle aime également pratiquer cet art primitif qu’elle contribue à revaloriser et dont elle apprécie la difficulté puisqu’il s’agit de réaliser des dessins en trois dimensions sur des supports mouvants. Elle en fait son quotidien de 28 à 56 ans avant de décrocher complètement. « Au bout d’un moment, la boutique ça devient l’industrie. J’avais besoin de passer plus de temps avec chaque client. Et puis, on sature un peu car on fait tout pour les autres qui viennent avec leurs idées. On a envie de faire des trucs à soi, d’exprimer ce qu’on a dans la tête. » Elle prend donc progressivement du champ avec le monde du tatouage et se retire quelque temps à la campagne pour peindre les moulages de corps qu’elle a réalisés. Elle commence à se mettre sérieusement à la peinture au début des années 2000 tandis qu’elle tient « L’Ancre Bleue », une boutique de tatouage qu’elle a ouverte à Marseille. Elle prend l’habitude de se lever très  tôt le matin et de grignoter quelques heures sur ses heures de travail pour se consacrer à la peinture à l’huile qui a sa préférence depuis toujours. Elle commence par peindre des paysages en faisant une série de tableaux sur Marseille. Puis elle monte à Paris en 2009 bien décidée à ne plus faire les choses à moitié et à peindre à plein temps pour améliorer sa technique.

« Renaitre chaque jour », 2014

Techniques résolument classiques pour peinture hyper-contemporaine

En délaissant le tatouage pour la peinture, Dominique se sent enfin libre. Même si elle a connu la gloire en tant que dessinatrice de planches de tatouages, pour elle la peinture coule plus de source que le dessin. « Ce n’est pas la même approche, nous explique-t-elle. Parce que la peinture c’est des surfaces alors que le dessin c’est des contours. » C’est pour le tatouage qu’elle s’est mise à dessiner mais sa vocation profonde est celle de peintre, qu’elle va maintenant pouvoir exprimer à temps complet.  Elle emprunte les circuits classiques de la reconnaissance artistique en exposant notamment au Grand Palais au Salon des Artistes Français et en devenant sociétaire de la Société des Artistes Français. De nombreux prix lui sont attribués à l’occasion des différentes expositions auxquelles elle participe à Paris et en région parisienne. Elle expose également quelques années au « Marché de la Création Paris Montparnasse » qui se tient tous les dimanches de l’année boulevard Edgard Quinet. Le succès est au rendez-vous et Dominique peut facilement vivre de sa peinture. Certaines toiles marchent très bien notamment celles qui représentent des aéroports, des gares et certains quartiers de Paris car Dominique excelle à jouer des effets fugitifs de la lumière mis en exergue par de puissants contrejours. Le public est également particulièrement friand des reflets qui offrent une image déformée de la réalité. En poursuivant dans cette voie, elle aurait pu rapidement faire fortune. Mais refaire encore et toujours la même chose ne l’intéresse pas du tout. « Je ne fais jamais ce qu’on attend de moi en peinture, nous confie-t-elle. Je veux rester moi-même. » La vérité c’est qu’elle ne se sent pas très à l’aise et pas vraiment à sa place en compagnie de ses pairs qui l’ont pourtant distinguée à plusieurs reprises. Elle a envie de peindre mais différemment en exprimant ses idées et ses opinions propres tout en restant résolument attachée aux techniques traditionnelles de la peinture auxquelles les peintres contemporains ont justement tourné le dos. Vouloir faire des toiles hyper-contemporaines avec une technique hyperclassique fait d’elle une rebelle dans le petit monde de la peinture d’aujourd’hui. Elle considère que toute une technique ancestrale s’est aujourd’hui perdue, qu’elle n’a jamais pour sa part cessé d’appliquer. « Je me demande si je ne m’engage pas dans une voie de garage en soutenant ces idées car il faut vivre avec son temps ; la peinture c’est peut-être complètement dépassé », nous glisse-t-elle. Pas de quoi pourtant désespérer celle qui reste convaincue que les vraies choses perdureront toujours et qui n’a pas la peinture comme unique passion. Dominique se réjouit au contraire de vivre cette période d’incertitude : « On ne sait pas trop où on va et c’est ça qui est bien. »  L’aventure ne lui a jamais fait peur et elle compte bien explorer à l’avenir les nouveaux chemins artistiques et professionnels qu’elle aura elle-même choisis d’emprunter.

Cliquer ici pour accéder au blog de Dominique Cros et ici pour accéder à son site officiel. Cliquer ici pour sa collaboration avec Guillaume Chaumet.

« Le Moulin à Café », poumon associatif du 14ème arrondissement de Paris

Douze ans déjà ! C’est en effet en janvier 2006 que « Le Moulin à Café » a ouvert ses portes pour la première fois. Les équipes qui se sont succédées aux commandes du café associatif du 14ème arrondissement de Paris ont su garder intactes les valeurs fondatrices des pionniers du lieu : reconnaissance et acceptation de la diversité sociale, respect mutuel et sentiment d’appartenance au même quartier. Comme on aimerait qu’il en soit de même partout en France ! « Respect International » connaît bien « Le Moulin à Café » car Yann, l’un de ses membres, y a été bénévole par le passé. Une petite visite à la nouvelle équipe s’imposait, à qui revient la lourde tâche de prendre le relais de leurs très dynamiques prédécesseurs.

Contribuer au « mieux vivre ensemble »

Comme le proclame son site internet, « Le Moulin à café » est un lieu pour apprendre à se connaître, discuter et contribuer au « mieux vivre ensemble ». Il rassemble depuis son lancement des personnes venants d’horizons différents mais portées par les mêmes valeurs humanistes de tolérance et de respect de la diversité sociale. L’initiative trouve son origine dans le projet d’aménagement de la ZAC Didot qui été conçu en 1987 et qui a commencé à voir le jour en 1997. Le projet initial qui prévoyait des constructions très denses et sans équipement public ne répondait pas aux attentes des habitants du Quartier Pernety. Accompagnés par l’association « Urbanisme et Démocratie », ces derniers parviennent à le faire modifier pour qu’il intègre une nouvelle dimension sociale et écologique. Du projet modifié a germé aux début des années 2000 l’idée d’un café associatif qui serait un lieu de partage et de convivialité ouvert à tous. C’est la naissance du « Moulin à Café » qui ouvrira officiellement ses portes en janvier 2006.  L’association est gérée par un conseil d’administration qui réunit des habitants du Quartier Pernety élus à l’occasion d’une assemblée générale annuelle. Les deux pôles d’activités, le pôle restauration et le pôle animation, sont coordonnés par une équipe de cinq salariés. Le pôle restauration est considéré comme un facteur essentiel de lien social.  Au « Moulin à Café », les repas du midi et du soir sont en effet des moments de partage et d’échange qui permettent à tous d’accéder à prix modique à une alimentation saine, équilibrée, bio et faite-maison. Le second pôle, l’animation, a pour objectif de créer de la cohésion sociale au travers d’activités permettant l’amélioration du bien-être de tous, un meilleur accès à la culture pour tous et le développement du tissu associatif. Toutes les voix peuvent se faire entendre au « Moulin à Café » où le principe de la liberté d’expression est jalousement défendu. Les activités sont proposées en fonction des demandes des usagers et de leurs réactions aux propositions de l’association. Les responsables du lieu peuvent également être saisis de projets innovants et originaux qu’ils se chargeront de mettre en place avec les intervenants extérieurs qui les portent. Plus d’une quinzaine d’activités régulières sont ainsi actuellement proposées : Taï Chi, gym douce, danse et expression corporelle mais aussi des soirées jeux, contes, théâtre et scène ouverte musicale et des ateliers scrabble, couture, tarots, échecs, arts plastiques, etc. Deux fois par semaine, les usagers du « Moulin » peuvent venir faire provision de légumes frais et issus de l’agriculture locale et/ou biologique. Et tous les premiers vendredis du mois, après l’atelier d’initiation à l’écriture poétique, King Bobo de l’association « Universlam » invite celles et ceux qui le veulent à monter sur scène pour déclamer leurs textes et donner vie à la poésie.

L’équipe 2018 du « Moulin à Café »

Nouveaux projets et nouveaux défis

Les années passent qui voient se succéder de nouvelles équipes au « Moulin à Café ». Le renouvellement du conseil d’administration de juin 2017 a fait rentrer trois nouveaux bénévoles en son sein et la « dream team » pilotée par Eddy et Anna a fait place à un nouvel aéropage de cinq salariés avec Thomas comme responsable et Loïc comme chef-cuisinier. Bien sûr quelques piliers de l’équipe de bénévoles actifs du « Moulin » sont toujours présents,  notamment Françoise et Patrick fidèles au poste derrière le comptoir de l’espace cuisine. Mais l’aventure est bel et bien repartie sur de nouvelles bases et avec de nouvelles personnalités porteuses de nouveaux objectifs et de nouveaux projets pour les deux années au moins à venir. Il va à la fois s’agir pour la nouvelle équipe de structurer l’association, d’en rajeunir la fréquentation et de dynamiser et diversifier les animations proposées. Structurer d’abord car du stade artisanal l’on passe en effet maintenant partout en France au niveau professionnel pour les associations qui génèrent un chiffre d’affaires significatif. Un effort important de documentation du fonctionnement de l’association est nécessaire pour solidifier les bases associatives existantes et faciliter la transmission de l’information entre membres. Il s’agit par exemple de formaliser la procédure de recrutement des bénévoles certes aujourd’hui grandement facilitée par la plateforme jemengage.paris.fr mise en place par la Ville de Paris et grâce à laquelle Thomas, le responsable-coordinateur, peut bénéficier à l’heure actuelle de l’aide d’une dizaine de volontaires dont la plupart sont des jeunes. Le rajeunissement de l’image un peu vieillissante du « Moulin à Café » est la seconde priorité de la nouvelle équipe. Cela passe par la programmation de nouvelles activités et animations qui ont le vent en poupe chez les moins de 35 ans comme par exemple les cours de swing. La nouvelle décoration a également été conçue pour rafraichir l’image du « Moulin » qui accueille encore en majorité des personnes âgées.  Rajeunir et rendre plus attractif le café associatif passent aussi par plus de proactivité dans la prise de contact avec les artistes susceptibles de venir l’animer. Grâce aux efforts de tous, de nouveaux chanteurs dont certains viennent du métro se sont produits sur scène en after-work au « Moulin à Café ». Parallèlement, les activités culturelles ont été diversifiées grâce à la mise en place de cycles de conférences sur l’histoire de l’art certains jeudis du mois. La nouvelle dynamique impulsée devrait aboutir à au moins fidéliser les 1300 adhérents que compte actuellement le café associatif et également grâce au bouche à oreille à y faire venir de nouveaux curieux. C’est en tout cas le défi que s’est lancé la nouvelle équipe qui met tout en œuvre pour s’adapter aux nouvelles demandes exprimées par les adhérents par exemple en matière de cuisine puisque plus d’une personne sur dix mange aujourd’hui végétarien au « Moulin à Café ». Pour la plus grande satisfaction des habitués du lieu, les produits utilisés pour confectionner l’assiette végétarienne sur laquelle l’équipe a travaillé sont presque tous issus de l’agriculture locale et biologique. Le prix des différents plats proposés a toutefois dû être augmenté pour tenir compte de la montée en gamme au niveau produits et également d’un nouveau besoin de financement lié aux incertitudes concernant l’aide à l’emploi dont bénéficie actuellement l’association. Sur les cinq salariés du « Moulin », quatre ont en effet été recrutés dans le cadre d’emplois aidés dont la reconduction est aujourd’hui très incertaine dans la mesure où le gouvernement a décidé au niveau national de la suppression de la moitié de leur nombre. Toute la difficulté consiste donc dorénavant à maintenir au moins le même niveau de service et si possible l’améliorer en disposant de moins de ressources financières en provenance de l’Etat et des partenaires habituels de l’association que sont la Mairie de Paris et la CAF. « La roue de la fortune tourne plus vite que celle du moulin » aimait à rappeler Miguel de Cervantès. Souhaitons au « Moulin à Café » de continuer à vivre et à prospérer malgré les vicissitudes pour le plus grand bonheur des habitants et des associations du 14ème arrondissement de Paris !

Cliquez ici pour accéder au site du « Moulin à Café ».

Jean-Pierre Torlois : « Je ne me prends pas pour un artiste, j’aime faire des trucs ! »

Frimer, ce n’est vraiment pas son truc. Jean-Pierre Torlois a beau être un artiste complet, auteur-compositeur-interprète d’un coté, artiste peintre de l’autre, il ne la ramène pas et déteste ceux qui la ramènent. Ne lui parlez pas d’humilité des grands, il vous répondra que lui-même n’a jamais voulu jouer dans la cour des grands. Chaque soir vers 19 heures 30, il quitte son appartement du 47 bis de la rue Bénard dans le 14ème arrondissement de Paris et traverse la Place Flora Tristan pour rejoindre son petit groupe d’amis au café-restaurant « Le Laurier » situé à l’angle de la rue Didot et de la rue Pernety. A soixante dix ans bien sonnés, Jean-Pierre a toujours la banane même si des soucis de santé l’empêchent aujourd’hui de prendre la guitare pour continuer à animer et faire vivre ce Quartier Pernety qu’il aime tant. Portrait de l’artiste.

Bordeaux-Madrid-Paris, itinéraire du jazz à la chanson

Jean-Pierre Torlois est né en 1947 à Bordeaux dans une famille d’origine charentaise. Il ne garde pas de sa ville natale un souvenir impérissable et n’y est d’ailleurs plus retourné depuis la mort de ses parents. Mais c’est pendant sa jeunesse bordelaise qu’il attrape le virus de la musique. Vers l’âge de 15 ans, il commence par prendre des cours de guitare classique mais il rend rapidement fou son professeur qui parvient néanmoins à lui apprendre à lire la musique. Une fois ces bases acquises, Jean-Pierre décide de voler de ses propres ailes et c’est curieusement auprès d’amis pianistes qu’il apprend le jazz à la guitare. Il fera ses débuts de guitariste dans les clubs de jazz de Bordeaux dès l’âge de 17 ans où il joue également de la contrebasse malgré sa petite taille. A 23 ans, il rencontre sa future femme d’origine bretonne avec laquelle il part sur un coup de tête en vacances en Espagne. Ils n’en reviendront pas. Car, à Grenade, Jean-Pierre rencontre un chanteur madrilène qui connaissait un certain succès à l’époque et qu’il accompagne pendant six mois au Maroc. Puis c’est le retour à Madrid où il fera l’essentiel de sa carrière de musicien. En deux ans, Jean-Pierre apprend à parler, lire et écrire l’espagnol presque couramment. Il essaie tant bien que mal de vivre de ses talents de musicien tandis que sa femme donne des cours de français. L’Espagne de Franco fait la vie dure aux artistes libertaires de gauche que le couple côtoie au début des années 70. Jean-Pierre intègre un groupe de musique formé autour d’un très bon parolier qui deviendra plus tard journaliste à « El País » . « On avait les flics tout le temps derrière le cul quand on jouait quelque part », se souvient-il. La mort de Franco survenue en 1975 marque le point de départ d’une période plus faste au plan financier : « On n’était plus interdit. J’avais travaillé avec pas mal de mecs et les maisons de disques voulaient leur faire des disques. C’était des mecs un peu connus. Et là c’était bien. J’ai gagné pas mal de fric ». De quoi vivre agréablement sous le soleil de Madrid pendant treize année au total. Au début des années 80, la femme de Jean-Pierre décide de revenir en France pour amorcer une reconversion professionnelle. Il la rejoint en 1984. Le retour au pays est très difficile car il a laissé tous ses amis dans la capitale espagnole. Le couple divorce et Jean-Pierre ne trouve plus en lui la motivation pour continuer à vivre de son art. « J’ai pris des boulots de merde. J’étais gardien d’immeuble de bureaux porte Maillot, ce qui m’a permis d’avoir beaucoup de temps de libre. J’ai pu continuer la musique et composer. C’est le meilleur travail de composition de textes que j’ai fait. J’ai écrit une cinquantaine de chansons dont certaines sont vraiment bien, je le dis sans prétention. Certains de mes amis les reprennent et franchement je trouve ça très gratifiant. Mais je n’ai pas pris pour autant la grosse tête. Je ne me prends pas pour un artiste, j’aime juste faire des trucs. » C’est ainsi que sont nées des chansons comme « Dans le fond de vos yeux », « Alcool », « Timide » ou bien encore « High Society », une violente charge anti-bourgeois que Jean-Pierre me fait écouter sur sa chaine personnelle dans son appartement de la rue Bénard.

Une renaissance artistique dans le dessin et la peinture

Jean Pierre est l’auteur, le compositeur et l’interprète de ses chansons. Pour les composer à la guitare, il n’a pas vraiment de méthode. « Quand je compose, je commence par chercher des accords, des harmonies. Comme je viens du jazz, j’emploie de très bons accords. Puis c’est comme une improvisation. Je commence par chantonner, faire des accords cohérents, des « grilles d’accords » comme disent les jazzmen. Puis il y a une mélodie qui vient se greffer dessus. Je chantonne et c’est ainsi que j’arrive à construire une chanson. En général, j’écris le texte après mais il m’est arrivé d’écrire le texte d’abord quand j’ai une idée avec une bonne métrique parce qu’en musique il faut un rythme. » Malheureusement, depuis son accident vasculaire cérébral de 2013, Jean-Pierre a complètement cessé d’écrire des chansons. Il s’est replié sur la création picturale qui l’avait déjà happé quelques années auparavant et qui n’est pas selon lui sans analogie avec la composition musicale. « Dans la musique, il y a deux choses, nous explique-t-il. D’un côté, la mélodie qui est un thème instrumental ou chanté. De l’autre, l’harmonie qui correspond aux accords que l’on met dessus. De la même façon en peinture, il y a le dessin qui correspond à la mélodie et les couleurs qui correspondent à l’harmonie. » Le parallèle qu’il fait avec la musique explique sans doute pourquoi son dessin est si précis et les couleurs de ses toiles si expressives. Il revendique un « côté surréaliste » à sa peinture figurative qui puise notamment son inspiration dans le monde animalier. Ainsi il n’hésite pas à faire apparaître sur ses toiles des autruches, des cochons, un chameau, un loup ou même un pingouin en train de fumer un joint… Mais Jean-Pierre s’inspire également dans ses œuvres de l’univers du jazz qu’il connaît bien et a par ailleurs réalisé de nombreux portraits de femmes à partir de photos. Très méticuleux et précis dans son travail, il passe beaucoup de temps sur chacune de ses toiles dont le style de certaines font penser à Edward Hoper. Pour répondre à l’attente des curieux, il a déjà exposé de nombreuses fois dans le 14ème arrondissement de Paris notamment à l’espace « SolarHôtel », au « Laurier », au « Saint Joseph » et à « L’Osmose ». Quand il ne dessine ni ne peint, Jean-Pierre aime se plonger dans la littérature contemporaine notamment américaine (Jim Harrisson) ou japonaise (Haruki Murakami). Et puis, il y a bien sûr les amis avec lesquels il passe beaucoup de temps au « Laurier » ou ailleurs dans le Quartier Pernety dont il est devenu malgré lui l’un des artistes les plus appréciés.  « Je ne me prends pas pour une vedette » insiste-il pour conclure notre entrevue. Comme s’il n’avait pas au fond bien conscience que « la modestie n’est bien souvent que l’art de se faire louer une seconde fois » (Jacques Dutronc) !

Cliquez ici pour un aperçu  en musique de l’œuvre picturale de Jean-Pierre Torlois (06.74.63.29.37).

Missak Manouchian : « La vie n’est pas dans le temps, mais dans l’usage »

Chaque année, à quelques mètres du siège social de « Respect International », au 11 de la rue de Plaisance très précisément, un hommage est rendu à la mémoire de Missak Manouchian, le poète arménien et immigré résistant mort fusillé le 21 février 1944 à l’âge de trente-sept ans au Mont-Valérien. C’est en effet au 11 rue de Plaisance que Missak et Mélinée Manouchian ont élu leur dernier domicile en 1941. Ils y vécurent jusqu’à leur arrestation par les soldats de la Wehrmacht le 16 novembre 1943. « Respect International » s’associe à tous ceux qui ont assisté à cette cérémonie d’hommage pour affirmer leur attachement aux valeurs universelles de liberté, d’égalité et de fraternité portées et défendues au péril de leur vie par Missak Manouchian et sa femme.

Cliquez ici pour accéder à la page Wikipédia de Missak Manouchian.

Carnaval de Paris, bien au-delà de la bande à Basile (Pachkoff)

Basile Pachkoff, organisateur du Carnaval de Paris.

La 21ème édition du Carnaval de Paris qui s’est déroulée dimanche 11 février 2018 avait cette année pour thème « Les contes de Perrault et d’ailleurs ». Le cortège coloré de la « Promenade du Bœuf Gras » s’est ébranlé vers 14 heures sous le soleil de la Place Gambetta en direction de République. Les quelques gouttes de pluie qui sont tombées par la suite n’ont pas suffi à décourager les nombreux fêtards, musiciens et danseurs venus de tous les pays pour défiler en costume au rythme des tambours et sous le regard d’un public chaleureux et bon enfant disséminé tout le long du parcours. Pour saluer la réussite de ce succès populaire, « Respect International » a rencontré  Basile Pachkoff, l’organisateur de la manifestation, au « Moulin à Café », le café associatif du 14ème arrondissement de Paris.

Faire revivre une tradition ancestrale : des goguettes aux sociétés bigophoniques

Basile Pachkoff est tout autant un historien amateur qu’un organisateur de carnaval et l’on peut retrouver sur Wikipédia l’ensemble des articles qu’il a rédigés sur le Carnaval et la fête. Basile nous apprend ainsi que le Carnaval de Paris fut une manifestation immense pendant cinq siècles. Historiquement, les fêtards se sont organisés en goguettes, c’est-à-dire en groupes chantants indépendants comptant chacun moins de 19 membres, ceci pour satisfaire à la règle des 19 qui prévaut par exemple encore aujourd’hui au Carnaval de Dunkerque. Pourquoi cette règle ? Parce qu’à moins de 19, on est petit mais costaud. On n’a pas de problèmes d’orientation parce qu’on sait ce que l’on fait et où l’on va. La gestion du groupe ne nécessite ni lourde logistique, ni argent, ni local particulier. On évite aussi les luttes de pouvoirs et tous les parasitages de personnes intéressées. Chaque goguette réunissait donc à l’origine moins de 19 membres, hommes, femmes, enfants, qui se rassemblaient ponctuellement tout le long de l’année pour passer de bons moments ensemble. Quand arrivait le Carnaval, les goguettes s’agrégeaient les unes aux autres pour en assurer le succès en rejoignant les bals et la rue. La règle des 19 tomba cependant peu à peu en désuétude et les goguettes qui ont prospéré pendant deux siècles à Paris finirent par disparaître victimes de leur succès, leurs participants voulant faire plus « grand ». Du temps des goguettes, la foule en carnaval envahissait les grands boulevards de Paris au point que la circulation des voitures était interrompue les mardis gras et jeudis de la Mi-Carême. A partir de 1884, les goguettes se sont dotées de bigophones. Cet instrument de musique inventé par Romain Bigot en 1881 est une sorte de kazoo muni d’un pavillon amplificateur en papier mâché ou  en zinc de formes et couleurs variées. Des milliers de goguettes organisées en sociétés bigophoniques sont apparues en France et dans le monde pour animer fêtes et carnavals, notamment à Paris la Promenade du Bœuf Gras qui a lieu le mardi gras et le cortège des Reines des blanchisseuses de la Mi-Carême qui a lieu le jeudi de la Mi-Carême. Le recul des goguettes a entrainé le déclin progressif du Carnaval de Paris dont les grands bals masqués et cortèges costumés ont progressivement disparu jusqu’à la renaissance de 1993 initiée par Basile Pachkoff.

Basile en tenue de carnaval et accompagné

Une fête libre, bénévole, autogérée, gratuite et apolitique

En 1993, il y a maintenant donc vingt cinq ans, Basile Pachkoff prend en effet l’initiative de relancer le Canarval de Paris. Cinq ans plus tard, en 1998, il fera repartir la fête dans la rue en obtenant enfin l’autorisation de défiler grâce à Alain Riou, un élu socialiste puis écologiste du 20ème arrondissement de Paris. L’atmosphère générale de l’époque n’était guère favorable aux défilés dans la ville de Paris qu’on souhaitait « aseptiser » et très peu d’autorisations étaient accordées. Mais pour Basile, le Carnaval et la fête ne sont de toutes façons ni de gauche ni de droite. C’est bien plus une question de personnes décidées ou non à porter un projet. Il aura fallu toute l’implication et la détermination d’Alain Riou rencontré en 1996 pour « débloquer » la situation et faire vivre le Carnaval au grand air avec le concours des autorités municipales. Au principe de cette manifestation on trouve la Liberté et la Liberté n’a pas de couleur politique. Le carnaval est en effet ouvert à tout le monde, il n’y a aucune sélection et il n’y a même pas besoin de s’inscrire pour venir y participer. Il est ainsi autogéré par l’ensemble des associations participantes. « Chacun se débrouille et s’organise pour venir, nous indique Basile. Il faut juste en avoir l’envie. Les gens ne sont plus habitués à cela. Parfois ils me téléphonent pour me demander s’ils peuvent participer au Carnaval. Ma réponse est invariablement : « Mais bien sûr, venez donc ! Tout le monde est bienvenu sur tout ou partie du parcours, c’est une fête vivante ! » ». Tous les participants sont évidemment bénévoles et c’est bien sûr le principe de gratuité qui prévaut. Basile ne veut pas non plus s’embarrasser à mettre en place une quelconque logistique pour assurer la restauration des fêtards. Il souhaite inscrire sa manifestation dans l’esprit gentiment anarchiste des goguettes d’antan. Bien sûr, les forces de l’ordre doivent intervenir pour canaliser la circulation automobile et veiller de loin à ce que la fête se passe de façon paisible et sans accrocs. Mais depuis 500 ans que le Carnaval de Paris existe, aucune violence ou aucun désordre n’a été à déplorer lors de cette manifestation. « Le Carnaval de Paris a toujours été un carnaval très sage », nous assure Basile. Et c’est pourquoi la police de Paris y a toujours été favorable. Même les policiers qui en assurent la sécurité ont le sourire et cela fait bien sûr partie de la réussite de la fête. »  Cette année, les quelque 5000 participants qui se sont joints au cortège qui a défilé entre la Place Gambetta et la Place de la République ont dû affronté le mauvais temps en fin d’après-midi. Pierre-Yves, le Président de « Respect International » (RI), a été très impressionné par la qualité du spectacle offert. L’esprit général de la manifestation rejoint tout à fait les valeurs de tolérance et d’ouverture aux autres défendues par le RI. « La base du Carnaval, c’est l’amour du prochain », nous confirme Basile. « On est des êtres humains avant d’être des Chinois, des Boliviens, des Equatoriens, des Antillais, etc. Et quand on fait la fête ensemble, il est beaucoup plus difficile de trouver l’autre méchant. L’idée est vraiment que l’on se trouve tous ensemble et que l’on soit heureux ensemble ».

Cliquez ici pour accéder au site du Carnaval de Paris.

« La confiance est au coeur de mon métier » (Sébastien Guillet, fondateur de « Services 14 »)

Sébastien Guillet, fondateur de « Services 14 »

Le secteur des services à la personne connaît à l’heure actuelle un essor considérable. Sébastien Guillet, le fondateur de « Services 14 », a su en anticiper les fantastiques potentialités il y a dix déjà ans en créant sa propre structure dans le 14ème arrondissement de Paris.

Un cadre légal et fiscal incitatif

C’est en 2005 avec le « plan Borloo » qu’est donné en France le véritable coup d’envoi du développement du secteur des services à la personne. Sébastien Guillet connaît justement à l’époque une période de chômage car la société de services informatiques pour laquelle il travaille a été vendue à un concurrent de plus grosse taille. S’investir dans les services à la personne est l’occasion pour lui d’élargir son champs de compétences et d’action. Il décide donc de prendre le train en marche et de créer son propre emploi. Cet enfant de Plaisance mise sur sa connaissance du quartier et sait qu’il pourra bénéficier d’un bouche à oreille avantageux si son offre de services correspond à l’attente de la population. Il entreprend sa propre étude de marché pour s’en assurer. Son projet lui semble répondre aux exigences de la règle du marketing mix dite des « 4 P » (Produit/Promotion/Prix/Place) : 1°) Le Produit bénéficie du cadre légal nécessaire et répond à une vraie demande du public en raison notamment du vieillissement de la population ; 2°) Il en assurera lui-même la Promotion en activant son réseau local ; 3°) Il s’alignera sur les meilleurs Prix de marché en proposant des forfaits de 10, 20 et 50 heures pour les services les plus couramment utilisés ; 4°) Le 14ème arrondissement avec ses 130 000 habitants constitue un marché suffisamment vaste pour la structure à taille humaine qu’il veut créer. Mais c’est bien sûr surtout l’avantage fiscal attaché à la consommation de services à la personne qui rend son produit particulièrement attractif : un crédit d’impôt sur le revenu égal à 50 % des dépenses engagées est en effet accordé aux ménages dans la limite de 15 000 € par an. Sébastien développe ainsi progressivement sur le 14ème arrondissement de Paris une clientèle principalement constituée de contribuables actifs. Les services qu’il propose rentrent dans le cadre de ceux visés à l’article D7231-1 du Code du travail et vont des petits travaux de jardinage et de bricolage à la garde d’enfants, au soutien scolaire et au cours à domicile en passant par le repassage, les courses et l’assistance informatique et administrative. Sébastien  a choisi de fonctionner en mode prestataire (le plus répandu) qui fait de lui le véritable employeur des personnes qui interviennent auprès de ses clients. Il est à ce titre responsable d’une petite vingtaine de personnes qu’il emploie à temps plein ou partiel. Son rôle consiste à centraliser les demandes de ses clients, à assurer le suivi des prestations fournies et à en contrôler la qualité.

Un secteur toujours porteur de promesses d’avenir

Car la relation client est sa priorité absolue  : « La confiance est au cœur de mon métier, insiste-t-il. C’est un secteur d’activité où on laisse rentrer les gens chez soi que ce soit pour du ménage, du bricolage, de la garde d’enfant ou de l’assistance informatique. Mes clients ne sont pas prêts à laisser débarquer n’importe qui chez eux simplement en cliquant sur un bouton. » D’où la priorité accordée au bouche à oreille sur les campagnes internet pour assurer la promotion de ses services. Confiance, proximité, réactivité et prestations sur-mesure sont les principaux avantages comparatifs qui démarquent les 25.000 petites structures existantes en France des grandes  enseignes (O2, Shiva) par nature beaucoup plus anonymes et beaucoup moins flexibles. Sébastien se félicite ainsi de pouvoir créer du lien social autant que de rendre service. C’est sans doute la meilleure façon de consolider sa clientèle et de la développer. Mais pas la seule. La prochaine étape pour lui va en effet consister à développer une offre de services à destination des enfants de moins de trois ans et des personnes handicapées ou âgées dépendantes. Pour cela, il lui faudra obtenir un nouvel agrément car l’agrément simple délivré par la Préfecture de Police de Paris ne l’autorise pour l’instant pas à accéder à ces segments de clientèle. Il pourrait également bénéficier d’une réforme actuellement à l’étude qui consisterait à permettre aux ménages de ne plus débourser que la moitié de la valeur des prestations consommées en leur faisant bénéficier par anticipation du crédit d’impôt auquel ils ont droit. Mais dans tous les cas Sébastien ne se fait guère de souci pour l’avenir : accompagnant le vieillissement de la population, le secteur des services à la personne a vocation à connaître une croissance continue dont il escompte bien tirer les meilleurs fruits.

Cliquez ici pour accéder au site internet de « Services 14 ».

Election de Miss Guinée France 2018, la vitrine glamour de la très sérieuse AJGF

Mlle Adiah Bayo, toute nouvelle Miss Guinée France 2018, et ses deux dauphines.

L’Association des Jeunes Guinéens de France (AJGF) organisait samedi 21 octobre 2017 à l’Espace Reuilly dans le 12ème arrondissement de Paris la 10ème édition de l’élection de Miss Guinée France, un concours de beauté majeur de la diaspora afro-antillaise en France. « Respect International » se devait bien sûr d’assister à cet évènement qui a attiré de nombreux spectateurs et a été l’occasion de faire découvrir les différentes activités de l’association organisatrice.

Des miss porteuses de projets pour leur pays

Aucune place à l’amateurisme dans cette soirée exceptionnelle. On est saisi dès l’entrée de l’Espace Reuilly par le sérieux et le grand professionnalisme des bénévoles qui en assure l’organisation. De la billetterie à l’animation sur la scène en passant par l’accueil des visiteurs, le vestiaire ou la sécurité, rien n’est laissé au hasard, tout a été minutieusement pensé et préparé pour permettre à la soirée de se dérouler dans les meilleurs conditions. Le public est venu nombreux pour supporter dans une ambiance bon enfant les douze ravissantes jeunes femmes qui ont été présélectionnées à l’occasion d’un casting national organisé quelques mois plus tôt. L’une d’entre elle sera élue Miss Guinée France 2018 par un jury composé de partenaires de la manifestation et d’hommes et de femmes de médias et/ou de culture. Pour décrocher ce titre, les candidates ne doivent toutefois pas se contenter d’être belles et de défiler gracieusement en tenue traditionnelle et de soirée : elles doivent aussi porter et défendre un projet humanitaire pour la Guinée que l’association organisatrice financera en cas d’élection. « J’ai été bluffé par la beauté, le charme et l’intelligence des candidates, se souvient Pierre-Yves qui a assisté au spectacle et qui a particulièrement apprécié les chorégraphies représentatives des quatre régions naturelles de la Guinée exécutées par les jeunes femmes. Certaines d’entre elles ont tout à fait brillamment et avec éloquence exposé le projet qu’elle défendait. C’est une remarquable performance vu leur très jeune âge. » Il n’est pas le seul à s’enthousiasmer. Chaque candidate a son club de supporters et de supportrices qui ponctuent par des cris stridents les prestations de leur favorite. Pour le bonheur de tous, la soirée voit se succéder sur scène dans une ambiance survoltée Kandia Kora, les rappeurs d’Instinct Killers, Minoss et les membres du bureau de l’AJGF. L’excitation du public est à son comble lorsque MHD, le prince de l’Afro-Trap, vient se produire sur la scène à la surprise générale. C’est finalement vers 23 heures que le jury livre enfin son verdict : il a décidé cette année de consacrer Mlle Adiah Bayo Miss Guinée France 2018 avec comme première dauphine Mlle Djenabiou Gwen Degla et comme seconde dauphine Mlle Djenaba Diallo.

Lutter contre la discrimination des albinos

En portant son choix sur Mlle Adiah Bayo, le jury n’a pas seulement couronner une très jolie lyonnaise de 20 ans amatrice de mode et de défilés et désireuse de porter haut les couleurs de la Guinée en devenant son ambassadrice de charme en France. Il a également promu le projet humanitaire original qui lui tient à cœur : lutter contre la discrimination des personnes albinos. L’albinisme est une maladie héréditaire rare se caractérisant par une dépigmentation totale ou partielle de la peau, des cheveux et des poils accompagnée de troubles oculaires. Dans un certain nombre de pays d’Afrique, les personnes atteintes d’albinisme sont ostracisés et même régulièrement victimes d’homicides car certaines croyances et superstitions locales attribuent à leurs organes des pouvoirs magiques. Leur sort tragique a bouleversé la nouvelle Miss Guinée France 2018 : « Lorsque je suis allée en Guinée, j’ai constaté que certains albinos étaient reniés dans leur propre famille. Ils sont parfois sacrifiés en rituel ou se retrouvent à mendier dans les rues », témoigne-t-elle. Un vaste programme de sensibilisation s’impose donc. L’AJGF va lui permettre de le mettre en place et de le développer. Cela constituera le cœur de sa mission en 2018. Mais pas question pour elle de s’arrêter à cela : « Pour l’association, je serai également là pour transmettre mon expérience et sensibiliser les filles aux avantages de s’inscrire à l’élection Miss Guinée France ainsi que pour participer aux différents projets qui tireront la Guinée vers le haut », assure-t-elle très motivée.

L’AJGF présente sur le front du développement économique de la Guinée

Car l’AJGF n’est pas seulement l’association organisatrice d’un unique évènement dans l’année. C’est une organisation dynamique qui met en place de nombreuses manifestations dont la plus intéressante est peut-être le « salon de l’emploi et de l’entreprenariat guinéen », un forum permettant aux entreprise guinéennes de venir rencontrer à Paris ceux qui ont choisi d’étudier et de travailler en France dans le but de leur proposer de retourner au pays dans le cadre d’un emploi ou de la création d’une entreprise. Le retour de la diaspora guinéenne, très implantée en France, est en effet un enjeu majeur pour la Guinée. Il s’agit d’inciter ceux qui ont acquis des diplômes et des qualifications à l’étranger à revenir dans leur pays d’origine pour y créer richesses et emplois. L’AJGF s’est donné pour but d’activer ce potentiel de développement économique encore dormant aujourd’hui. Car certes les guinéens expatriés n’oublient pas leur pays d’origine et ils sont aujourd’hui très nombreux à manifester leur solidarité avec leur famille restée au pays en organisant des transferts de sommes d’argent. Mais c’est un véritable transfert de compétences que l’association voudrait promouvoir pour participer au développement de la Guinée et plus largement au décollage économique actuel du continent africain.

Cliquez ici pour accéder à la page Facebook de l’AJGF.

Sou Abadi : « Je ne voulais pas faire un film politiquement correct »

Quand nous avons rencontré Sou Abadi en 2013 pour organiser des cours de français à destination de réfugiés politiques iraniens, nous ne nous doutions pas que nous verrions quatre ans plus tard son nom affiché un peu partout à Paris pour la promotion de son premier film « Cherchez la femme » sorti en juin 2017. Quelque peu intimidés par cette soudaine notoriété, nous n’avons pourtant pas hésité a perturber la réalisatrice franco-iranienne dans le travail d’écriture de son prochain film pour tenter de percer les secrets de son parcours et de sa réussite.  Sou nous a très gentiment consacré une heure de son précieux temps autour d’un thé au « Laurier » dans le 14ème arrondissement de Paris avant de se rendre à Hambourg pour une avant-première allemande de « Cherchez la femme ».

Du cinéma de quartier de Rasht  au montage de documentaires télé

Sou ne s’est jamais senti de vocation précoce de cinéaste. A Rasht, la ville du nord de l’Iran où elle passe son enfance sous l’étroit contrôle de ses parents, elle fréquente néanmoins assidûment le cinéma de son quartier dont le directeur arménien qui est un ami de son père assure une très riche programmation de films russes, américains et français. A douze ans, elle a le coup de foudre pour la version russe d’Hamlet réalisée par Grigori Kozintsev qu’elle visionne une trentaine de fois (!). Son père horticulteur est extrêmement cinéphile. Sa mère enseigne la littérature persane au collège. Elle a 10 ou 11 ans quand éclate la révolution iranienne avec son cortège de violations des droits de l’homme, d’arrestations arbitraires et de répression sur les femmes et les minorités. Le régime islamique impose les restrictions vestimentaires et l’éducation religieuse obligatoire. Toutes ces lois fondées sur l’interdit bercent son adolescence. A 15 ans elle quitte son pays pour s’installer en France. Bonne élève et curieuse de tout, elle s’intéresse surtout à la littérature et à l’histoire. Mais pas question pour elle d’emprunter la voie littéraire car ses parents soucieux de son avenir professionnel la poussent à entreprendre des études scientifiques. Elle décroche sans trop de difficultés une maitrise en sciences appliquées à l’industrie. Ce n’est qu’une fois son diplôme en poche qu’elle change d’orientation : elle s’intéresse à l’anthropologie et à l’ethnologie, aux films de Jean Rouch, le fondateur de l’anthropologie visuelle, qui l’amènent naturellement vers le cinéma. Elle débute ainsi sa vie professionnelle comme monteuse et réalisatrice de documentaires télé sans avoir jamais entrepris d’études de cinéma.

Un projet de film longuement mûri et jalousement préservé

Tout occupée au montage de ses documentaires télé, Sou n’en nourrit pas moins en parallèle son projet de film qui va lui demander trois années et demi de préparation avant la concrétisation du tournage. Le synopsis du film est écrit en 3 mois d’avril à juin 2012. Elle finalise la première version du scénario un an plus tard en juin 2013. Sou nous raconte avec humour ses premiers contacts avec les producteurs de télévision certes intéressés par son projet mais un peu trop frileux pour la laisser réaliser elle-même son film. « La télé, c’est très normatif et il n’était pas question que je vende mon idée pour laisser réaliser mon film par un autre », se souvient-elle. Alors elle prend contact avec différents producteurs de cinéma dont Michaël Gentile à qui elle envoie son scénario à la fin 2013. « Il a été immédiatement intéressé, réactif et concret ». Le producteur n’en est pas à son coup d’essai. Il a déjà produit douze autres films dont « Papa Was Not a Rolling Stone » de Sylvie Ohayon sorti en 2013, « Lolo » de Julie Delpy sorti en 2014 et « Rosalie Blum » de Julien Rappenneau sorti en 2015. Ce n’est pas non plus la première fois qu’il produit un premier film. Très emballé par le projet de Sou, il ne tergiverse pas longtemps avant de se rendre chez son agent pour donner son accord définitif et signer le contrat tant désiré.

Marier comédie burlesque et film politique

Pourtant, aborder sous l’angle de la comédie burlesque un sujet aussi dangereusement explosif que celui de l’intégrisme islamique est un pari risqué. Or, dans le scénario qu’elle soumet à son producteur, Sou assume complètement ce mélange des genres. Le synopsis du film annonce la couleur : « Armand et Leila, étudiants à Science Po, forment un jeune couple. Ils projettent de partir à New York faire leur stage de fin d’études aux Nations Unies. Mais quand Mahmoud, le grand frère de Leila, revient d’un long séjour au Yémen qui l’a radicalement transformé, il s’oppose à la relation amoureuse de sa sœur et décide de l’éloigner à tout prix d’Armand. Pour s’introduire chez Mahmoud et revoir Leila, Armand n’a pas le choix : il doit enfiler le voile intégral ! Le lendemain, une certaine Schéhérazade au visage voilé sonne à la porte de Leila, et elle ne va pas laisser Mahmoud indifférent… » C’est le début d’une longue série de quiproquos qui rythment le film jusqu’à son heureuse conclusion. Mais est-il seulement de nos jours loisible à un cinéaste d’associer rire et islam ? Sou est peu encline à pratiquer l’autocensure malgré les mises en garde. « Par les temps qui court, je ne travaillerais pas sur un projet comme ça ! », lui glisse une chef-décoratrice. « Personne ne voudra jouer dans votre film », lui assure un scénariste. Pas question pourtant qu’elle redessine ses personnages qu’elle trouve très bien caractérisés. « Je ne voulais pas faire un film politiquement correct. A force de vouloir faire des films politiquement corrects, on n’a plus de propos », se défend-elle. Il faut assumer ce qu’on pense et en parler publiquement. Dans ce film, je me suis moqué de l’intégrisme, c’est vrai ! Mais je ne me suis jamais moqué de la religion. Si l’on ne peut pas se moquer de l’intégrisme, où va-t-on ? Il n’y a dans mon film aucune stigmatisation ni aucun amalgame. Il s’agit juste d’être clair avec soi-même et seuls les gens qui ne sont pas clairs avec eux-mêmes ont pu se sentir offusqués ou offensés ». Elle en veut pour preuve que les nombreuses personnes d’origine maghrébine qui ont assisté aux avant-premières du film organisées en province sont venus la féliciter à l’issue de la projection.

Un film finalement très bien accueilli par la critique et le public

L’impression ressentie lors des avant-premières françaises qui se sont tenues à Lyon, Macon, Toulon, Montpellier, Rennes, Lille, Strasbourg, Bordeaux et Valenciennes est une bonne annonciatrice de l’accueil très favorable réservé au film lors de sa sortie officielle en France : « Un regard burlesque sur l’islamisme radical« , selon « Le Monde », « Un film jouissif et thérapeutique » selon « Marianne », « Une fable drôle et insolente sur l’islam » pour les Inrocks. Du « Canard Enchainé » à « Marie-Claire » en passant par « Les Echos », « France Inter » ou « BFM », le film est très largement plébiscité par la critique et il n’y a guère que « Gala », « Le Parisien » et « L’Humanité » pour faire la fine bouche. Sou se prête volontiers au jeu de l’interview pour une journaliste du « Figaro » qui l’invite à décrypter son film politique. « Télérama » est franchement dithyrambique : « Sou Abadi assume fièrement des références ambitieuses comme Cyrano de Bergerac. Le rythme échevelé du cache-cache et de la course-poursuite burlesque évoque aussi le sommet de la comédie de travestissement, Certains l’aiment chaud, de Billy Wilder. » Côté box-office, ce n’est pas mal non plus : 250.000 entrées à ce jour, un score très honorable pour un premier film diffusé au début de l’été et porté par des acteurs qui ne sont pas encore des grandes stars. Sou aurait pourtant aimé faire mieux et regrette que son film n’ait pas réussi à toucher le très grand public malgré la distribution qui en a été faite. Mais « Cherchez la femme » va bientôt sortir dans seize autres pays dont la Grande-Bretagne, l’Allemagne et l’Italie, ce qui n’est pas pour elle une mince consolation. « C’est un succès pour l’industrie cinématographique française et un des films français qui a été le plus acheté à l’étranger cette année », nous confie-t-elle en savourant son thé vert. C’est également un passeport pour un deuxième film à venir sur l’écriture duquel elle travaille actuellement à plein temps.

Cliquez ici pour accéder à la bande-annonce du film.

Marie Laure Fadier, un talent en trois dimensions

Marie Laure Fadier est une artiste peintre résolument moderne et avant-gardiste. Rien ne lui fait vraiment froid aux yeux. Il y a dix ans, après avoir tout perdu, elle décide de tout changer : de vie comme de sexe ! Elle travaille aujourd’hui à mettre en scène l’ensemble de son œuvre dans une recherche graphique en 3D qui n’exigera pas moins de deux ans de préparation. Nous l’avons rencontrée dans son atelier du Quartier Pernety dans le 14ème arrondissement de Paris où elle a élu domicile depuis bientôt 35 ans.

Une vocation et un destin : les fabuleuses rencontres de Marie Laure Fadier

Marie Laure ne s’est jamais vraiment posé de questions sur sa vocation. Pour elle peindre est une évidente nécessité. Elle commence par suivre les pas de son père architecte en s’inscrivant à l’école d’architecture où elle étudie l’histoire de l’art. Sortie de l’école à 23 ans où elle obtient son diplôme sur toile (une première déjà !), elle profite des dernières belles années de Montparnasse dans l’atelier familial de Notre Dame des Champs qui fait face à Seneliers, le célèbre magasin de dessin qui vend le matériel pour artistes. Elle va tous les matins prendre son petit déjeuner à « La Coupole » où elle croise Sartre et Ionesco. Déjà hantée par des questionnements personnels sur sa véritable identité sexuelle, elle cède pourtant aux conservatismes de l’époque et décide de se marier. Marie-Laure raconte plus facilement sa vie que les différentes périodes qui ont jalonnées son évolution artistique. Elle est notamment intarissable sur les circonstances extraordinaires dans lesquelles elle a pu bénéficier de l’aide inattendue de personnalités du cinéma, du théâtre et de la politique pour dénicher ses différents ateliers. C’est en effet suite à une histoire rocambolesque que Jean-Pierre Léaud, une connaissance de l’époque, la guidera vers Jean Le Poulain qui lui proposera d’occuper un loft dans le 19ème arrondissement de Paris. Pour obtenir son atelier actuel, elle bénéficiera au hasard d’une rencontre dans un bouiboui chinois du 14ème de l’aide d’un autre protecteur des artistes, Yves Lancien, alors député-maire de l’arrondissement, qui considérait à juste titre que les artistes peintres en étaient l’âme et le patrimoine humain.

« De la 3D sans informatique »

Des rencontres, Marie Laure en fait également beaucoup dans le cadre de son travail d’artiste. Son ambitieux projet défini il y a quinze ans, faire de la 3D sans informatique, l’amène à frapper à la porte du plus grand spécialiste français des nouvelles images, le Pr Niño de l’Ecole Normale Supérieure. « On peut le faire mais c’est très compliqué ! » , la prévient-il. Il en faut beaucoup plus pour décourager Marie Laure. Pour lui permettre de continuer sa quête, le Pr Niño la met en relation avec Jean-François Colonna, mathématicien à l’école polytechnique dont un des aspects du travail de recherche consiste à mettre en image les équations de la physique mathématique. Marie Laure connaît bien l’école polytechnique car elle y a déjà organisé plusieurs années auparavant une rétrospective de 150 tableaux. Lorsqu’elle rencontre Colonna, elle est frappée par les similitudes existant entre les résultats de son travail obtenu par l’informatique et le sien propre. Elle convainc le directeur des sciences de l’UNESCO de monter une exposition commune, « Les journées mondiales de la science » qui ont lieu en 2004 autour de physiciens, d’astrophysiciens et de chercheurs de tout premier plan dont Hubert Reeves et Michel Cassé. Mais elle ne s’arrête pas en si bon chemin faute d’avoir trouvé de véritable réponse à son obsession : faire de la 3D sans informatique. Elle se plonge pendant un an et demi dans l’étude des techniques développées par les studios Disney pour créer des images en trois dimensions. Elle décortique les images créées par ordinateur et perce les mystères des autostéréogrammes et de l’anaglyphe (technique par laquelle on éprouve la sensation du relief en chaussant des lunettes de couleur). La démarche toute personnelle entreprise par Marie Laure, le regard parallèle qu’elle développe, vont jusqu’à susciter l’intérêt d’ophtalmologues de l’hôpital militaire du Val de Grâce qui, d’abord incrédules, sont tout à la fois convaincus et stupéfaits par la démonstration qu’elle réalise devant eux à l’atelier. « Vous avez exercé votre nerf optique et vos yeux comme un sportif de haut niveau entraine ses mollets », lui déclarent-ils estomaqués.

Nouvelles orientations

Mais patatras ! Le monde s’effondre en 2008 non pas tant à cause de la crise financière que parce sa femme la quitte en emportant meubles et tableaux. Le divorce et la remise en question qui s’ensuit l’amènent à changer de vie et à prendre tous les risques. Marie Laure passe quelques années sans toucher à la peinture et revient au dessin. Elle fait le siège de la maison Canson pour obtenir d’elle la fabrication d’un papier déjà marouflé qu’elle utilise pour la production de ses oeuvres. Elle a recours à des substances qui stimulent sa créativité (hallucinogènes et autres « potions magiques »). Enfin, elle entreprend les démarches nécessaires pour changer de sexe, une opération aujourd’hui prise en charge en France à partir du moment où elle découle d’une décision mûrement réfléchie. Cette métamorphose qui n’a pas été sans susciter peurs et angoisses, Marie Laure la raconte dans un livre sur lequel elle travaille depuis plus de six ans et qu’elle s’apprête à finaliser. Mais c’est la peinture qui reste pour elle la priorité. En attendant la réalisation d’un film d’animation de dix épisodes qui mettra en scène son œuvre picturale (un chantier de deux ans de travail !), elle a décidé de produire avec son ami cinéaste un petit un court-métrage de 8 à 10 minutes qu’ils envisagent de présenter au festival d’Annecy. Autant de projets qui rythment sa nouvelle vie alors qu’elle a amorcé un retour en force à la peinture à l’huile, une peinture devenue plus graphique après quelques années consacrées au dessin et qui puise son inspiration aussi bien dans un imaginaire fantasmagorique personnel que dans la géométrie fractale. Marie Laure Fadier est aujourd’hui une femme et une artiste épanouie qui n’a décidément pas fini d’entreprendre et de nous étonner !

Une grande partie de l’œuvre de Marie Laure Fadier est visible sur internet sur le site www.fadier.com.

3 questions à Guillaume Chaumet, écrivain du 14ème arrondissement de Paris

 

Guillaume Chaumet a la poésie chevillée à l’âme. Il n’hésite pas à aborder des jeunes femmes inconnues à la terrasse des cafés du 14ème arrondissement de Paris pour leur déclamer les poèmes qu’elles lui inspirent. Pas forcément avec succès mais toujours avec style… Nous l’avons rencontré pour qu’il nous parle de sa passion des belles lettres.

Guillaume, comment est née votre vocation d’écrivain ?

J’ai besoin d’écrire. Ecrire m’aide à vaincre l’angoisse qui me saisit parfois. J’ai longtemps eu en tête d’écrire mais il m’a fallu attendre l’âge de 27 ans pour qu’en 2000-2001 je produise mon premier recueil de nouvelles intitulé « Fumées et autres nouvelles », un ouvrage violent et nihiliste que j’ai réussi à l’époque à faire publier à compte d’éditeur aux Editions « Le temps des cerises » en partenariat avec « L’Union des Ecrivains ». J’ai été encouragé à continuer par un poète hongrois, Tibor Papp, qui m’en fait une bonne critique. J’en suis aujourd’hui à mon septième ouvrage, un recueil de récits intitulé « Mémoires d’un poète à l’âme fracturée » dont je viens tout juste de corriger les épreuves, d’où mon état actuel d’extrême fatigue (rires). Ecrire est pour moi une forme d’exorcisme et même si j’estime que je n’écris pas très bien, écrire me fait du bien. (Pause) Enfin, pour être tout à fait honnête, je viens de relire les dernières épreuves de mon livre à venir et parfois je me dis : « C’est moi qui ai écrit ça ? Mais c’est vraiment génial ! » (rires). Sérieusement, j’ai aussi été influencé par mon environnement familial : mon père qui donnait des cours à l’université Panthéon-Assas a écrit plusieurs livres techniques de référence sur le droit des assurances, son grand-père (mon arrière-grand père donc) a été ministre et a également écrit plusieurs ouvrages ; du côté de ma mère, on est plutôt scientifique (normaliens et polytechniciens) mais ma mère m’a constamment encouragé à écrire. Et puis enfin il y a eu les chocs littéraires : Julien Green en premier lieu mais aussi Tolstoï, Borges, Dostoïevski et Bakhtine pour la philosophie.

Qu’est ce qui vous pousse à écrire, pourquoi écrivez-vous ?

Comme je le disais à l’instant, écrire me fait du bien et je me sens bien quand j’écris. Mon objectif n’est pas de rencontrer le succès commercial mais que mes livres circulent le plus possible et puissent susciter l’intérêt de leurs lecteurs. Je ne recherche pas non plus pour autant la célébrité, juste une forme de reconnaissance de la part de celles et ceux qui partagent les mêmes références culturelles et littéraires que moi. Mon dernier essai de philosophie intitulé « La pensée de la vie chez Bergson et Canguilhem » a d’ailleurs été retenu parmi les ouvrages de la librairie de Science Po, la célèbre école de la rue Saint Guillaume. J’aimerais que plus tard dans ma famille ou ailleurs quelqu’un tombe sur mes ouvrages et y trouve matière à penser ou même à s’émerveiller. Mais bien écrire est difficile et je cherche à m’améliorer en permanence. Il y a bien sûr une progression dans l’écriture après laquelle je cours, c’est cela aussi et surtout qui me pousse à continuer. Oui, au final, ce sont avant tout des objectifs littéraires que je poursuis et qui me motivent. Mon rêve serait de pouvoir écrire un bon bouquin de 400-500 pages, un « pavé russe » à la Tolstoï ou à la Dostoïevski, duquel on ne pourrait pas décrocher. Mais la route est encore longue (rires) ! D’autant qu’il est très difficile aujourd’hui de se faire publier car le milieu de l’édition est très difficile d’accès. Un jour, le neveu de Jean-Edern Hallier avec lequel je discutais m’a confié qu’il était impossible aujourd’hui de se faire éditer sans piston ou sans proposer un produit purement commercial. Le plus souvent les maisons d’édition que je contacte me répondent : « Désolé mais nous ne publions qu’un ou deux titres par an ». C’est comme ça !

Comment se passe la journée de l’écrivain que vous êtes ?

Je vis entouré de livres dans mon appartement de la rue des Plantes dans le 14ème arrondissement de Paris. Je me lève vers 11 heures du matin et je vais déjeuner chez ma mère qui est ma première lectrice et une redoutable critique. Je passe pas mal de temps à discuter avec elle, puis je vais faire des courses pour mon très frugal repas du soir à base de fruits. Je commence mes lectures du jour vers 14h30-15h. Actuellement, je lis « La peste » de Camus, « Qu’est-ce que l’art abstrait ? » de Georges Roque et je dois beaucoup me concentrer pour m’atteler à la lecture de « Maîtres et disciples » de George Steiner (rires). Je ne pratique malheureusement pas de sport mais je marche beaucoup. C’est le soir après le repas que j’écris. Jusqu’à minuit environ. Parfois rien ne vient, je suis systématiquement mécontent de ce que je produis et je passe mon temps à revoir ma copie, à faire et à refaire constamment. D’autres fois, je ressens une forme d’inspiration et je peux passer quatre ou cinq soirs d’affilée à écrire sans discontinuer. Le dimanche matin, j’aime flâner au « marché de la création » près du métro Edgard Quinet. Je me suis d’ailleurs proposé pour faire des commentaires sur les œuvres des exposants dont certains ont loué ma très bonne plume et m’ont offert un tableau en guise de remerciement.

Cliquez ici pour accéder au « Manifeste du parti idéaliste », un texte écrit en 2015 par Guillaume Chaumet et ici pour accéder à « L’hiver de l’écrivain » écrit en août 2017.